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Emily Blunt dans "Le Retour de Mary Poppins", de Rob Marshall.

Cinéma : Le Retour de Mary Poppins / Le métier de journaliste / Armée du Kosovo / Faire et défaire c’est toujours travailler…

59 min
À retrouver dans l'émission

Thierry Beauchamp vous parle de Mary Poppins, et Nathalie Duclos de la décision du Kosovo de se doter d'une armée effective. Les chroniques s'intéressent à à la hausse des violences contre les journalistes et aux revirements du gouvernement.

Emily Blunt dans "Le Retour de Mary Poppins", de Rob Marshall.
Emily Blunt dans "Le Retour de Mary Poppins", de Rob Marshall. Crédits : © 2018 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved. / Jay Maidment

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec avec Thierry Beauchamp, qui a traduit les deux dernières histoires de Mary Poppins, La Maison d'à côté, suivi de Dans l'allée des cerisiers, aux Editions Le Castor Astral, en même temps que sort au cinéma, Le Retour de Mary Poppins, de Rob Marshall.

Mary Poppins est un personnage totémique à plusieurs facettes. Il y a un côté autobiographique évident ;  la grande-tante de Pamela Travers chez qui cette dernière a vécu un temps, l'a prise en charge, s'est beaucoup occupée d'elle, a payé ses études etc. Pamela L. Travers a vécu 96 ans. Ses histoires ont été écrites entre 1982 et 1988, et on sent, dans la dernière, une atmosphère un peu crépusculaire. 

"Le Retour de Mary Poppins", de Rob Marshall.
"Le Retour de Mary Poppins", de Rob Marshall. Crédits : © 2018 Disney Enterprises

Comme toujours avec Walt Disney, c'est un grand divertissement. Cette dernière version ressemble beaucoup à la version de 1964 de Robert Stevenson : "Papa a perdu sa maison, il a perdu sa femme il n'y a pas longtemps, il a besoin d'aide". On est assez éloigné de l'idée du livre.

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Le Journal des Idées par Jacques Munier :

Après trois années de baisse, les violences contre les journalistes sont reparties à la hausse en 2018, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières.

Parmi les 80 victimes cette année, 63 journalistes professionnels, soit une hausse de 15 %, treize non-professionnels (contre sept en 2017) et quatre collaborateurs de médias, souligne l’ONG qui dénonce une violence « inédite » contre les reporters. C’est l’Afghanistan qui a été le pays le plus meurtrier cette année avec quinze tués, détrônant la Syrie, qui occupait cette place depuis 2012 et reste le deuxième pays le plus dangereux avec onze reporters tués. Le nombre de journalistes en détention est également en hausse : 348 contre 326 en 2017, ainsi que celui des otages : 60 journalistes captifs à ce jour contre 54 l’an dernier. Plus de la moitié de ceux qui sont morts dans l’exercice de leur fonction ont été « sciemment visés et assassinés », comme l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, ou le journaliste slovaque Jan Kuciak, mort le 21 février.

L’hebdomadaire Le un propose aujourd’hui un N° double, avec deux sujets à bien des égards complémentaires : la désinformation qui nuit à la crédibilité de la presse et le métier de reporter, le journaliste de terrain. La figure et le travail de Jan Kuciak, assassiné avec sa compagne alors qu’il était sur le point de publier une enquête sur l’influence de la mafia calabraise au sein du gouvernement slovaque, sont évoqués par Pavla Holcova, journaliste tchèque, qui travaillait en étroite collaboration avec lui. Comme il arrive souvent, le travail d’investigation est parti d’un petit détail qui met la puce à l’oreille : « le Premier ministre slovaque Robert Fico, un populiste de gauche, avait embauché une jeune femme du nom de Mária Trošková comme assistante personnelle ». On ne savait rien de son parcours personnel et le mutisme obstiné du service de presse du gouvernement déclencha l’enquête qui de fil en aiguille conduisit à mettre au jour « l’étendue de la présence de la ‘Ndrangheta dans l’est de la Slovaquie, la façon dont elle se sert d’exploitations agricoles pour détourner les fonds européens, tout en entretenant des liens avec le parti au pouvoir ». L’assassinat et l’affaire ont provoqué dans le pays « les plus grandes manifestations depuis 1989 », lors de la chute du mur de Berlin, ainsi que la démission du Premier ministre. Ils ont joué, ajoute Pavla Holcova, comme « un révélateur de la frustration de la société slovaque face à l’impunité des politiques. Avant l’assassinat, la crédibilité des journalistes était au plus bas, nous avions l’impression d’écrire des articles compliqués qui n’intéressaient personne et qui n’avaient aucun impact, car aucun des hommes au pouvoir impliqués dans des affaires de fraude fiscale n’était finalement poursuivi. » La réaction populaire « nous a redonné foi dans notre travail : cela justifiait les risques que nous prenions pour chercher la vérité. »

