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Voir le jour se lever et son corps changer : "Hobbledehoy" par Ed Alcock

58 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question d'une étreinte maternelle, d'un corps changeant, d'un profil perdu, d'un renouveau européen, de l'identité chinoise, d'une recherche de soi.

C’est l’image d’un temps voué à disparaître. Un peu comme le ferait ce soleil de fin d’après-midi. Cette chaleur de fin d’été sur la plage. C’est un temps dont on ne saisit pas tout de suite l’importance. Un passage dans la vie. Un entre-deux pour lequel on n’a pas toujours de mots. Mais dont on garde incontestablement des images. Des images et des sensations. Celle d’une fusion peau à peau. Une mère et son fils. En vacances. S’il n’y avait pas les photos, et donc un photographe pour nous dire le contraire, on pourrait les croire complètement seuls au monde. C’est d’ailleurs ce qui attire ici l’œil, pas complètement neutre du photographe Ed Alcock. Il s’agit ici de son fils Nino, de la mère de son fils Muriel. C’est leur proximité qui l’intrigue, qu’il veut sonder, saisir, figer. Une intimité qui, pour lui, n’aura bientôt plus lieu d’être. Dans quelques années, dans peu de temps, son fils deviendra un adolescent. Et bientôt les longues étreintes, les baisers sur la peau nue de sa mère n’auront plus lieu. Parce que c’est comme ça. Que le temps passe et apporte avec elle, un nouveau voile. Une identité en train de se faire, un corps en train de grandir. Et la proximité qui se fait peu à peu impossible entre le corps d’une femme et celui de son enfant qui devient homme. Il y a cette photo en plongée, mal cadrée, comme une photo de vacances prise pendant le court temps d’une sieste, tout au bord de la mer. La femme est allongée sur un transat, à l’aune de la rive, elle serre son enfant dans ses bras. Les vagues viennent mourir et se retirer lentement près de leur visage. Nino est sur elle et pose sa tête sur sa poitrine. Ils ferment les yeux, ne disent rien. C’est le silence qui met le mieux en valeur leur complicité. Des gestes et des postures quotidiennes, qui ne posent aucune question de temps. Seul lui, le père, le photographe, se la pose. Comme s’il se la reposait en fait pour lui-même. D’où le titre de son travail, Hobbledhoy, ce mot à l’allure d’une formule magique d’enfance. Un mot que son grand-père utilisait pour désigner son père à lui. Un mot qui l’a désigné lui, Ed Alcock. Alors que l’enfant qu’il était grandissait, allait peut à peu vers l’adolescence. Hobbledehoy, un nom intraduisible en français parce qu’il désigne un entre deux. Peut-être ce moment si difficile à nommer pour des parents, pour soi même. Un enfant qui cesse peu à peu de l’être pour devenir lui-même. Pour aller vers un autre monde. «Il y a quelque chose dans la manière dont mon fils se tient, quelque chose dans la mélancolie de son regard qui évoquent, pour moi, un garçon plus âgé, déjà nostalgique de son enfance » peut-on lire dans le livre d’Ed Alcock, d’un texte signé Emmanuel Carrère. C’est en effet un jeune garçon, torse nu, jamais loin de la plage. En déguisement de guerrier, même s’il n’y croit déjà plus. Son regard grave va bien au delà de son casque factice de combattant. C’est un regard qui questionne qui tente de voir quels autres bras, quels autres champs peuvent s’ouvrir à lui.

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