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Se livrer à un bras de fer avec la nuit : "Réagir" par Sébastien Van Malleghem

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'une cigarette éteinte, de l'autre comme bouée, d'une apocalypse graphique, de l'art de la conversation, de la mise au ban du Qatar, d'une petite fille privée de foot, et du crétin de la veille.

C’est une scène de lutte. Les muscles sont tendus. Le regard aussi. Rien ne lâchera. Et l’issue on ne la connaît pas. Elle ne se laisse pas entrevoir. Avec ce bras qui s’accroche dans le noir, c’est un corps, un homme qui apprend à réagir. Arrière plan noir. On peine à distinguer ce à quoi s’accroche l’homme que l’on voit sur la photo. Pansement au bras, en évidence, cigarette coincée entre ses lèvres. Elle semble éteinte. Il vient sans doute de la porter à sa bouche. Ou alors elle est là, elle reste là comme une présence, sur son visage, coincé dans ces lèvres invisibles cernées d’une fine barbe noir. Cette cigarette éteinte n’est pas son problème immédiat. Pour l’instant l’homme se bat. Contre l’obscurité de l’arrière plan. C’est son bras à la manche retroussée, à la peau tachetée qui nous happe, qui nous attrape. Par le col. Pas le choix. Un geste à la fois brutal et amical. Un peu maladroit. On n’ose pas détourner le regard, et puis on se laisse noyer dans le noir et blanc. Dans cette prise de vue sombre. On voudrait s’accrocher aussi. Voir ce que nous réserve l’obscurité, là tout derrière. Il y a un autre homme. Une silhouette. Sombre à peine visible. Un jeune homme brun qui se baisse sur l’autre au premier plan. Clope au bec. On ne sait pas s’il s’agit d’une extrême complicité. D’une proximité des corps, ou alors une confrontation. Une séparation. L’homme à la cigarette lève la tête pour le regarder. Planter ses yeux dans les siens. Se voir comme dans un miroir et contempler dans ses yeux là, que lui seul peut voir, le chemin qu’il reste à parcourir. Le temps qu’on met à réagir. Réagir du nom de la série faite livre par Sébastien Van Malleghem. Des portraits pris dans le Nord-Pas-de-Calais. Un endroit que le photographe dans sa présentation désigne comme l’un des endroits en France les plus touchés par la pauvreté. Une industrie textile disparue depuis 40 ans, un taux de chômage record, et l’incertitude sur les visages, l’isolement des corps, qui ne se laissent plus approcher. Réagir explique le photographe, c’est aussi le nom d’une association, de médecins, d’éducateurs, de psychologues, de travailleurs sociaux. Ceux qui sont encore là. Et qui regardent ceux qui restent. Les accompagnent. Réagir comme ce qu’il leur reste. Ne pas se laisser emporter par le désespoir. S’accrocher. A un regard. Mettre son bras, même blessé autour d’un cou. Comme une bouée. Ce sont des ensembles, des alliances qui se dessinent dans le crépuscule. "Il faut se battre tous les jours" écrit Sébastien Van Malleghem. Se battre dans cette violence là, mais aussi pour ne pas s’y laisser noyer, imprégner. Rester homme. Même abîmé mais tenir bon.

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