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La justice peut contraindre certains hommes condamnés pour violence conjugale à suivre un stage de prévention de la récidive.

Des hommes violents (2/6) : moi, violent ?

28 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième épisode de la série documentaire "Des hommes violents", à la rencontre de douze hommes condamnés pour violences conjugales contraints par la justice de participer à un groupe de parole. Entre déni et interrogations du narrateur, Mathieu Palain, sur la question des masculinités aujourd'hui.

La justice peut contraindre certains hommes condamnés pour violence conjugale à suivre un stage de prévention de la récidive.
La justice peut contraindre certains hommes condamnés pour violence conjugale à suivre un stage de prévention de la récidive. Crédits : skynesher - Getty

Condamnés par le tribunal pour violences conjugales, douze hommes sont contraints par la justice de participer à un groupe de parole pendant six mois. Tous viennent d’univers différents : l'un est un homme d’affaires à succès, un autre à la recherche d’emploi, un autre tient un garage... Ils commencent par clamer unanimement leur innocence ou par refuser de reconnaître leurs torts. Puis évoluent, ou pas. Ce podcast en six épiosdes s’attache séance après séance à suivre leur avancée, à partir à leur rencontre, à les écouter. Il est nourri des propres interrogations du narrateur, Mathieu Palain, sur le mouvement #Metoo et la question des masculinités aujourd’hui. Et mis en perspective par trois récits de victimes. Ce podcast de Mathieu Palain et Cécile Laffon est diffusé à raison d'un épisode par semaine sur l'antenne de France Culture. Vous pouvez d'ores et déjà écouter toute la série ici.

Episode 2 : Moi, violent ? 

À Lyon, un groupe de parole réunit douze hommes condamnés par la justice pour violence conjugale. Pendant cinq mois, dans le cadre d'un programme de prévention de la récidive, deux conseillères pénitentiaires, tentent de sensibiliser les participants aux notions de couple et de violence. Mathieu Palain a assisté aux échanges de ces hommes qui, tous, s'estiment innocents et victimes d'un complot monté par leur femme et par une justice à leur service. C'est le cas de Mustafa et de Jean-Luc, particulièrement volubiles :

Aujourd'hui, dès qu'il y a une petite histoire, on appelle les flics, la police, tout ça. C'est trop. 

Quand on est agressif, il faut être logique : c'est qu'en face quelqu'un est devenu agressif. C'est la femme qui cherche, des fois. Ma femme, je ne l'ai jamais frappée. Si je lui avais mis une claque, elle serait déjà à l'hôpital et je lui aurais pété la mâchoire : la preuve qu'elle n'avait rien. Et j'ai été condamné, je n'arrive pas à comprendre. 

Pourquoi ma femme n'a rien eu ? Elle n'a pas toutes ces démarches à faire. Elle a les gosses, les aides... Elle, elle est tranquille.

Une fille aujourd'hui, dès qu'elle est en conflit avec son copain, elle se cache derrière la justice, immédiatement.

Le collectif conforte les uns et les autres dans leur position : l'effet de groupe est dévastateur. Alors Mathieu Palain, à la pause, va voir Ludovic dont la propre sœur a été violentée par son mari. Condamné pour récidive, il clame son innocence, comme les autres : 

Elle a voulu se venger et elle est passée par ce biais-là. Elle a très bien réussi, la preuve elle a porté plainte avec une attestation médicale et je me suis fait avoir. Elle était de mèche avec ma copine précédente, avec qui elle s'est mise en contact. Les deux se sont expliqué les faits, et m'ont fait passer pour je ne sais quoi.  

Ce qui me pèse, c'est qu'on me demande de m'excuser pour quelque chose que je n'ai pas fait.

À vingt ans, Azzedine a une crainte : à la prochaine dispute, sa future compagne pourrait se servir de ces événements pour lui nuire et le renvoyer en prison :

La vengeance est glacée. Les femmes ont repris le dessus. Elles se sont tellement fait marcher dessus que maintenant elles veulent nous marcher dessus.

Laurence et Béatrice sont les deux conseillères pénitentiaires d'insertion et de probation. Elles s'interrogent sur le sentiment de perte de virilité de ces hommes :

L'idée, c'est qu'on puisse réfléchir à cette notion de couple. Qu'est ce que ça veut dire "vivre ensemble",  "partager", pourquoi on se met en couple ? Parce que là ils parlent de déséquilibre, comme si, effectivement, il avait perdu du pouvoir. [...] On cherche à comprendre en quoi les droits de la femme et la place de la femme aujourd'hui leur a enlevé quelque chose dans leur identité. 

Comme ils l'exposent, on dirait qu'ils vivent à trois : "le juge, moi et ma femme".

Un podcast Les Pieds sur terre, par Mathieu Palain, réalisé par Cécile Laffon. 

Merci à Béatrice Asensio, Laurence Zobel, Eymeric Sudreau, Ludovic, Franck, Azzedine, Kader, Jean-Luc, Ahmed, Cédric, Mustafa, Baia...

Merci aussi à Mélissa Plaza, Victoire Tuaillon, Charlotte Bienaimé, Adila Bennedjaï-Zou, Sophie Guignard. 

  • Référence musicale : Over The Pond - The Album Leaf

Pour aller plus loin sur le PRP (Programme de prévention de la récidive) :

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