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Témoignages recueillis à Auxerre...

Cahier de doléances à Auxerre

28 min
À retrouver dans l'émission

C’est un micro auquel ils peuvent tout dire, ce qui les révolte, ce qui doit changer, ce qui n’est plus possible, qui ferait encore rêver. A la manière d’un cahier de doléances, les habitants d’Auxerre expriment leur colère, racontent leur vie et leur ville.

Témoignages recueillis à Auxerre...
Témoignages recueillis à Auxerre... Crédits : elphine Saltel - Radio France

Dans les rues d'Auxerre, Delphine Saltel est partie recueillir les doléances de ceux qui, comme pendant la Révolution, on des idées pour changer le monde. 

Certains ont des peines de coeur, comme Elodie, qui n'a vraiment aimé qu'une seule fois. 

Pour moi ce qui ne va pas c'est les hommes, ils ne cherchent que des aventures sexuelles et ne veulent pas s'engager. En plus on nous demande à nous les femmes d'être belles, de travailler, d'être indépendantes, de s'occuper des enfants. Je préfère les avoir comme amis. Elodie

On a tellement demandé à être les égales des hommes, mais ça n'arrivera jamais, on se fait tout le temps lourder. Elodie

Je rigole de mes propres malheurs, même quand je vais aux Restos du cœur j'ai le sourire. Elodie

Sans amour la vie ne vaut rien. Je n'ai aimé qu'une seule fois, on était parti en Bretagne à l'aventure, on vivait d'amour et d'eau fraîche dans une tente. J'avais tout quitté pour lui. Depuis je n'ai jamais revu la mer. Elodie

D'autres s'inquiètent de leurs conditions ne travail, et ne comprennent pas pourquoi, alors que le chômage monte en flèche, on supprime des postes de fonctionnaire. 

Je suis facteur, et le boulot ça ne va plus. On va de suppression de postes en suppression de postes, on est sur les nerfs. Les prochaines élections ce sera beau... Qui tire les ficelles de tout ça ? C'est Le Pen... Mais rassurez-vous, jamais vous ne me verrez voter Front National. 

Delphine Saltel croise la route d'une lycéenne passionnée par la lecture. Elle a son mot à dire sur ce qui ne tourne pas rond dans son lycée, où elle observe qu'il y a "80% d'Arabes". D'après elle, ils participent à cette sensation de désordre, une des raisons pour lesquelles elle souhaite devenir gardienne dans une prison. 

C'est incroyable tout ce qu'on voit au lycée, il y a beaucoup de tolérance pour certains et non pour d'autres. Je ne vais pas parler de racisme, mais ils sont plus tolérants envers les Arabes qu'envers nous Français, et on ne trouve pas ça très normal. 

Avant j'étais dans un lycée et il n'y avait que deux, trois Arabes. Alors que là on est complètement désorienté, on se demande dans quel pays on est. 

Je suis en filière secrétariat, mais j'aimerais bien être surveillante pénitentiaire. J'aime bien l'idée de garder des détenus. C'est nous les chefs, alors les autres doivent se taire. S'ils sont là c'est qu'ils ont fait quelque chose, je ne leur adresserais pas un regard. Quand on voit tout ce qu'ils ont dans leur cellule : une télé, des meubles... Ils ne sont pas là pour être en vacances non plus.  

Mais moi ce que j'aime c'est lire, je lis tout, j'adore Roméo et Juliette, j'aime me poser quand il fait soleil pour pouvoir lire tranquillement. 

Tandis que d'autres lycéens observent d'autres statistiques. 

Ce qui nous gêne nous c'est le racisme. On est dans un lycée agricole, donc au contraire, c'est 80% de racisme, dès qu'ils voient un noir ils disent "on le fume le noir, coup de 12". 

Pour Isabelle, c'est la solitude, et l'inquiétude de ne pas pouvoir finir les fins de mois. 

Avant je vivais dans un logement insalubre. On ne fait pas toujours comme on veut, il y a beaucoup de problèmes de voisinage. On n'y arrive plus, moralement c'est très dur. Ce qui me révolte c'est le fait que les factures grandissent et qu'on a du mal à finir le mois. J'aimerais bien qu'on pense aux pauvres. Avec mes copines, on s'entraide comme on peut en se prêtant un euro par-ci, un euro par-là. Isabelle

On est de plus en plus de mamans toutes seules. Mais s'il n'y avait pas mes enfants, je ne sais pas ce que je ferais, j'espère que mes enfants vont réussir dans la vie. Isabelle

D'autres encore sont parfaitement heureux grâce à leur métier et le plaisir du grand air.

Je suis jardinier et je suis très content, il n'y a rien à dire. Mon métier me rend heureux, travailler dehors, en plein air. 

Mais la peur domine, notamment lorsque la propriété de cet homme est menacée. 

Moi ce qui m'inquiète c'est le manque de sécurité, j'ai été menacé de mort, alors là c'est le merdier, c'est un merdier soixante-huitard, c'est à cause des gens du voyage, le maire protège ces racailles. 

Tout est censuré, le nombre de voitures brûlées dans Auxerre par exemple, j'ai un ami policier qui me communique les vrais chiffres... 

Si Madame Deneuve voulait mettre des pantalons il n'y avait pas besoin d'aller jusque-là. Il faut remettre au pas les petits emmerdeurs. Il faut un vrai dur au pouvoir. 

Enfin, le patron d'un café du centre-ville voit sa clientèle changer peu à peu, mais l'espoir persiste, même si les temps sont durs. 

Ce qui nous met en colère, c'est qu'il n'y a pas de travail dans cette ville, les usines sont fermées. Personne ne s'en sort, c'est ce qui creuse un fossé, et ça fait monter les extrémismes. 

En tant que patron d'origine maghrébine, bien sûr que je le ressens. Dès que les passants voient deux ou trois Arabes ils ont peur, j'ai perdu toute la clientèle "gauloise de souche"... Ma clientèle n'est composée que de gens de passage qui sont attirés par la terrasse ensoleillée. Avant c'était autre chose quand c'était tenu par un blanc, il y avait plus d'Auxerrois. 

Il faut arrêter de faire peur aux gens pour les force à voter. Monsieur Sarkozy fait peur, il veut se retrouver au deuxième tour avec Madame Le Pen, ça va tourner au vinaigre... 

Les français ils s'en fichent de ça, ils veulent juste payer leur loyer, aller en vacances, boire un verre en terrasse. 

Reportage : Delphine Saltel

Réalisation : Annabelle Brouard

Chargé de rediffusion : Eric Lancien

Première diffusion le 08/04/2011

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