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François Vallejo

Livre : François Vallejo "Hôtel Waldheim" / Le peuple et la démocratie / Nouvelle Calédonie : après le Non, une consolidation française en Océanie ?

57 min
À retrouver dans l'émission

François Vallejo vous parle de son livre "Hôtel Waldheim", et Denise Fischer du référendum et de la percée des indépendantistes en Nouvelle Calédonie. Le Journal des idées se penche sur les notions de peuple et de démocratie.

François Vallejo
François Vallejo Crédits : JOEL SAGET - AFP

@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Spéciale Goncourt : Tewfik Hakem s'entretient avec François Vallejo, auteur de Hôtel Waldheim, qui a été retenu dans la première et deuxième liste du Goncourt. Tout en explorant à ses côtés son merveilleux livre, nous ferons aussi un point sur les prix littéraires de l'année avant la remise, mercredi 7 novembre, du Goncourt, du Renaudot, puis de tous les autres prix littéraires de la saison. 

Un remarquable huis clos où la mémoire personnelle est confrontée à la mémoire officielle d'archives secrètes à l'époque où le monde était partagé en deux blocs. Lors de ses séjours avec sa tante à Davos, à l'hôtel Waldheim, l'adolescent Jeff Valdera n'aurait-il été qu'un pion sur un échiquier où s'affrontaient l'Est et l'Ouest au temps de la guerre froide ? [Présentation de l'éditeur]

Le roman est venu de l'envie de parler de ma propre adolescence, à ce moment de l'histoire, que j'ai vu resurgir avec le thème des archives de la STASI qui on été ouvertes et reconstituées récemment. Tout à coup, pour moi, c'état une forme de reviviscence d'un passé à travers ces archives et j'ai voulu les réinscrire dans l'histoire de ma propre jeunesse. Le monde Est / Ouest nous semblait une sorte d'univers qui ne finirait jamais. C'était un arrière-fond éternel.

"Hôtel Waldheim" de François Vallejo
"Hôtel Waldheim" de François Vallejo Crédits : © Editions Viviane Hamy

« À l’entendre, j’étais très fort, à seize ans, pour tout effacer, et ça continue. Pourtant, à force de déblatérer sans réfléchir, j’ai commencé à lui prouver et à me prouver que je me suis fourré dans de drôles de situations. Si quelqu’un m’avait dit hier : tu t’es comporté comme le pire voyeur, pour surprendre un couple dans son lit, je ne l’aurais pas cru. C’est revenu tout seul, devant cette fille dans son fauteuil. Je sentais son souffle sur ma peau, incroyable ce qu’elle m’insuffle. Presque malgré moi, j’ai reconstitué la scène oubliée. Et d’autres. Elle va finir par me convaincre que je lui cache quelque chose. Que je me cache quelque chose ? Comme l’impression de rencontrer un inconnu qui s’appellerait Jeff Valdera. Et dans le genre inconnu, elle se pose là aussi, avec ses questions insistantes… »   Extrait de "Hôtel Waldheim" de François Vallejo.

Ce livre a été sélectionné par France culture parmi les romans de la Rentrée littéraire 2018 :
« Tous ceux qui aiment les romans à tiroirs, l’espionnage, l’univers de Thomas Mann, les montagnes là-haut des sanatoriums de Davos, les histoires de transfuges de la RDA… C’est un très bon livre. » Sandrine Treiner 

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La chronique d'Oriane Jeancourt de la revue "Transfuge" porte sur les prix littéraires.

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

La montée des populismes dans le monde invite à la réflexion sur les notions de peuple et de démocratie.

« Populisme et démocratie forment un couple singulier – résume Jean-Luc Nancy dans les pages idées de Libération. Le premier récuse la péjoration que son nom représente pour la seconde, dont il dénonce l’hypocrisie. La seconde se dit seule forme légitime d’existence commune. Les deux s’affirment souverainement populaires. » Soulignant « l’indécision » de leurs sens respectifs à l’époque de « leur opposition virulente dans le discours ambiant », le philosophe se demande de quel « peuple » parlent « ensemble et séparément » populisme et démocratie. « Le populus latin et le démos grec, qui malgré d’importantes différences se sont parfois traduits l’un l’autre, ont un trait commun : il s’agit de l’ensemble de ceux qui appartiennent à une collectivité organisée en tant que réalité publique (res publica –ce dernier mot est apparenté à populus). »

