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Se laisser tirer par l'aube : "Je n'ai plus peur du noir" par Julien Magre

58 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de deuil et d'incrédulité, d'un corps divin en pleine mer, du regard des écrivains, des dossiers prioritaires au Nigéria, du jeune cinéma français et de son financement.

C’est un bout de plage comme une île. Le plan est resserré sur un seul corps, et pourtant on sait, on sent qu’autour, c’est le vide. Il y a du vide partout. Rien ne sera plus jamais comme avant. Un bout de plage comme une île. On se cramponne à un bout de terre, à une poignée de sable pour ne pas se laisser emporter loin de la rive. Ce serait tellement facile de lâcher. De se laisser engloutir. Alors non seulement on reste à sa place. Mais on essaie de faire comme si c’était facile. Comme si c’était naturel de ne pas bouger. De rester là tout seule. Avec plus personne à côté. Il y a une femme brune aux cheveux mouillés qui tombent sur ses épaules nues. Un maillot de bain fleuri sans bretelles. Le dos nus qui se donne complètement au soleil. Un corps de femme tranquille allongé sur une serviette rose. Ses jambes sont coupées par le cadrage. On ne voit pas son visage. Un corps pris en plongée, en tension, accoudé parterre. Elle regarde autour d’elle. La plage et la vie qui continue dans l’absence. A côté d’elle une parcelle de gazon vert planté là comme ça au milieu du sable fin. Un tapis d’herbe verte comme une bizarrerie réconfortante dans ce peu de paysage. Les vacances sans elle. Ce moment surréel d’un début de deuil. Tout le monde incrédule. La fille du photographe Julien Magre, Suzanne, est partie, un 25 juin 2015. Et puis il y a les jours d’après. Les vacances d’été, sans elle. Juste Sa compagne, la mère de sa fille, sur cette plage, en attente. Julien Magre avait passé un marché avec Suzanne, malade. On fait des photos ensemble, et la fin du livre ce sera la guérison et les grandes vacances. Ce sont des images douces. Des images où de l’herbe verte en quantité repousse dans ce paysage de sable. Où le soleil ne s’impose pas. De la discrétion partout. Comme en attente du prochain mouvement qui fait réaliser qu’il y a une vie à vivre après. Et qu’il faut être là, voir ça. Pour elle. Des images où ce visage d’enfant souvent grave qui se donne aux baisers de sa mère et au regard de son père, ce visage là, aux tâches de rousseurs et au regard profond et clair, s’imprime partout. Dans toutes ces photos d’absence. Comme si on le connaissait depuis toujours ce visage. C’est une série que l’on peut voir au festival Map qui se tient tout ce mois de juin à Toulouse. Avec pour thème, la famille. Ici dans cette série de Julien Magre, la famille porte la vie, et continue un chemin. Avec une phrase en tête, issue d’une autre série du photographe, Nous vieillirons ensemble- suite. Des mots d’ami aussi doux que définitifs « Elle tenait de vous et désormais c’est vous qui tenez d’elle ».

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