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End. Twins / Dublin

Voir arriver "la fin" de la nuit avec Eamonn Doyle

59 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de rues transfigurés, de passants transformés, de citoyennes informées, de Paris libérée, d'une petite fille Syrienne figée sur une toile, et d'un futur prévisible

End. Twins / Dublin
End. Twins / Dublin Crédits : Eamonn Doyle [courtesy of the Michael Hoppen Gallery - London]

Ce sont des corps en tension. Des corps avant la chute. Ou bien qui en ont peur. Alors il y a de la vitesse. Ou bien parfois juste une courbe du dos et des épaules qui se veut plus prononcée. Des passants qui dans leur immobilité, celle du dehors, semblent se hâter. Le corps qui donne cette image de lui comme voulant se cacher. Se mettre à l’abri. Des portraits de dos, de trois quarts, des visages qui se retournent furtivement. Des portraits qui prennent des pans de murs entiers quand les sujets, eux, se voudraient discrets. Il y a une angoisse comme la menace d’un danger ou d’un échec qui pèse sur ces corps, bien que les visages restent impassibles. Jamais de sourires, des regards parfois interrogatifs, mais qui ne trahissent jamais trop d’inquiétude. Peut-être un désir de disparaître. D’éviter l’espace. Un sentiment de peur irrationnel de ce qui peut nous atteindre à l’extérieur, renforcée dans la salle où sont exposées ces photos par ces notes de David Honohoe. Ce sont des portraits pris en bas de chez eux, des personnages choisis au hasard, et qui annoncent pourtant une fin. End, le nom que le photographe irlandais Eamonn Doyle a choisi pour cette série, et que l’on peut voir, en ce moment, et jusqu’en février, au centre photographique de Rouen. Il y a des corps et la manière que nous avons de les voir. Sur l’une des photos exposées, deux petites filles blondes, petites mèches de cheveux au vent… deux sœurs probablement, 5 ans tout au plus, qui portent la même robe à smoke aux couleurs pastels et aux motifs fleuris. Les mêmes collants blancs opaques. Elles se tiennent en déséquilibre au bord d’un trottoir. Elles se tiennent par la main, et la première, celle qui guide, la plus grande, est ralentie par la chute de l’autre. On ne voit pas du tout leur visage. Il y a un mouvement sur cette image qui fait penser à une fuite, en avant. Peut-être juste qu’elle joue, qu’elles rient. Mais leur mouvement, ce bord de trottoir qui constitue à la fois leur paysage et le danger de leur environnement. Et cette prise de vue toujours aussi proche et collé au corps des personnages. Comme un appareil embarqué, qui tente de saisir un présent fuyant . End. La fin. Celle d’un trottoir, d’une rue. Celle de la tranquillité du corps quand on se retrouve dans la rue. Confronté au regard des autres, à l’inconnu qui peut survenir dans sa propre rue. End, une fin que l’on n’ose pas associer au monde, même si l’on perçoit cette pensée dans les yeux et dans les gestes de ces habitants de Parnell et O’Connell Street à Dublin. Et pourtant c’est bien avec le langage de Samuel Beckett un dramaturge de ce qui se finit, qu’Eamonn Doyle compose ses photographies. "Quelque chose peut ressortir de ces prises de vue à la volée dit-il peut être même que quelque chose peut ressortir de l’échec d’une saisie photographique". C’est en faisant dit-il encore l’expérience d’une irréductible distance à l’autre que quelque chose ressort. Que quelque chose se passe. Et que la photographie, si l’on suit le regard d’Eamonn Doyle, devient un art beckettien d’attendre.

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Thème d’une disparition, par Broken Social Scene. Ici, il s’agit d’une femme et de sa fille de 7 ans. Il a déjà été question dans les Matins, et si je ne m’abuse dans la Vie numérique de Xavier de la Porte, de cette petite fille, Bana Alabed 7 ans qui par son compte Twitter aux 200 000 followers, nous faisait voir à quoi pouvait ressembler le quotidien d’une enfant et de sa mère à Alep. Et puis le 28 novembre dernier, quelques jours après le bombardement de leur maison , elles ont posté un message qui disait en substance: "Nous allons mourir." Depuis le compte avait disparu. Et la presse international s’était fait l’écho d’une inquiétude collective mondial quant au sort de la petite fille et de sa mère. Or il y a 10 heures, le compte est réapparu, et avec lui une suite de messages postés entre le 28 novembre et le 4 décembre, et la BBC s’est empressé dans un article d’exprimer son soulagement à l’idée que Bana Alabed soit saine et sauve. Sauf que le dernier message posté il y a 10 heures, n’invite pas vraiment au soulagement. Il est signé de sa mère qui indique des bombardements incessants et nulle part où aller, une mort imminente et finit pas un goodbye. Comme si l’existence numérique de Bana Alabed et de sa mère était devenue depuis quelques jours plus importante que son existence réel. Ne pas s’habituer aux images en provenance d’Alep, selon les mots répétés de la parole officielle, contexte dans lequel cet élan d’inquiétude puis de soulagement collectif dans le monde, pourrait être considéré, justement, comme un symptôme de cette habitude.

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