Celle-ci est une totalité organique, qu’on l’identifie « comme cité, nation, patrie, Etat ou précisément République ». Le mot « peuple » est donc « une sorte de tautologie de l’appartenance », même si une distinction s’est faite entre l’autorité publique ou la représentation démocratique et la frange du peuple désignée comme populace ou « plèbe », une distinction où ne cessent de se jouer « des attractions et des répulsions ». Car, souligne Jean-Luc Nancy, l’identité du peuple et de la démocratie « est de raison, elle n’est pas donnée, il faut la concevoir et l’instituer », le dénommé « contrat social » ne va pas de soi, il s’apparente à « un processus d’accouchement : le peuple doit en somme se produire comme chose publique ou commune (communisme), alors même qu’en lui se presse une indomptable anarchie ». Cette contradiction est fondatrice, dès lors que la société n’est pas pensée comme un ordre donné, théocratique ou autoritaire, ou encore « nomocratique (patriotisme, nationalisme, autonomisme) ». On peut rappeler à ce sujet les pages célèbres de La phénoménologie de l’esprit où Hegel évoque le règne de la liberté absolue instauré par la Révolution française : le peuple régicide tue toute forme d’unité dans la personne du roi, devenu un temps roi des Français après avoir été le roi de France. Et lorsque le fondement de l’unité fait défaut, il n’y a plus ni France ni Français. C’est pourquoi Robespierre va s’employer à éliminer toute forme d’opposition afin de reconstituer l’unité du peuple. Mais – poursuit Jean-Luc Nancy – les représentations autocratiques font retour dans les moments de trouble et de crise de la démocratie. « Lorsque se lève le ressentiment : l’échec de la démocratie donne du mécontentement, de l’aigreur et de la révolte au peuple qui ne se reconnaît plus comme peuple. Dès lors populisme veut dire démocratie vengeresse de son propre échec.  »

Et c’est cet échec qu’il convient de scruter. Pour le philosophe, il renvoie au manque de réalité démocratique, dissoute dans « une gigantesque transformation des conditions de vie de toute la population humaine (et plus largement vivante). Cette transformation se nomme technique et comprend en elle aussi bien les techniques financières et juridiques que les techniques mécaniques, biologiques et informatiques », en gros ce que Foucault regroupait sous le concept de biopolitique. Au stade actuel, conclut Jean-Luc Nancy, « un état déjà sérieusement implosif ou explosif de cette transformation est atteint sur tous les plans : économie (enrichissement et appauvrissement exponentiels), écologie (ressources naturelles excédées), école (plus rien à enseigner que les techniques) » et les neuroscience appliquées à l’éducation. C’est pourquoi la tâche qui nous incombe désormais est de « refaire peuple », de « nous repeupler de toutes les façons imaginables ». 

Une colère mondialisée, titre Philosophie magazine une série d’articles sur la montée des populismes aux Etats-Unis, en Italie, Grande-Bretagne, Allemagne ou Hongrie, dans le cadre d’un dossier sur le gouvernement des élites. En supplément, des extraits du livre prémonitoire de Christopher Lasch : La Révolte des élites et la trahison de la démocratie. Le titre est une référence directe à l’ouvrage de José Ortega y Gasset, La Révolte des masses, écrit en 1930. À l’époque, c’étaient elles « qui étaient considérée comme la menace contre l’ordre social et la tradition civilisatrice de la culture occidentale. De nos jours, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale », écrit l’historien et sociologue américain, qui dénonce des élites déconnectées des réalités, « coupables de ne servir que leurs intérêts et de ruiner l’idéal de la démocratie ». Dans la page Débats de La Croix, Jean-Yves Camus revient sur la comparaison faite par Emmanuel Macron entre la situation actuelle en Europe et celle des années 1930, qu’il trouve contestable, et il pointe l’intérêt politique du président à apparaître comme le champion des « progressistes » face au camp des « populistes ». Et l’accès au pouvoir de partis qui partagent un même rejet de la démocratie libérale n’est-il pas aussi une conséquence du ressentiment provoqué par l’idéologie du « premier de cordée » ?

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

Le débat sur l’indépendance n’est pas clos. Deux autres référendums pourront être organisés : le premier en 2020, et un dernier au plus tard en 2022... alors même que les partis indépendantistes sortent renforcés de cette première bataille. Edouard Philippe est en Nouvelle Calédonie au lendemain du référendum sur l’indépendance. La victoire du Non à 56,4 % signe le maintien de l’archipel dans la France et la poursuite de la présence française en Océanie : sous quelles conditions ?

Xavier Martinet s'entretient avec Denise Fisher, ancienne Consul Général d’Australie en Nouvelle Calédonie (2001-2004), Visiting Fellow à la Australian National University - en direct depuis Canberra.

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