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Plongeon au coeur des livres qui nous ont sauvé pendant le confinement.

Confinement : sauvées par les livres

28 min
À retrouver dans l'émission

Karine et Savannah ont été sauvées par les livres. « Puissance de la douceur », «Rupture(s) » ou encore « Mémoire d’une jeune fille rangée » leur ont permis de traverser le confinement avec une ouverture nouvelle au cœur de leur immobilité.

Plongeon au coeur des livres qui nous ont sauvé pendant le confinement.
Plongeon au coeur des livres qui nous ont sauvé pendant le confinement. Crédits : Malte Mueller - Getty

Certains livres nous marquent plus que d'autres, certaines lectures nous accompagnent toute notre vie et nous épaulent à travers les épisodes les plus difficiles. Le livre, un objet si simple, mais qui recèle tant de complexités. Il nous permet de nous évader en abattant nos barrières mentales. Les livres nous modifient, ils participent à notre compréhension du monde, parfois ils nous apportent du réconfort, et inlassablement nous pouvons y revenir, les relire et toujours trouver quelque chose de nouveau entre les lignes. 

Ces livres si particuliers, qui marquent l'existence, sont souvent ancrés dans un contexte, un moment pivot de la vie, une charnière ou une rupture. 

- Savannah a 19 ans. Au début du premier confinement, elle dort et lit. Deux activités qui dessinent un rythme de vie assez paradisiaque, encore épargné par la pression et l'angoisse de la situation épidémique.

Moi, il ne me faut pas grand-chose pour m’évader : je me pose dans le hamac, je lis toute la journée et je pars très loin. Savannah

La lecture qui va changer le visage de son confinement et certainement de sa vie est Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. A sa grande surprise, la figure tutélaire fait écho à tout ce qu’elle ressent, à tous ses doutes, ses incompréhensions.

Je ne pensais pas pouvoir me reconnaitre ou me sentir comprise par Simone de Beauvoir... Savannah

Savannah s'est reconnue dans l’intensité des émotions décrites, dans l'envie exprimée d’être cette jeune fille calme que tout le monde voudrait qu’elle soit et l'impossibilité de n'être que cela. 

Chez elle, le sentiment de révolte n'est pas neuf et s'est exacerbé durant des années de collège et de lycées pénibles, rythmées par des harcèlements, violences et humiliations. Durant cette période douloureuse, la lecture était son unique moyen d’évasion.

Je retrouvais dans les livres des amis que je n’avais pas autour de moi, un monde doux, des personnages dans lesquels je me retrouvais et qui ne me haïssaient pas. Savannah

Aujourd’hui, à presque 20 ans, Savannah est devenue ce qu’elle projetait il y a quelques années: une étudiante à Science Po, qui a des amis et son propre appartement. Seulement, le confinement est arrivé et elle regrette la liberté d'il y a encore quelques mois. Elle aimerait pouvoir apostropher  Simone de Beauvoir:

Je vais passer mes 20 ans enfermée entre quatre murs, j’aurais voulu les passer sur une terrasse avec mes amis. Simone, malgré toutes les avancées dont je bénéficie par rapport à toi, j'ai envie de te dire que tu avais du bol. Car toi, tu pouvais courir les bibliothèques, tu ne portais pas de masque, tu pouvais aller au cinéma, au musée ! Savannah

Je suis comme Simone, je me pose plein de questions. Savannah

- Karine est une libraire d'une cinquantaine d'années et elle connait bien ces livres auxquels on revient sans cesse pour les questionner, comme des ancêtres, des troncs d’arbre sur lesquels on s’adosse.

Au moment du confinement, Karine a du faire face à deux graves épreuves : la perte de sa petite soeur, seulement âgée d'une quarantaine d'années et la rupture neurologique de sa jambe gauche qui l'a privée de sa passion, la course à pied, qui aurait pu l'aider à se délester de certaines idées noires causées par son drame personnel.

Sa bouée de sauvetage, Karine va la trouver dans les livres et particulièrement dans la lecture de Rupture(s) de Claire Marin et de Puissance de la douceur d'Anne Dufourmantelle.

Durant ce confinement qu'elle passe dans le sud, Karine avait pour lieu de lecture son rocher, dans la montagne, face à la mer où elle pouvait contempler un monde arrêté, dans une sorte de méditation. Elle avait, dans ces moments, le sentiment vertigineux d’être sur un astre à la dérive.

J’inspirais les mots au plus profond de mon corps, qu’ils atteignent toutes mes cellules, qu’ils me soignent. Karine

Merci à Merci à Karine, Savannah; Aux librairies indépendantes des réseaux leslibraires.fr avec l’aide de Maya Albert, « Initiales » avec l’aide de Wilfried Sejeau, « le Syndicat de la librairie française » avec l’aide de Morgane Le Guillou; et à Emmanuelle Daviet, la Médiatrice de Radio France, qui nous a permis de rencontrer Savannah.

Reportage : Elise Andrieu 

Réalisation : Cécile Laffon

Chanson de fin : "Under the Ivy" (2014) de Tracey Thorn, Label : Strange Feeling Records

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