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Regarder le visage de l'aube: Hommage à Stanley Greene

1h
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un visage embué, de portraits de guerre, d'une photo et de ses mots, d'un monstre ardennais, de l'école en question, du maintien de la paix, de l'utilité d'un mur et du prix de la bêtise.

Il y a une vitre et on peut se réfugier derrière. On peut créer la frontière, le voile nécessaire à garder ses émotions pour soi-même. Ses aléas pour soi-même. Trier ce qu’on donne de notre regard. Et le baisser comme un rideau si besoin. Parce que ça peut être dur de donner ça. On peut avoir envie de laisser son regard partir ailleurs et brouiller les pistes. Des yeux que l’on ne voit pas très bien, alors que le visage prend tout le champs. On les devine sombres. On les devine dans le vague. Perdus. Derrière une fenêtre embuée. Les traits de ce visage de femme nous paraissent être le détail d’une esquisse. Un portrait qui pourrait être peint. La blancheur laiteuse de sa peau nous fait penser cela. Le contour de ses lèvres légèrement entrouvertes, rosées, nous fait penser cela. La raideur de son corps, de ce que cette vitre embuée laisse apparaître de son corps. Seuls ses yeux semblent en mouvement. Loin devant, quelque part sur sa droite. Un regard en fuite. C’est un portrait de Stanley Greene. Le photographe américain décédé ce vendredi. L’adolescent membre des Black Panthers, l’activiste pacifiste au moment de la guerre du Viêt-Nam, s’est engagée dans la photographie comme on s’engage dans une bataille. Sur un terrain. En Russie, en Tchétchénie, en Irak en Syrie, au Tchad, au Liban. Pendant la guerre ou après la tempête, dans la Nouvelle –Orléans post-Katrina. Il est toujours question de regard, celui du blessé grave qui appelle une main tendue, celui du photographe qui dit-il doit tout faire pour garder le souvenir de la chose vue intact. L’image pour Stanley Greene, ne suffit pas. Il faut raconter. L’accompagner de mots. La photo de cette jeune femme derrière la vitre embuée, fait partie d’une série prise entre 1994 et 2003, intitulée cicatrice ouverte. C’est un regard comme une fenêtre sur une blessure. Stanley Greene raconte le regard de Zelina, qui pense à son enfant perdu dans Grozny assiégée. Et tente à travers la fenêtre de son appartement, de fixer son regard sur tout ce qui même furtivement pourrait lui ramener cette idée du bonheur. C’est l’histoire que nous raconte le photographe. Celui d’un regard qui ne se livre pas. Qui voudrait ne pas se livrer. Ne pas déverser trop de choses. Penser faire illusion. Ce serait oublier qu’on ne choisit pas ce que nous fait dire la photo.

Musique: Tin Pan - Evening

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