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Livre : Daniel Picouly / Quand dire c’est faire / COP24 : l'objectif est-il manqué ? / Bernard Darty et le contrat de confiance

1h
À retrouver dans l'émission

Daniel Picouly vous parle de son roman "Quatre-vingt dix secondes", et Bastien Alex l'accord trouvé in extremis à la COP 24. Les chroniques s'intéressent à la langue et ses usages, et au contrat de confiance de Darty dans une société de défiance.

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivain Daniel Picouly pour la parution de son roman Quatre-vingt dix secondes, aux éditions Albin Michel. Un roman qui nous plonge dans une terre qu’il connaît bien et qu'il convoque, la Martinique, où il a ses racines, et nous raconte cette terrible tragédie de 1902, où le plus grand volcan de l’île, le plus dangereux des Antilles, la Montagne Pelée - qui domine Saint-Pierre et sa baie - a, en l'espace de quatre-vingt dix secondes, transformé la ville en décor d’apocalypse et fait près de trente-mille morts.

Aujourd'hui, lorsqu'on voit des animaux monter sur les hauteurs, on pense à les photographier, on ne se demande pas pourquoi ils sont sur ces hauteurs. Une ville rasée en quatre-vingt dix secondes : c'est la Montagne Pelée qui a craché son feu. (...) La Montagne Pelée a un plan, elle croit qu'elle va tout maîtriser, on a le sentiment que si on ne s'inscrit pas dans la nature en toute humilité, elle se venge. J'ai voulu donner la parole à cette montagne, j'ai juste eu à l'écouter, parfois vengeresse et aussi respectueuse, baroque, poétique, empreinte de tendresse qui dit à tous : " Sauvez-vous ! "

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Serment des « gilets jaunes » au Jeu de paume, éléments de langage des politiques, fausses nouvelles : la langue et ses usages sont à l’avant-scène de l’actualité.

C’est ce qu’on appelle son caractère « performatif ». Quand un président déclare la séance ouverte ou qu’un maire prononce un mariage, ils ne se contentent pas de constater un fait, ils le réalisent. Il y faut certaines conditions : en l’occurrence, le respect d’une procédure établie, le cadre institutionnel et spatial, le rôle ou la fonction reconnus de la personne habilitée… Ou encore les circonstances historiques. Lorsque Mirabeau déclare à l’envoyé de Louis XVI qui veut faire évacuer la salle du Jeu de paume « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes », il réalise, il rend effective la nature politique du mot « peuple », jusqu’alors connoté négativement et assimilé à la « plèbe ». C’est si vrai que, quelques jours avant, le 16 juin 1789, les députés du tiers état réunis en Assemblée des communes ayant décidé du vote par tête et non par ordre, la question se pose de nommer cette assemblée qui refuse la division en ordres. Deux propositions sont alors soumises aux voix : « Assemblée nationale » ou « Assemblée des représentants du peuple français », qui est celle de Mirabeau. 

Comme le rappelle Gérard Bras dans la dernière livraison de la revue Écrire l’histoire (CNRS Éditions) « L’énorme majorité des députés, 491 contre 90, trouve que cette dernière dénomination est un piège tendu au Tiers : ce serait reconnaître n’être qu’une fraction de la nation. » Si rétrospectivement nous pouvons la considérer au contraire comme un « événement de langage qui réalise la promotion d’un terme sous l’égide duquel les masses interviendront dans la délibération publique », à l’époque le mot peuple ne désigne pas « le sujet de droit, l’être métaphysique qui, en juin 89, n’est pas encore né » mais plutôt « un nom de la domination, non pas de l’émancipation ». Et il apparaît pour certains « scandaleux » que la plebs, la populace, « prétende être populus » au sens latin des institutions romaines. Le débat qui s’ensuit est éclairant sur la puissante performativité du terme, qui va s’imposer comme attributaire d’une autre notion émergente à l’époque : celle de « souveraineté ». Si le peuple est réputé synonyme de divisions, toujours à la merci des démagogues – on dirait aujourd’hui des populistes – qui au fond ne visent qu’à « maintenir les dominés dans leur état » en exaltant « comme qualités populaires ce qui conforte la domination subie », pour Mirabeau, c’est précisément l’équivocité du nom de peuple qui est sa vertu politique majeure, en tant que « pluralité d’expériences collectives ». Le débat sera tranché lors de l’adoption de la Déclaration des droits naturels, où l’on considère qu’il n’y a de peuple que « constitué » par l’acte qui en fait un sujet de droits. Ceux-ci le définissent alors comme l’entité politique ayant « le droit de faire les lois et de n’être soumis qu’aux lois ». Et c’est la voie qui confère au mot peuple le sens « d’une politique de non-domination ».

