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Regarder l'aube à travers une serrure: les temps suspendus d'Elliott Erwitt

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un chambre, d'amour calme, d'Indiens en conserve, du sens de l'histoire, d'une élection présidentielle en Corée du Nord, d'un amour étouffant, de l'arrêt de la politique.

On choisit de suspendre l’instant. Parce qu’on aimerait y faire sa vie. Vivre là sur ce lit, à l’abri de tout le reste du monde. Un espace temps, au sens propre. L’espace d’un lit. Un espace pour deux. Qui devient ici un terrain vide à réinvestir. Le nouveau a eu lieu. Un petit corps de nouveau né y prend place, allongé sur le ventre, sur une courte serviette, à côté d’un chat noir. Le grain de la photo épais, accentue la pénombre de ce bout de chambre. Sur ce lit, il y a aussi un visage. Celui, on imagine, de la mère. Tête inclinée posé sur le lit à quelques centimètres de son bébé. Tout son regard se perd dans cet enfant endormi. Des yeux grands ouverts, qui embrasse leur objet. Un sourire qui vient souligner le visage. On aime ici avec tout son visage. Ils sont inscrits dans cet espace, dans ce temps là du lit, à peine éclairé. Ce sont ces photos qui nous font oublier que ce sont des images que nous sommes en train de regarder. On se dit qu’il y a eu une personne pour troubler la situation de sa présence et de son objectif. A les voir, à avoir accès à ce moment d’amour calme, on se croit devant une fenêtre, une serrure. On n’a pas spécialement le droit d’être là mais on y est tout de même le bienvenu. Une fenêtre sur une intimité, un moment qui ne nous appartient pas, mais dans lequel nous sommes inclus. Parce qu’il y a dans cette douceur et cette légèreté là, comme un goût de souvenir. C’est un peu ce que nous offre la plupart des photos d’Elliott Erwitt. Photos que l’on pourra voir, pour certaines, dès ce soir, à la Polka Galerie à Paris. Les photos des autres comme une réminiscence lointaine de soi, de ce qu’on a traversé, de ce qu’on a vu pour devenir soi. « On attend tous de capturer le bon moment. Le moment décisif ce qui nous fera transcender notre sujet, celui qui fera que l’on pourra le regarder pendant des années ensuite » avait écrit le photographe américain. Comment apprendre à voir le bon moment ? Comment le percevoir ? Un moment comme une fenêtre, un regard indiscret sur nous-mêmes. S’inviter dans une minute amoureuse, ou de douce solitude. Un moment où le temps n’existe plus. Ou il ne reste que ce avec quoi on le peuple, ce temps. Comme cette danse silencieuse capturée dans une embrasure de porte. Avec tout le bruit que l’on peut faire, on pourra toujours s’en approcher de ces deux corps enlacés, dans le silence d’une chambre. D’un appartement vide. Des corps qui oublient la présence de la photo future et se laissent aller à être, à exister dans ce cadre et en dehors.

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