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Les chemins égarés

Prolonger la nuit sur des "Chemins égarés" / Amélie Landry

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de terrains vagues, d'herbes hautes, de lieux de rencontres nocturnes, de rock et de Syd Barrett, de nouvelles générations, de crise en Egypte, de révolte féminines au Pérou, et de phrases interdites.

Les chemins égarés
Les chemins égarés Crédits : Amélie Landry (Agence VU) -avec l'aimable autorisation de l'auteure-

C’est une recherche. Un corps en recherche. De poésie, de caresses, de violences, de nuit. C’est la recherche d’un lieu où le corps, le nôtre peut se permettre de ne se réduire qu’à lui-même. Ce sont des chemins égarés. On se regarde de loin, sans se voir vraiment, dans ces lieux vides. Il y a de la terre battue et des herbes hautes. Des arbres. Une végétation qui forme comme un tunnel, un trou noir dans lequel il faut savoir, oser s’engouffrer. Un lieu de rendez-vous comme un terrain de chasse. Il y fait souvent nuit. Des hommes s’y retrouvent. Ils se cherchent, se reconnaissent. Cela peut-être le vêtement, un détail du visage. Un regard croisé. Assez rare en ce lieu vide pour être remarqué, désiré. On se recherche à travers l’autre. Qui va vouloir de nous ici ? Pas sûr que ce soit n’importe qui. On entend une voiture au loin. La lueur des phares. Seule lumière ici. On voit des hommes protégés par des capuches. Ou alors complètement nus, qui se mettent à disposition de l’autre. Un bunker recouvert d’inscriptions ou un bord de mer. Comme un précipice. Des lieux où il est difficile de se maintenir debout. On s’y assoit. On s’y allonge. A deux si possible. Il y a le filet sonore artificiel de la nuit. Celui d’une ventilation, d’un néon. Ou alors juste le vent. C’est un lieu où l’on se rend sans rien savoir. Ni où on est, ni ce que l’on va trouver, ni qui. Ni pourquoi. Repousser les limites de la nuit. S’en aller avant le trop de lumière ; Avant de trop se voir, se définir. Ce sont des Chemins égarés, des ensembles vides nocturnes qu’Amélie Landry a photographiés comme dit-elle "une géographie sociale des lieux de rencontres". La photographe avec le documentariste Mathieu Riboulet et le socio-anthropologue Laurent Gaissad est allé à la rencontre de ces amoureux de la nuit et de l’inconnu, a saisi leur corps fragile et leur parole de désir, pour les regrouper dans un livre. L’un de ces hommes raconte comment une nuit, une biche l’a surpris dans un bois avec son amour. Spectatrice qui, par sa présence, a suspendu le moment, a marqué d’elle-même ce lieu d’obscurité. "Ca, ça n’arrivera jamais dans un bar" dit-il. Des moments où on arrête d’avoir faim, d’avoir soif, froid, de ressentir autre chose qu’un désir de l’autre, un désir de rencontrer la nuit elle-même.

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