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Se laisser porter sur la pente de l'aube : "Deep springe" par Sam Contis

1h01
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un corps fait carte, d'une peau nature, d'un désert accueillant, de Charles Aznavour, d'une pensée écologique,

On pourrait se repérer sur un corps comme on se repère parfois sur une carte. La peau comme de la pierre. Les veines comme des petits ruisseaux. Les muscles, les courbes comme des reliefs naturels, les parties cachées, dans le désordre d’un labyrinthe. C’est un désert. Un paysage vide, pas encore aride. Les points d’eau demeurent invisibles, à première vue, mais il y a déjà des zones d’ombres. Il y a des arbres et des feuilles vertes. L’ombre des feuilles se dessinent sur le pelage d’un cheval, viennent y ajouter quelques tâches en plus. Chaque changement de terrain ajoute de la douceur au chemin. On se prend justement à penser que tout fait balise, tout est repère sur cette terre faite de roche, de montagnes à gravir. Parfois il y tout de même un bord de l’eau. Il y a des buissons qui font ce qu’ils peuvent pour maintenir leur présence, et la manifester à ce monde là. Désertique, en noir et blanc. Il y a des corps qui nous déroulent un tapis, nous indiquent une direction, nous disent que le voyage peut être doux.Une épaule, un dos, une courbe, vue de près et qui nous invitent à monter à se laisser prendre, qui nous disent qu’ils sont là pour nous porter.Qu’il est possible de s’allonger sur ces roches. De vivre ici. D’y rester. Ce sont des photos de Sam Contis. La photographe américaine publie un livre de ses photos intitulées Deep Springs. Du nom d’un collège. Un établissement destiné à de jeunes hommes âgés de 12 à 25 ans, où le travail de chaque jour est de se fondre à la nature. Se mettre en contact avec elle, pour selon le but affiché de l’école, se préparer à mieux servir l’humanité. Ce sont des images prise en Californie, à l’est de la Sierra Nevada. Là où ces corps d’hommes tentent de se faire invisibles. On les regarde et on doit marquer un temps d’arrêt. Comme pour reconstituer le puzzle. Délimiter nous même les frontières entre ces corps et la terre. Essayer d’apercevoir des visages qui ne se montrent pas, car tout entier tournés vers le paysage. Des corps qui s’allongent comme s’ils voulaient disparaître dans la pierre, se noyer dans cette rare eau claire, plonger dans le feuillage. Une métamorphose comme dans un conte mythologique. Devenir un autre. Devenir autre. S’accomoder de ce nouveau corps. Apprendre à vivre dedans. S’y sentir beau.Devenir une épaule, un dos qui peut supporter tout. Nous y compris. Qui arrivent sans bagages, en plein soleil, et défait comme d’un seul geste, l’hostilité du paysage.

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