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Marquer le temps de la nuit: "The street is watching" / Mary Ellen Mark

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un moment en suspens, d'une solitude urbaine, d'un duo américain, du recul de la démocratie, du Canada face à Trump, du choix amoureux des oiseaux.

C’est un espace de vie. Au sens propre. Un espace délimité par des murs gris, du bitume au sol et où la vie se passe. Un moment de vie. Qui peut la plupart du temps, se résumer à un regard. Des regards droits vers nous. Ils ne feignent pas d’ignorer l’objectif. Il n’y a de jeu, que s’il était déjà là au départ. La photo ne change rien. Elle ne fait que prendre l’instant. Ce sont des solitudes au milieu du bruit, de la foule, des rires et de la musique. Des regards qui s’interrogent sur leur propre présence parmi les autres ici. Une foule invisible et nous dedans. Qui interrogeons la fête en train de se dérouler. Il y a cette femme au visage d’enfant. Son regard triste, les rondeurs de ses joues nous donnent une idée précise de la petite fille qu’elle a été. Elle lève la tête et laisse ses cheveux désordonnés tomber sur ses épaules. Elle porte un ventre rond et un lourd sac en plastique transparents rempli de jouets, d’animaux en peluche. Derrière elle il y a un stand aux nombreuses lumières rondes. Des néons qui clignotent, des enseignes à taille humaine. Seul éclairage dans cette nuit qui tombe doucement. C’est l’entrée, ou peut-être la fin d’une fête foraine. Il y a en tous cas sur ce visage une mélancolie de fin de soirée. Ce temps mort d’un corps qui ne sait pas quoi faire, pas où aller. Rester encore un peu ou partir maintenant. Vite et seule. Perdre son regard dans les lumières qui vacillent. Garder avec soi sa solitude, s’asseoir seule dans le manège qui va partir. Attendre que le tour commence. Garder sa solitude avec soi parce que les murs de la rue, le pavé, les routes, le tumulte sont là pour peupler le vide. Alors il faut garder celui qu’il nous reste avec soi. Ce sont des photos prises à New York de Mary Ellen Mark, dont certaines sont visibles dans l’ouvrage collectif de photos, The street is watching. La rue nous regarde. Et elle garde de nous des souvenirs. Des souvenirs, de l’attente, de repères qui se brouillent, qui se perdent dans la nuit. De rencontres, ou d’une bulle qui se forment soudain dans un coin de rue de Coney Island, sur des marches. Là où il est difficile de s’arrêter. Et où pourtant le temps s’arrête pour un regard entre un homme et une femme. Et le silence qui reste comme ça, entre eux deux.

(Tapis musical : Beth Hart - Caught Out In The Rain)

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