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Michael Jackson

Musique : Michael Jackson / Les avatars de l’écriture / Venezuela : sans opposition, le régime chaviste est-il en roue libre ? / Pour comprendre un pays, étudions ses toilettes...

58 min
À retrouver dans l'émission

Richard Lecocq et François Allard vous parlent de leur livre sur Michael Jackson, et François-Xavier Freland de la situation au Vénézuela. Les chroniques s'intéressent à l'origine de l'écriture et au rapport que chaque nation entretient avec ses WC.

Michael Jackson
Michael Jackson Crédits : Michael Ochs Archives - Getty

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

A quelques jours de l'ouverture de l'exposition "Michael Jackson On the Wall", au Grand-Palais, Tewfik Hakem s'entretient avec Richard Lecocq et François Allard, spécialistes de l'oeuvre de Michael Jackson, pour La Totale, aux éditions EPA où ils analysent l’intégralité des chansons de Michael Jackson et ses vidéos qui ont bouleversé toute une époque musicale et inspiré les générations suivantes. 

Je voulais savoir comment une telle star avait connu un tel essor, comment le phénomène Jackson était né. Je me souviens de ce jeune homme qui allumait tout ce qu'il touchait, j'ai compris qu'il y avait quelque chose de magique. On est en 1983, Thriller vient de sortir, j'ai huit ans, et on se dit : c'est un super héros, un personnage vraiment au-dessus de la mêlée.

Ce qui est incroyable, c'est que l'écouter, c'est aussi une porte ouverte vers d'autres univers musicaux.  Il a réussi à inscrire une vraie démarche artistique dans un cadre économique qui n'était pas évident. Et aujourd'hui, ça reste ; "Thriller ", c'est incroyable !

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

L’origine de l’écriture est une question aussi disputée que celle de l’origine des langues et des études récentes montrent que le langage et l’écrit ont suivi des trajectoires souvent indépendantes.

C’est que la question de l’origine a tendance à brouiller les pistes avec sa logique évolutionniste. La dernière livraison de la revue Terrain est consacrée à cette épineuse mais passionnante question. Olivier Morin et Pierre Déléage mettent en cause le présupposé fonctionnaliste qui consiste à déduire de la fonction présente d’une pratique l’explication de ses origines. Un exemple le montre : les plumes des oiseaux leur permettent aujourd’hui de voler mais au début de leur évolution chez les reptiles elles servaient de parure ou d’outil de régulation thermique, des fonctions qu’elles ont d’ailleurs conservé même si le vol a pris le dessus. De même l’écriture n’est pas une simple transcription de la langue, la dénommée « glottographie » à quoi on la réduit souvent. « L’archéologie nous apprend que les premiers systèmes d’écriture glottographique se sont constitués en réutilisant des symboles qui n’avaient pas, au départ de signification linguistique : emblèmes individuels ou collectifs, marques de propriété, sceaux authentifiant des lots de marchandises ou des tributs. »

La notion qui s’impose dès lors est celle de « recyclage ». C’est l’objet de la contribution de Silvia Ferrara : « explorer la lente transformation du répertoire graphique des sceaux crétois en un système d’écriture ». À l’arrivée, « les hiéroglyphes crétois forment un système d’écriture complet, capable de représenter les sons de la langue crétoise ». Mais ce n’est pas par un processus de « standardisation » ou de simplification que s’est opérée cette métamorphose. « Avant de devenir un système plus ou moins fini de signes écrits, le répertoire graphique de sceaux crétois a d’abord explosé : c’est d’une efflorescence visuelle qu’est sortie cette écriture »

On associe souvent l’origine de l’écriture à l’administration des États naissants, et notamment aux inventaires comptables. Mais des empires comme celui des Incas ne sont pas passés de cette forme d’écriture à la notation de la langue et, à l’inverse, « l’Égypte et la civilisation sumérienne étaient déjà fort développées au moment d’inventer leur écriture ». Souvent les deux formes coexistent : emblèmes et écriture, comme chez les Mayas dont parle Stephen Houston. Et surtout, dans cette dynamique universelle de recyclage, l’adoption de l’écriture pour des peuples dominés, en imitation des colonisateurs, peut jouer à la fois comme une forme de fascination à l’égard de l’efficacité symbolique de l’outil et de résistance à la domination. C’est le cas des chamanes indiens d’Amérique du nord, dont Pierre Déléage avait évoqué dans un ouvrage précédent (Inventer l’écriture. Rituels prophétiques et chamaniques des Indiens d’Amérique du Nord, XVIIe-XIXe siècles. Les Belles Lettres) les efforts intenses pour apprendre et graver en signes cabalistiques les leçons des missionnaires, qui les faisaient suer à grosses gouttes par un temps assez froid… La pratique du « recyclage » est aussi illustrée par les mécanismes cognitifs impliqués dans la lecture. Dans Les neurones de la lecture Stanislas Dehaene avait montré que les circuits neuronaux mobilisés pour visualiser l’écriture étaient les mêmes que ceux qui nous permettent de percevoir par l’œil des animaux, des fruits ou des chemins. Comment se sont-ils reconvertis pour lire des lettres ? La réponse vient de la forme de l’écriture, « dont les caractères se sont adaptés aux contraintes du cerveau humain ». Lequel, par la vision, « est beaucoup plus sensible aux orientations horizontales ou verticales qu’aux obliques ». 

