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Enclave de Ceuta / côté marocain

Marcher "le long de la ligne" et la franchir avec Nicolas Fussler

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de frontières invisibles, inattendues, d'un criminel passionné et passionnant, d'un langage fleuri en politique, de la situation économique du Mexique, de la guerre contre le bruit et des inégalités face à la neige.

Enclave de Ceuta / côté marocain
Enclave de Ceuta / côté marocain Crédits : Nicolas Fussler (avec l'aimable autorisation de l'auteur)

C’est un chemin qui se perd. Qui disparaît dans la mer. Qui s’arrête tout court. C’est une ligne au-delà de laquelle on est ailleurs. On est un autre. Un espace vide. Ou du moins sans mouvement apparent. Quelques personnes qui semblent statiques. Dans une pose dont on se demande si elle traduit le relâchement ou l’attente. Les corps semblent détendus. Posés. Mais les visages traduisent une attente. Une posture peut-être propre à ces endroits-là. Des espaces de route ou d’eau, qui s’étendent à l’infini mais où l’on se sent à l’étroit, où l’on se sent petit. C’est par exemple une plage, dans le soleil couchant de la fin de l’après-midi. Il y a encore quelques personnes qui sur leur serviette et sous le parasol profitent encore de ce moment d’été, perdu dans un temps que l’on ne marque pas. On marque peut-être d’autant moins le temps que l’espace autour de nous est balisé. Saisi d’une signification que l’on n’a pas décidé. Et qui change tout. C’est une plage située entre Ceuta et Melilla, deux noms qui avant à eux seuls évoquaient tout la problématique migratoire à nos oreilles européennes. Deux noms qui l’on aurait aujourd’hui presque oublié sous une pile d’autres noms, d’autres endroits comme Lampedusa ou Calais. Une plage un lieu où la vie devrait pouvoir s’arrêter mais où le mouvement doit continuer. Un endroit qui présuppose tout l’enjeu du voyage et de la traversée. C’est le travail de Nicolas Fussler exposé en ce moment au festival Pluie d’images de Brest. Un travail sur la frontière la séparation entre deux terres, entre deux mondes, et la recherche de ce qui fait apparaître cette séparation. Le mur, la ligne, la borne, les postes de douanes, abris vidés, muséifiés, que l’on ne regarde plus. Ce sont des espaces devenus des enjeux politiques et des sources de tension majeurs, et que l’on ne remarque pourtant que si on nous les signale. C’est une borne en forme de petite pierre tombale, qui émerge de la neige, un ruisseau qui coule une balise discrètement marquée en noir sur un parapet. Des lieux comme des no man’s land. Très peu de visages s’aventurent sur les photos de Nicolas Fussler, des photos où le temps se fait calme, serein, où il n’y a d’autorités que des vestiges - une statue de douanier près d’un poste-frontière du Nord de la France- et qui donne à ces lieux transitoires, une image de laissé derrière, de passé révolu. De lieu sur lequel, au sens propre comme au figuré, on ne reviendra plus.

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Le caprice des Beatles," laissez moi terminer mon rêve, j’essaie seulement de dormir." Revendication qui rejoint celle d’habitants de capitales européennes et dont le journal el Pais se fait l’écho avec cet article intitulé « ma ville ne me laisse pas dormir ». Témoignage à l’appui d’Esteban qui habite dans le quartier très branché de Chueca à Madrid, de Jean-François du 11è arrondisssement de Paris, de Luis à Lisbonne et de Simonetta de Turin. Ces habitants des 4 coins de l’Europe font partie des associations de riverains de 45 villes européennes qui dénoncent aujourd’hui des "loisirs urbains nocturnes, sauvages et non régulés" ce sont leur terme. Associations qui se sont constituées en lobby devant la commission européenne pour créer des réglementations qui limiteraient le bruit et l’extension des terrasses. Revendications qui se heurtent de plus en plus aux réticences des professionnels du tourisme, aux acteurs de la gentrification qui veulent continuer à véhiculer une image de leur ville comme étant vivante et festive. Ces associations réunies au printemps dernier à Paris ont corédigé un manifeste européen pour une régulation de la vie nocturne. El pais rappelle que Madrid est l’une des villes européennes les plus bruyantes du monde, avec plus de 55 décibels la nuit dans les quartier résidentiels.

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