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L'isolement des ados durant la pandémie

Ce que le Covid-19 fait à nos ados

28 min
À retrouver dans l'émission

Profondément marquée par la crise du coronavirus mais longtemps négligée, la jeunesse confinée a souffert. Le confinement a pu s'annoncer comme une bonne nouvelle, mais beaucoup ont déchanté. Des ados lèvent le voile sur leurs traumatismes.

L'isolement des ados durant la pandémie
L'isolement des ados durant la pandémie Crédits : Justin Paget - Getty

Ça commence par une visioconférence. Des parents inquiets posent des questions sur le mal-être des adolescents. Tout y passe : l’usage des écrans, l’enfermement, l’isolement. Selon Françoise, les enfants auraient des difficultés. Le rythme de vie aurait beaucoup changé.

J’arrive plus à faire avancer mes ados. […] J’ai le sentiment qu’on vit tous au jour le jour. Les miens, ils n’ont pas rendu leurs dossiers sur ParcoursSup.

Le terme finit par être lâché : des jeunes parisiens « lâchés dans la nature », qui s'écroulent. On sent qu’on perd le contrôle.

Victor était pourtant fou de joie lors de l’annonce du premier confinement. L'enfant de 12 ans déchante toutefois rapidement : le désœuvrement amène son lot d’angoisses. Les pensées suicidaires, au départ abstraites, se manifestent. Chemin faisant, elles deviennent de plus en plus concrètes.

Je commençais à avoir de vraies envies de suicide. Pas exagérées, non, des vraies. Je sentais que les adultes me comprenaient, mais pas assez. 

Victor en parle donc à ses parents, qui finissent par comprendre la gravité de la situation. Il a consulté, parlé, et trouvé un certains repos. Le confinement n’a pas apporté que de mauvaises choses : le harcèlement dont il était victime a cessé. Les envies suicidaires aussi.

Salomé, elle, a connu une situation similaire. Comme beaucoup, elle est désarçonnée par ce confinement inattendu qui tombe comme une grande chape de plomb. Fini les sorties, les promenades, les ami(e)s :

J’étais tout le temps enfermée dans ma chambre. C’était boulot dodo, c’est tout.

L’enfermement est délétère. Tout devient rapidement insupportable pour l'adolescente, qui ne peut même plus supporter d’entendre la harpe de sa mère. Elle constate tout l’abîme générationnel qui la sépare de ses parents :

Quand je m’ennuie ils me disent : « bah lis un livre ! ». C’est cool de lire, hein, sauf que je viens de travailler toute la journée, et j’ai pas très envie de lire un livre. J’ai plutôt envie de sortir jouer ou de traîner dans la rue.

Perdue et « à la ramasse », Salomé décroche du conservatoire. Lors du déconfinement, elle a pris l’habitude de ne plus trop travailler.

Quand mes notes ont commencé à chuter, j’ai commencé à paniquer. Je me suis dit : « qu’est-ce que je vais faire, je vais être renvoyée, tous les élèves vont me prendre pour une débile.

Les idées noires s’accumulent et deviennent envahissantes. Elle essaie de passer à l’acte, mais une copine prévient ses parents in extremis. Comme Victor, elle va alors consulter des psychologues.

S'il n'y avait pas eu mes amis, bah je ne serais plus là. [...] Je regrette pas mal cette période de ma vie. Je me suis dit que c’était quand même une très grosse erreur.

Julie, enfin, est lycéenne. Si le confinement s’annonce comme une bonne expérience, il finit par réveiller ses démons intérieurs. Les conflits avec ses parents se multiplient jusqu’à devenir envahissants, si bien que la jeune fille recommence à se mutiler...

C’est un peu comme une addiction. C’est pour combler un vide en moi, une douleur intérieure… Depuis le confinement, c’est comme si j’avais vraiment besoin de m’accrocher à quelque chose, pour rester les pieds sur terre.

Julie finit par en parler. Prise en charge médicalement, elle suit depuis un traitement anti-dépresseur. Mais ça ne résout pas tout :

Parfois c’est dur. Je m’engueule avec ma mère sur les mêmes sujets, à chaque fois… Parfois, j’ai l’impression qu’on avance, mais aussi qu’on recule par rapport à beaucoup de choses...

Reportage : Alain Lewkowicz

Réalisation : Cécile Laffon

Merci à Victor, Salomé, Julie et leurs parents. Merci à Agnès Portos, à Myriam Migniard, à l’équipe des parents de la FCPE du lycée Voltaire. Merci enfin à Pierre-Olivier Dufaux, à Virginie Roturier et Mirentxu Bacquerie.

Musique de fin : "Ukuhamba", Emile Parisien, Vincent Peirani, Andreas Schaerer & Michael Wollny - Album : Out of Land, 2017. 

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