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Dans sa tête.

Dans leur tête

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans leur tête, il y a... une amoureuse imaginaire, une balle de ping-pong et des bourdonnements incessants.

Dans sa tête.
Dans sa tête. Crédits : Ricardolr - Getty

Augustin a 15 ans quand il s'invente une petite amie, pour faire comme tout le monde, rentrer dans la norme. Une fille idéale, qu'il ne présentera jamais à ses copains et dont il tombe quelque part un peu amoureux.

Lors d'une soirée j'ai rencontré cette fille, Léa. Je l'ai juste croisée, mais je l'ai trouvée particulièrement jolie. Quelques jours plus tard je croise un camarade de classe dans le métro, et je lui dis : "J'ai du nouveau : maintenant j'ai une copine." C'est à ce moment-là que ça a commencé. 

Un jour je suis arrivé en classe. Je tirais une tête de trois mètres de long. Je ne sais pas pourquoi, j'ai aussitôt dit que Léa, mon ex, m'avait recontacté, que sa maladie orpheline était revenue, et que j'étais dévastée. 

Je me suis mis à croire à mon mensonge. Je maigrissais, je faisais des cauchemars, j'en pleurais : c'était devenu réel. De fait, j'étais triste pour moi-même, et suis devenu encore plus irritable qu'avant. 

Sophie, elle, a 35 ans et depuis quelques mois ne se reconnait plus. C'est que quelque chose a grandi dans sa tête.

Nous étions en train de discuter, et j'ai soudain senti une petite étincelle dans la tête. J'ai regardé ma soeur et lui ai dit : "Ne me lâche pas". J'étais comme ailleurs. Ma parole s'exprimait mais ce n'était pas moi qui parlait.

J'ai passé un scanner. Quelques heures plus tard, les policiers sont venus sonner à ma porte. Ils m'ont dit : "On a trouvé une masse au cerveau, il y a un risque de coma. On doit vous hospitaliser de toute urgence". 

C'était presque beau sur le scanner :  comme une petite-balle de ping-pong logée au niveau de ma tempe gauche, un peu au-dessus de l'oreille, qui compressait mon cerveau. Quand je suis sortie c'était la pleine Lune. Je me souviens d'une Lune qui ressemblait à ma tumeur : orange et très grosse. 

Patricia a 55 ans quand, du jour au lendemain, elle n'entend plus. Il lui reste juste le bruit de son cœur, et les acouphènes. C’est alors tout un monde à réapprendre.

J'ai eu une maladie grave qui m'a laissé la surdité en cadeau, une méningite qui m'a emmenée pendant une semaine dans le coma. Je me souviens du médecin qui arrive avec son diapason. Je n'ai rien entendu. 

Ensuite, des acouphènes sont arrivées. C'est cette sensation continue, permanente, d'un bourdonnement, sans arrêt. On dirait toute une armée. Même le bruit des abeilles qui bourdonnent est plus agréable. 

Le jour où je suis allée prendre un café et ai entendu la cafetière sans me retourner, j'étais la plus heureuse du monde. Je crois que si je n'entends plus ces bruits, ce sera la mort. 

Merci à Emilie Brouze et à Suzy Margueron de l'ARDDS

  • Reportage : Léa Minod
  • Réalisation : Delphine Lemer

Chanson de fin : "Blue velvet" par Bobby Vinton - Album : "Bobby Vinton '63" (2014) - Label : K-tel

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