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Tenter de fuir la Nuit : "Nepal: a fragile state" par Stéphanie Sinclair

58 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'un sourire disparue, de l'enfance sous le maquillage, d'un cyclisme philosophique, d'un éloge de la douceur, du visage de l'Italie, de statues de la discorde, de la barbe en politique.

C’est un regard en forme d’impasse. De grands yeux noirs, humides. Un corps qui voudrait fuir, retenue par de lourdes parures. Une scène irréelle, surréelle comme pour fêter le désespoir. Le porter à son comble et espérer pouvoir par la suite, s’en moquer, le dépasser. Ce sont des visages qui ont vieilli d’un seul coup. Des regards enfantins cernés de petites rides, soulignés de cernes. Des sourires qui se sont perdus en chemin. Des visages doux, à la mine légèrement angoissée. Les cheveux parsemés de cette poudre rouge, en parade de fête. « Quand je me suis mariée, j’ai fini de rire » dit Niruta, en tenant une petite fille, la sienne, dans ses bras. Elle porte encore son enfance sur son visage comme une route abandonnée au milieu. Une sortie brutale, inévitable. Le visage de Niruta semble pourtant fait pour le rire. Ses yeux montrent la direction. Et puis son regard se perd dans le vide. Niruta a 23 ans, deux enfants, et presque 10 ans de mariage derrière elle. Une vie. Déjà. Sur les photos de son mariage, sous son voile vert, derrière les couches de maquillages noirs sur les yeux, rouge sur les lèvres, Niruta garde les yeux baissés. Elle ne veut rien voir de ce qui se passe autour. La fête ne lui appartient pas. Tout le monde le voit. Ce n’est une fête pour personne. Un passage obligé, une sortie de route sans question. Des adolescents au Népal, qui entre 14 et 16 ans sont jetés dans une vie d’adulte. C’est un documentaire de Stéphanie Sinclair tout juste primé par le Anja Nedringhaus Award. Ce que l’on voit dans ce documentaire, disponible sur le site de la radio national publique américaine (NPR), ce sont des filles enserrées dans un lourd costume, derrière d’épaisses couches de maquillage.. Des jeunes femmes qui reprennent leur visage d’enfant, tentent de transpercer les couches de noirs, de leurs larmes. Elles implorent leurs mères, dans des sanglots qu’elles offrent à tous les convives, médusés. Avec cette dernière phrase d’insoumission. Je n’irai pas. Ce que l’on voit ce sont les préparatifs d’une fête qui n’a lieu dans aucun cœur. Juste là dehors avec la musique, la danse, le monde et la fumée. Tout le monde semble chercher sa place. Surtout devant les pleurs d’Anita, immobile, qui demande à sa mère de la garder. Les larmes d’Anita, et cette manche enfantine qu’elle porte à son visage pour les essuyer. Le maquillage qui peine à couler. Le masque est mis. Des corps qui voudraient courir loin et se cacher, comme dans ces jeux d’enfants à peine laissés derrière. Ne plus se faire prendre. On souhaite une fuite possible. On l’envisage avec elles. On guette les rebords du plan. Les espaces dégagés comme des ouvertures, les routes et leurs perspectives. Et on se demande jusqu’où la fuite peut s’envisager. On se demande jusqu’où le refus peut se faire entendre. Une fuite, qui faute de pouvoir s’imaginer, s’envisage oui, devient ce regard hagard, au maquillage humide, ce regard qui fuit, la fête, les autres, et même la caméra. Qui se réfugie un monde rêvé de l’insaisissable.

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