LE DIRECT
Solidarité entre voisins

Banlieues confinées : on la joue collectif

28 min
À retrouver dans l'émission

Du rez-de-chaussée, jusqu'en haut des tours, quatre habitants des quartiers d'Ile-de-France, de 31 à 62 ans, racontent le confinement, entre solidarités, débrouille et système D.

Solidarité entre voisins
Solidarité entre voisins Crédits : Anne-Christine POUJOULAT - AFP

Ousman a trente-et-un an, il est directeur de la section football de Nanterre. 

Sur le terrain il y a des gamins de tous les quartiers de Nanterre. Il y a une vraie émulation, c'est l'occasion de retrouver ses amis, ses voisins, ses "frères d'une autre mère" comme on dit ! 

Avec tout le soutien qu'on a toujours eu, on a voulu rendre la pareille pendant ce confinement. 

On a demandé à une association ce qu'ils mettent dans un colis alimentaire, on n'a rien inventé !  Dans un colis il y en a pour environ trente euros : du sucre, du lait, des pâtes, de l'huile, du thon, de la farine, des conserves, des confitures, des compotes, des pains au lait....

Une fois qu'on sort de notre bulle, on se rend compte qu'il y a beaucoup de gens pour qui la période est très difficile...

C'est compliqué de convaincre les jeunes qu'ils peuvent changer la donne. Dans ma famille, on était dix enfants, on a grandi dans un F5. Le confinement, dans ces conditions, c'est dur. 

Mebrouka, soixante-deux ans, habite La Courneuve, après avoir été la dernière habitante de la barre Debussy de la cité des 4000. Elle est mère de trois garçons. 

De ma fenêtre je vois des bâtiments, une grue, les grandes tours de La Défense, et au loin le Sacré-Cœur. J'entends les sirènes de la police jour et nuit. 

Quand ils ont démoli la barre Debussy, ils m'ont donné un appartement au onzième étage alors que je suis handicapée. J'ai demandé un logement adapté et ils m'ont fait cadeau de cinq étages. J'habite au sixième maintenant. 

Heureusement, un de mes fils est devenu ingénieur et il m'aide, sinon on ne pourrait pas se nourrir. 

Ma retraite n'est pas versée, et on ne peut pas se rendre à la CAF ou voir une assistante sociale...

Je suis devenue asthmatique alors je ne sors pas. Ce sont mes fils qui font les courses. Mais parfois il n'y a plus rien dans les supérettes. Les stocks sont consommés dans la journée. 

Une amie que je connais seulement via Facebook, m'a proposé de me prêter cinq cents euros. J'en ai pleuré et j'ai décliné son aide. On ne meurt pas encore de faim. 

Le cimetière de La Courneuve se remplit très vite. On n'a pas les numéros de tout le monde, on ne sait pas qui est mort dans le quartier. 

J'ai l'impression que c'est nous le virus, entassés dans ce quartier et accusés par les gens de l'autre côté du périphérique de ne pas respecter le confinement...

Aly, trente-trois ans, est membre de l'association Action de Solidarité pour l'Autonomie Durable (ASAD), qui accompagne des mineurs dans leur scolarité et autres activités culturelles. 

Combien de jeunes suivent les cours à distance ? Pas beaucoup. On s'est rendu compte que beaucoup faisaient du partage de connexion ;  un gamin a la connexion et il la partage avec trois autres. 

On ne peut pas faire l'école à la maison. Rien n'a été fait pour ces territoires. Cet abandon conduira à de la révolte. Pas des émeutes, de la révolte. 

Razika, habite La Courneuve depuis quarante-six ans. 

S'il y a bien une chose qui ne connaît pas la pénurie ici, c'est le cannabis. Mais la police n'intervient pas. Mon fils est accro et il est habituellement suivi par un bon médecin, mais les bons médecins ont été réquisitionnés...

Reportage :  Valérie Borst  

Réalisation : Clémence Gross

Mixage : Philippe Merscher

Remerciements Mebrouka, Razika, Aly, Ousman, Bachir , Mustapha, Chiraz, Teddy, Roxane

Chanson de fin d'émission : Jeunesse Du Monde, de Keny Arkana. Label : Because Music.  

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......