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Prolonger le jour avec les photos des autres: la collection de Bernard Plossu

58 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de voyages que l'on n'a pas faits, de portes que l'on n'a pas ouvertes, de mémoires intégrales, de l'art de l'enfumage, du Grand Nord, du "dégagisme" en politique.

Ce sont des photos qui peuvent parfois valoir par leur histoire, plus que pour elles-mêmes, par ce qu’elles montrent. Pourquoi nous avons voulu les avoir avec nous. Pourquoi sommes-nous allées jusqu’à elles. Sans les avoir prises. Que racontent-elles de nous ? Ce sont des images qui interrogent ce que nous n’aurions, sans elles, pas su voir, pas su montrer. Montrer une photo que l’on possède pour un photographe c’est pousser une autre porte, ouvrir au regard des autres celles de son imaginaire. Comme un laboratoire mental. Ce sont ici, pour beaucoup, des images de voyages. D’autres voyages. Les rares, sans doute, que le photographe Bernard Plossu n’a pas faits, les chemins qu’il n’a pas poussés jusqu’au bout. Lui, qui nous a montré les couleurs chaudes, comme doucement fardées de l’Ouest américain, et ce noir et blanc mélancolique de l’Espagne du Mexique ou de l’Italie. La Maison européenne de la photographie à Paris expose en ce moment la collection de photos que possède Bernard Plossu. Des photos qui paraissent si proches de lui, qui se confondraient presque parfois, avec les siennes. Ouvrir une porte, comme sur cette photo, non datée, ni localisé. Photo de son contemporain et peut-être collègue Baudoin Lotin, sur laquelle 5 garçons s’arrêtent face à une grande porte sombre. Ils voudraient pouvoir l’ouvrir la franchir, regarder ce qu’il y a derrière. Ils portent une chemise blanche et un pantalon noir, comme des uniformes de collégiens, dans cette ruelle que l’on pourrait imaginer vide et caniculaire. Leur cheveux et leur peaux sombre se confondent presque avec la porte, leur visage s’y collent, pour voir, pour entendre, pour vivre cette traversée, ce changement d’univers, sans en avoir la clé. Seul l’un de ces garçons se tient à l’écart, comme un chef de bande, une main appuyée sur le mur blanc à côté de la porte, l’autre sur sa hanche. Les garçons attendent, dans cette position impatiente et curieuse de l’adolescence. Une posture d’espion dont on imagine à tout moment l’envolée puis la fuite au moindre mouvement de serrure, au moindre pas qui se rapprocherait un peu trop. C’est une porte fermée qui force le mystère, les questions. Ce qu’il y a derrière mais aussi sur ce que l’on va faire une fois la porte ouverte. Y aller ou pas. Risquer la découverte, possiblement la déception, porter sa peur, son envie de quitter ce trottoir, cette ruelle vide qu’on connait déjà trop. Se pousser à partir vers ce qu’il y a derrière, vers ce qu’il y a après.

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