Dans son état le plus contemporain, l’écriture se développe aujourd’hui dans l’environnement numérique d’internet, avec son inflation exponentielle de textes. François Bon a traduit et présenté le livre de Kenneth Goldsmith, Fondateur d’UbuWeb, et militant pour une écriture du plagiat, de la copie et de la retranscription. Publié chez Jean Boîte Éditions sous le titre L’écriture sans écriture, il défend le principe du « génie non-original » contre la figure romantique et solitaire du « génie » en littérature façon XIXe siècle. Relevant la pratique ininterrompue de la citation, imitation, traduction dans l’histoire de la littérature, il suggère le modèle d’une écriture de rapiéçage inspirée de la culture partagée. Du copiste médiéval à l’adepte du détournement situationniste, toute une culture de l’écriture à seule fin d’elle-même a préparé cette « utopie d’une critique du travail et de la valeur dans l’espace sans valeur de la poésie ». On passe de l’écriture aux mots dans le chapitre « Semer des données dans les nuages ». Twitter n’est au fond que l’aboutissement « d’une longue lignée de réductions linguistiques : idéogrammes chinois, haïkus, titres de journaux, slogans, enseignes publicitaires, poèmes concrets… » Les noms propres des people y jouent le rôle indiciaire de trompe-l’œil. « Le vide étroit tout entier » disait Beckett dans Cap au pire. Et Gertrude Stein : « la poésie a son essence dans le nom des choses. Pensez à ce que vous faites quand ce que vous faites c’est d’aimer quoi que ce soit dont aimer est le nom. ».  

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Selon le HCR, 1,6 million de vénézuéliens ont quitté le Venezuela depuis 2015 pour fuir la crise humanitaire, la pauvreté et la répression... Nicolas Maduro sera absent du sommet ibéro-américain qui s'ouvre aujourd'hui au Guatemala mais la crise au Venezuela sera bien un des sujets centraux. Alors que la pression internationale s'accroît, des figures de l'opposition continuent d'agir en exil : certains préparent-ils un retour ?

Xavier Martinet s'entretient avec François-Xavier Freland, reporter, journaliste indépendant, ancien correspondant à Caracas pour France 24 et RFI (2008-2012).

Ce documentaire, intitulé Les Résistants, le combat des exilés vénézuéliens, est réalisé par notre invité. Co-produit par Mélissandre films et Public Sénat, il sera diffusé le samedi 24 novembre à 21h CET sur la chaîne de télévision publique française Public Sénat (gratuitement accessible via TNT, box et satellite). Il sera également diffusé les dimanche 25/11 à 10h, samedi 1/12 à 22h30, dimanche 2/12 à 11h30, samedi 8/12 à 23h30, dimanche 9/12 à 12h30 (toutes heures C.E.T.)

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Vous voulez saluer la naissance d’un confrère…

Absolument, c’est un trimestriel dont le numéro 1 vient de sortir, ça s’appelle Flush — « chasse d’eau » en anglais — et ce journal ne traite que des WC.

Alors, ce n’est pas aussi régressif que ça en a l’air puisque la question de l’accès aux petits coins est comme vous le savez un véritable enjeu de santé mondiale.

Et pour ceux qui n’ont pas de souci en ce domaine, ce nouveau trimestriel vient nous rappeler que nous vivons une époque merdique. Le fameux cri de guerre d’Ubu étant repris par de nombreux chefs d’état aujourd’hui – le cri de guerre, je vous le rappelle, était « merdre ! ».

Et puis les WC peuvent mener à tout, y compris à une analyse comparée des régimes, et pas seulement parce que les publicités pour les rouleaux de papier hygiénique témoignent du fait que la scatologie est le stade ultime du capitalisme.

Le philosophe Slavo Zizek a consacré un texte aux WC. Selon lui, pour comprendre un pays, il n’est pas inutile d’étudier ses toilettes. Dans les WC allemands, expliquait-il, le trou se trouve bien à l'avant, de telle sorte que les matières sont bien visibles pour qu'on puisse sentir et repérer toute anomalie. Au contraire, dans les toilettes françaises, le trou est tout à l'arrière, pour que les excréments disparaissent le plus vite possible. Le modèle américain présente une sorte de synthèse, une médiation entre ces deux pôles opposés. La cuvette est pleine d'eau, de sorte que les matières flottent, bien visibles. Aucun de ces types de WC ne peut se targuer d'être purement utilitaire : on discerne clairement pour chaque modèle une conception idéologique du rapport que chaque nation entretient avec ses excréments.

Il y avait donc le conservatisme allemand, le radicalisme révolutionnaire français et le libéralisme modéré anglais, voici donc trois différences, trois variations autour des WC. Evidemment, les productions de ces sociétés, réputées modernes, donnent une furieuse envie d’aller se soulager dans les bois. 

@PetitsMatinsFC 

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