C’est le philosophe John L. Austin qui a inventé la notion de « performativité » pour certains énoncés linguistiques dans le cadre d’une pragmatique du langage développée notamment dans son livre Quand dire, c’est faire. Aujourd’hui, Barbara Cassin a poussé l’enquête dans un livre paru chez Fayard sous le titre Quand dire, c’est vraiment faire : Homère, Gorgias et le peuple arc-en-ciel. Elle en parle dans Libération.fr. Après la psychanalyse, la sophistique des anciens Grecs, la traduction, l’helléniste et philologue a eu l’occasion d’observer les effets des « actes de langage » lors des séances de la commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud. « Le caractère public de cette parole impliquait la honte de ceux qui devaient tout dire de leurs crimes, condition pour qu’ils soient amnistiables. » Un partage qui « devait servir à construire un passé dont on n’aurait rien su autrement » en l’absence d’archives, un passé commun devenu « le socle de la nation à construire ». Pas forcément pour reconstituer la vérité « mais, pour reprendre les termes de Desmond Tutu, assez de vérité pour fabriquer le peuple arc-en-ciel. Ces milliers d’auditions à travers tout le pays, retransmises à la télévision, ont fabriqué, performé, la nation rien qu’en parlant. » Barbara Cassin deviendra en octobre 2019 la cinquième femme, sur 36 membres, à siéger à l’Académie française. Sur le modèle des Maisons de la sagesse qui dans le monde arabo-musulman du Moyen Âge ont conservé et transmis par la traduction les savoirs antérieurs, grecs et perses, dans tous les domaines, elle a contribué à mettre en place des lieux d’écoute et d’échange pour favoriser par la continuité d’une transmission culturelle l’accueil des réfugiés. La dernière livraison de la revue L’autre est consacrée au plurilinguisme des enfants de migrants, et en particulier à un nouvel outil d’évaluation de leurs compétences en langues maternelles. Car elles sont essentielles pour s’investir dans la langue d’adoption, et elles sont un indice sûr de la transmission familiale et culturelle, constitutive de chacun d’entre nous.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Trop de dirigeants absents ou réticents : l'accord trouvé in extremis à la COP24 se borne à réitérer les engagements de l'Accord de Paris. Malgré des règles de transparence attendues, les 196 Etats n'ont pas suivi l'avertissement scientifique pour maintenir le réchauffement sous 1,5°C d'ici 2100.

Xavier Martinet s'entretient avec Bastien Alex, chercheur et responsable du programme Climat, Énergie et Sécurité à l'IRIS.

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Bernard Darty est mort.

Et, passé la première minute de stupeur — parce que l’on ignorait parfois qu’il existait un Bernard Darty, comme s’il existait un Maurice Franprix — il est temps de rendre hommage à son œuvre. Car tous les Français, j’imagine, ont dans leur souvenir un moment associé à Bernard Darty. 

Qui n’a pas vécu un samedi après-midi chez Darty, ne sait pas véritablement ce que cela signifie de perdre sa vie. Le samedi après-midi chez Darty, ou pire qu’un samedi après-midi chez Darty : un samedi après-midi chez Darty accompagné d’un ou de plusieurs enfants, avec comme ambition l’achat d’un nouveau lave-linge. 

De la même façon que l’humanité n’est pas faite pour monter une cuisine Ikea, l’humanité n’est pas non plus faite pour passer son samedi après-midi chez Darty — souvenez-vous de Rousseau « l’homme est né pour être libre  », et partout il est dans les chaînes… de magasins, bon, ça, ce n’est pas Rousseau qui le dit. Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans cette promesse de libération de la personne — s’émanciper du lavoir ou du lavomatic — une promesse de libération de la personne qui se paye du prix de l’aliénation de plusieurs heures : l’achat du lave-linge, l’attente de la livraison du lave-linge avec le créneau de 8h à 19h (« non on ne peut pas fixer un créneau plus restreint »), l’attente de la réparation du lave-linge, parce que oui l’obsolescence programmée ce n’est pas un mythe. D’ailleurs, si Bernard Darty a bien fait de se spécialiser dans l’électroménager plutôt que dans les dalles funéraires, c’est parce qu’un lave-linge, c’est rarement pour la vie.

Alors, je voulais parler de Bernard Darty parce qu’une chaîne comme France Culture doit rendre hommage à son œuvre, non pas tant le lave-linge, puisque Darty ne les produisait pas, mais le contrat de confiance, un contrat de confiance qui entend lutter contre la société de défiance, puisque la France est comme vous le savez le pays où la défiance de l’individu est la plus forte à l’égard des institutions, contrat de confiance qui est pourtant une merveilleuse preuve de la naïveté de l’humanité puisque personne ne peut acheter un lave-linge en imaginant que celui-ci ne dure plus que quelques saisons (comme un animateur), que le moteur ne grille pas, que le filtre ne soit pas à changer, et le programmateur, je ne vous parle pas du programmateur qui vaut, j’imagine, autant que le lave-linge.

Oui, mais voilà, malgré tout, Bernard Darty a réussi à imposer ce qu’aucun homme politique n’a réussi à faire : imposer un contrat de confiance, un contrat de confiance pour la vie, c’est remarquable à une époque où rien ne dure, pas même les quinquennats.

@PetitsMatinsFC

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