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Peut-on être dépendant de la lecture ?

Addicts sans substance ?

27 min
À retrouver dans l'émission

Emilien et Pierre lisent et jouent de manière compulsive : l'un pour connaître toujours plus d’auteurs, l’autre pour gagner plus d'argent. Peut-on être dépendant sans substance ? Ils racontent.

Peut-on être dépendant de la lecture ?
Peut-on être dépendant de la lecture ? Crédits : Stockbyte - Getty

Emilien a vingt-sept ans, thésard en sciences politiques. Il commence à lire au CP des livres pour enfants. Rien d’anormal, jusqu’à sa découverte d’Harry Potter, qu’il dévore. Depuis, il ne s’arrête plus de lire.

J’ai lu tous Les Six Compagnons, Arsène Lupin, La Quête d’Ewilan, Peggy Sue et les fantômes, tous les Bernard Werber…

Encouragé par son entourage, il se met à dévorer tout ce qui lui tombe sous la main. En première, il lit pendant la récréation, en cours, la nuit. Ses résultats scolaires dégringolent.

Je préférais lire plutôt que d’aller discuter avec des gens : ça me paraissait plus important, plus valable.

Je me suis rendu compte que la littérature était un moyen de mieux entreprendre mon rapport au monde, d’habiter la Terre.

A la fac, c’est encore pire, il ne sort plus, ne fait que lire.

Tous les matins, je calculais le nombre d’heures que j’avais dans ma journée pour lire, le nombre de pages que ça faisait.

Il fallait que j’aie lu Zola, il fallait que j’aie lu Musil, sinon ça n’allait pas du tout. C’était des sortes d’inconnus que je devais connaître. Mais je me suis rendu compte que c’était impossible. C’est Sisyphe.

Un jour sur le quai d’une gare, il panique : son bouquin resté à la maison, il n’atteindra pas son quota de pages lues dans la journée. Il réalise qu’il est allé trop loin. 

Pierre est « tombé dans la marmite » du jeu quand il était jeune. Il suivait son père à l’hippodrome, témoin de son enthousiasme et de sa passion. 

Plus tard, il commence à miser à son tour sur les chevaux, puis à la roulette au casino, de plus en plus d’argent et de plus en plus souvent.

A un moment je me suis dit : 

"Pourquoi mon objectif c’est de partir avec 1000 francs puisque je peux en gagner 5000 ?" Ça m’a poursuivi presque toute ma vie, de ne jamais être satisfait. 

A partir de ce jour, Pierre commence à ne plus se satisfaire jamais de ce qu’il gagne : quelle que soit la somme avec laquelle il repart, ce n’est jamais assez. Père à vingt-deux ans, il finance une grande partie de ses dépenses par le jeu, notamment tous les travaux de sa maison. 

J’étais devenu le maître du jeu, et dès que j’avais besoin d’argent, j’allais au casino. Pour moi, c’était un distributeur automatique de billets.

Puis la machine s’inverse, il ne fait plus que perdre. Pour se financer, il fait des emprunts, demande de l’argent à des amis, vend ses appartements. Un jour, il pense à faire une escroquerie à l’assurance pour payer des paris et se rend compte qu’il est sur le point de prendre des risques trop grands en continuant sur cette voie. C’est à partir de ce moment qu’il commence à sortir de sa dépendance et réalise qu’il n’a en réalité jamais été heureux en jouant ainsi.

Il faut reconnaître que le jeu est plus fort que vous : j’ai tout essayé, ça n’a pas marché, donc je suis satisfait d’être passé à autre chose !  

  • Reportage : Karine Le Loët
  • Réalisation : Clémence Gross

Merci à Pierre, Emilien, l'Institut du Jeu Excessif et à Gamblers Anonymous.

Chanson de fin : "Je Ne Suis Pas Très Drogue" par The Limiñanas – Album : The Limiñanas (2010).

Playlist à emporter

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