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Pyramide de femmes, 1937
Épisode 6 :

Calais mon amour

27 min
À retrouver dans l'émission

Béatrice habite Wierre-Effroy, à côté de Calais. Ancienne militante du Front national, sa vie a basculé le jour où elle a découvert la jungle et ses réfugiés.

Crédits : Philippe Huguen - AFP

Béatrice a 44 ans, elle habite à Wierre-Effroy, à côté de Calais. Au cours de sa vie, elle se retrouve à distribuer des tracts pour le Front National avant d'accueillir des émigrés chez elle et de tomber amoureuse de l'un d'entre-eux.  

Lorsqu'elle a à peine 20 ans, elle rencontre un homme en discothèque qui deviendra son mari. Au début tout allait bien, mais les beaux jours sont comptés. Le compagnon de Béatrice est fonctionnaire de police, à la naissance de leur fils, il est muté et devient de plus en plus désagréable. Quelques années plus tard, alors qu'ils sont au marché, Béatrice retrouve son mari en pleine discussion avec des démarcheurs du Front National (actuellement Rassemblement National). 

J'ai été tracter pour le Front National, parce que ça rapportait bien. 

Béatrice s'engage auprès du parti d'extrême droite sans grande conviction politique, elle se contente de gagner de l'argent. 

Un matin mon mari me réveille parce qu'il avait une très grande douleur dans la poitrine... 

La vie de Béatrice bascule du jour au lendemain. Elle retourne habiter avec sa mère, à la campagne et change de métier. Libérée de l'emprise de son mari, elle rouvre les yeux.  

Un jour en sortant de mon centre de formation, un grand garçon noir de l'âge de mon fils, autour de 18 ans, me dit "hello" avec un sourire. 

Le jeune homme lui demande si elle peut le déposer à la jungle de Calais, sur un coup de tête elle accepte. 

C'est alors qu'elle découvre la réalité de la jungle. Depuis les années 2000 environ, aux abords de l'entrée du tunnel sous la manche, des centaines de personnes émigrées survivent dans des conditions extrêmes. 

Certains voulaient l'asile, d'autres voulaient passer, on ne comprenait pas trop. 

Alors qu'elle travaille à seulement quelques kilomètres de là, Béatrice n'avait pas conscience de ce qu'était réellement la jungle de Calais. 

Il faisait froid, il commençait à pleuvoir, l'odeur de l'usine classée Seveso qui me prenait au niveau du nez et des bronches, je me demandais comment ils allaient survivre.

La sinistre découverte pousse la jeune femme à organiser une récolte de vêtements et de jouets pour les réfugiés du camp. En 2016, plus de 6400 émigrés ont été évacués du bidonville. 

Ils sont 9 et ils se sont cousu la bouche pour protester contre les conditions de vie dans la jungle de Calais. 

Parmi eux, Mokhtar, un réfugié iranien dont elle tombe, comme lui, immédiatement amoureuse. 

De lui, je ne sais rien du tout, à part qu'il est iranien et qu'il s'est cousu la bouche. 

Les bouches finissent par être décousues, et Béatrice accueille Mokhtar et l'un de ses acolytes chez elle, en attendant de trouver une solution. 

Maintenant je comprends que de se coudre la bouche dans la jungle n'était qu'une broutille pour eux, après avoir vécut tout ça.  

Aujourd'hui mise en examen pour l'avoir aidé à passer en Angleterre, Béatrice raconte son histoire et leur amour, aussi sincère qu'inattendu.

Chanson de fin : "Get not high, get not low" par Feist - Album : "Pleasure" (2017) - Label : Universal music.

  • Reportage : Stéphanie Labadie
  • Réalisation : Alexandra Malka

Ne manquez pas, dès aujourd'hui, dans toutes les bonnes salles, le documentaire réalisé par Sonia Kronlund " Nothingwood", en partenariat avec France Culture

Crédits : © Enora Denis / Antoine Lachand
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