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Nos aînées confinées

Danielle, Rosine et Suzanne, nos aînées confinées

28 min
À retrouver dans l'émission

Elles ont entre 70 et 97 ans. Confinées chez elles, elles racontent : l’une a trouvé une alliée de poids pour surmonter cette période, l’autre philosophe. La troisième passe le temps en faisant le tri dans ses souvenirs. Trois histoires d’aînées, au temps du coronavirus.

Nos aînées confinées
Nos aînées confinées Crédits : Alice Babin

Danielle a soixante-quatorze ans, elle habite Dinard et vit avec son mari paralysé. Depuis le confinement, elle peut beaucoup moins compter sur les infirmières pour l'épauler. 

Depuis trois semaines je fais tout toute seule. Les infirmières ne passent plus que quelques minutes. Toutes mes journées sont consacrées à mon mari. 

Il n'a plus ses capacités cognitives, alors je ne peux plus discuter avec lui. Le seul moment où je peux lire un peu, c'est le matin en me levant de bonne heure tandis qu'il dort encore.  

J'ai fait une visite interdite à ma meilleure amie Jacqueline. Avec mon pain et mes bouteilles d'eau, les policiers m'ont laissée passer, mais je me suis fait copieusement réprimandée par l'infirmière !  

J'ai toujours travaillé dans l’accueil, au contact des autres. On a tellement besoin de voir du monde, de discuter, de dire à nos proches qu'on les aime. 

Rosine a soixante-dix-sept ans et elle est confinée avec son mari dans une banlieue de Montpellier. Avec son asthme, elle est une personne à risque. 

J'étais déjà passée par la réanimation quelques années plus tôt. À ce moment là, j'entendais des cloches sonner, pour me signifier ma mort. Donc je me suis familiarisée avec cette idée. Je profite donc du confinement pour préparer mes obsèques. 

Avec la Covid je suis la personne idéale pour l'attraper et en mourir. Surtout qu'à l'époque, j'ai signé pour dire dans mon dossier que la prochaine fois je ne voudrais pas être réanimée. Cela soulagerait les unités Covid de ne pas avoir à réanimer un patient !  

J'avais déjà mis sur clé USB pour ma fille, les vêtements que je veux porter ce jour-là. Mais avec la Covid, il n'est plus question de nous habiller, ils nous mettent dans une housse en plastique. Maintenant je trie mes souvenirs. 

En dépit de son grand âge - quatre-vingt-dix-sept ans, Suzanne vit encore dans son appartement à Paris. Farida, son auxiliaire de vie passe deux fois par jour chez elle. Avec le confinement, c'est désormais la seule personne qu'elle voit. 

Je suis heureuse qu'elle soit près de moi. C'est important d'avoir quelqu'un près de soi, qui vous aime. 

Farida est en effet très proche de Suzanne, ou madame Meyer, comme elle l'appelle. 

Sa fille ne peut plus passer la voir. Elle ne le dit pas mais elle est angoissée. Je la protège, je ne lui raconte pas tout ce qui se passe dehors. 

Je lui donne à manger et j'entretiens sa maison, je la nettoie. Je passe mes soirées avec elle aussi. Pour son anniversaire, je l'ai coiffée et maquillée ; elle adore !

Je raconte à madame Meyer mes problèmes de cœur. Je n'étais pas heureuse dans mon mariage et elle m'a conseillé de divorcer. C'est ce que j'ai fait, j'ai quitté mon mari à la veille du confinement. 

Avec elle je ne parle jamais de la mort, on ne parle que de la vie ! Elle rigole beaucoup. Elle a vécu la guerre, alors elle n'arrête pas de me dire "on va s'en sortir !" 

Reportage : Alice Babin 

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Remerciements à Danielle, Aurelie, Rosine, Alicia, Madame Meyer et Farida, et merci à Laurence Geai.

Compte Instagram de la photojournaliste Laurence Geai, qui a publié notamment des photos de Farida et Mme Meyer. 

Chanson de fin d'émission :  La Vie D'ici Bas d'André Minvielle. Label : La Complexe Articole de Détérritorialisation. 

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