L’hebdomadaire publie la carte de la liberté de la presse établie par Reporters sans frontières, en signalant, du vert au brun, les pays où la situation est bonne jusqu’à ceux où elle est très grave. Autant dire que ce n’est pas le vert qui domine… Comme les Etats-Unis, la France est en jaune – situation plutôt bonne. Commentaire : « Si la presse est globalement libre et plutôt bien protégée par la loi, le paysage médiatique français est largement dominé par de grands groupes industriels dont les positions principales se trouvent dans d’autres secteurs. Cette situation entraîne des conflits d'intérêts qui font peser une menace sur l’indépendance éditoriale, ainsi que sur la situation économique des médias. » Un autre aspect est souligné par Éric Fottorino dans son éditorial : « La perte de confiance qui frappe l’information et ceux qui la diffusent ouvre la voie au grand n’importe quoi, à ce que Guy Debord appelait la société inversée, où le vrai ne serait plus qu’un moment du faux. » On a beaucoup et à juste titre incriminé les réseaux sociaux et internet dans cette affaire. Mais un extrait du texte de Pierre Bourdieu sur la télévision – qui n’a pas pris une ride – pointe les effets pervers de la logique du scoop, dont on peut voir qu’elle a aussi gagné la presse écrite : « Pour être le premier à voir et à faire voir quelque chose, on est prêt à n’importe quoi, et comme on se copie mutuellement en vue de devancer les autres, on finit par faire tous la même chose, la recherche de l’exclusivité, qui ailleurs produit l’originalité, la singularité, aboutit ici à l’uniformisation et à la banalisation. »

Le dessin de presse est à l’affiche de La Quinzaine littéraire, avec un dossier en hommage à Cabu, dont la mort dans l’attentat de Charlie Hebdo démontre que le risque est partagé avec les reporters. Jean-Luc Porquet, son collègue et ami au Canard enchaîné, qui vient de publier chez Gallimard une biographie de Cabu enrichie de nombreux documents inédits, raconte que Jean-Luc Godard déclarait en 1975 : « Cabu est le meilleur journaliste de France. » Et il ajoute qu’il dessinait sans arrêt, « c’était sa manière d’appréhender le monde ». En observateur politique mais aussi reporter souriant ou sarcastique de notre société.

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

L'UE et l'OTAN inquiets, la Serbie et la Russie furieuses, les Etats-Unis seuls soutiens francs : la décision du Kosovo de se doter d'une armée effective divise la communauté internationale. Dix ans après son indépendance, l'affirmation du petit Etat kosovar reste litigieuse, et ambiguë.

Xavier Martinet s'entretient avec Nathalie Duclos, maître de conférences à Tours et chercheuse à l'Institut des Sciences sociales du Politique de Nanterre.

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Faire et défaire c’est toujours travailler…

Y compris pour le gouvernement, c’est pourquoi annuler puis annuler l’annulation, c’est toujours faire de la politique, et c’est donc ce qu’a fait le gouvernement hier.

En début d’après-midi, on apprenait que le gouvernement renonçait à une partie des mesures annoncées par Edouard Philippe au sujet des gilets jaunes ; et puis trois heures plus tard, encore plus surprenant, on apprenait que le gouvernement renonçait à cette renonciation, il rétablissait ce qu’il avait supprimé. 

Même chose pour la société Vinci qui a annoncé lundi que les automobilistes qui avaient franchi les barrières de péages gratuitement grâce à des gilets jaunes payeraient malgré tout mais finalement non, Vinci renonce, ou plus exactement Vinci renonce parce que le gouvernement a expliqué qu’il règlerait la douloureuse… En somme encore une annulation d’annulation, le dieu du travail en France, ces temps-ci, c’est Sisyphe.

Cela rappelle un précédent célèbre, issu non pas de la mythologie grecque mais de la mythologie chiraquienne, le très célèbre « je promulgue et puis j’annule ». En mars 2006, pour clore la crise du CPE, autrement dit du SMIC Jeune, pour faire passer à la trappe cette mesure qui avait bloqué une partie de la France, Jacques Chirac eut cette formule merveilleuse, "J'ai décidé de promulguer la loi mais je vais aussi demander au gouvernement de préparer deux modifications de la loi », autant dire qu’il n’y eut jamais de loi. 

Pour autant, l’annulation de l’annulation est-elle le retour au statu quo ante – en mathématique, à l’évidence, moins et moins cela peut faire plus, mais précisément la politique, surtout dans ces moments de crise, ce n’est pas des mathématiques mais une forme de médecine du corps social. Mais justement, quel effet a l’annulation d’une annulation en médecine sociale ? C’est le philosophe Canguilhem qui répond : « la guérison n’est pas retour à l’innocence biologique. » 

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L'Humeur du matin par Guillaume Erner
Faire et défaire c’est toujours travailler…
Intervenants
  • traducteur de l'anglais et amateur de littératures oubliées
  • maître de conférences à Tours et chercheuse à l'Institut des Sciences sociales du Politique de Nanterre.
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