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Accusés et détenus à tort, Joël et Paul-Henri ont connu l'enfer.

Détenus à tort : quand l'injustice s'emballe

27 min
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Lorsqu'il s'apprête à monter dans l'avion qui doit le ramener chez lui après des vacances en Grèce, Paul-Henri est arrêté. Bien que belge, sa couleur de peau n’a pas plu aux douaniers. En repérage en Turquie pour son documentaire, Joël est aussi jeté en prison : il serait un trafiquant d'art.

Accusés et détenus à tort, Joël et Paul-Henri ont connu l'enfer.
Accusés et détenus à tort, Joël et Paul-Henri ont connu l'enfer. Crédits : Paola Moschitto-Assenmacher - Eye Em - Getty

Joël est journaliste et documentariste. Alors qu’il fait ses armes chez Paris Première dans les années 1990, il s’intéresse à l’Irak. Il est même invité au festival de Babylone par Saddam Hussein en 1999. L’idée lui vient alors de faire un documentaire sur le dictateur irakien. Il parvient à visiter des palais, à interviewer du personnel, mais son projet secret est découvert. Il est expulsé d’Irak et se réfugie aux États-Unis pour finir son film.

J’ai commencé à avoir des menaces de mort quand j’habitais à Los Angeles. Quand je prenais la voiture, je regardais dessous, pour voir s’il n’y avait pas de bombe. J’ai été sous protection du F.B.I. pendant un an.

Après Saddam Hussein, il s’intéresse à Ben Laden. Néanmoins, il prend conscience que son projet va un peu loin. Il se replie alors sur sa passion orientale : les rois mages. Pour réaliser un documentaire sur eux, il voyage dans le croissant fertile. Sur un marché d’Antioche, la mythique cité chrétienne, Joël achète une pierre.

Il s’apprête à rentrer, passe la douane, monte dans l’avion. Après quelques mouvements, l’avion s’arrête. Le personnel arrive et lui annonce son arrestation :

Prenez vos affaires, vous devez sortir de l’avion. Vous êtes en état d’arrestation.

En garde à vue, on lui montre ses films. On le soupçonne. De bonne foi, Joël affirme qu’il travaille sur les rois mages.

Ils m’ont regardé en se disant que je me foutais d’eux. Pour eux, c’était tellement « too much » de passer des dictateurs aux rois mages qu’ils ne m’ont pas cru.

La pierre lui vaut une comparution immédiate devant le juge. Joël est inculpé pour trafic d’art et personne n’est en mesure de l’aider ou de le rassurer.

Les seuls qui pouvaient m’aider, c’était les criminels qui étaient avec moi. Les trafiquants de drogue, eux, m’ont conseillé un avocat.

Transféré dans un établissement spécial, le documentariste connaît l’horreur. Des réfugiés afghans se mélangent aux mineurs et aux violeurs d’enfants. Les bagarres et les rixes sont courantes. Blessé par la mauvaise foi consulaire, Joël s’exclame :

Est-ce qu’ils ont dit que j’étais enfermé dans une cellule avec 20 centimètres de merde ? […] J’ai été pris en otage par un régime criminel.

Les vices de procédure finissent toutefois par le libérer. Malgré ses cinquante jours en enfer, Joël garde espoir : le message des rois mages est riche d’enseignements…

Pierre-Henri, lui, est un aide-soignant belge d’origine camerounaise. Jadis instituteur au Cameroun, il se rend en Belgique pour tenter l’aventure. Une fois ses papiers et sa formation en poche, il travaille dans une unité spéciale de neurologie, dédiée aux patients victimes d’AVC en surveillance. 

Un jour, fatigué et surmené, il prend le large. Il passe des vacances en Grèce, où il se balade, visite et voit des amis. Au retour, les contrôles douaniers se passent mal : on lui confisque sans aucune raison sa carte d’identité

Tout à coup, il me bouscule, il me dit d’aller me mettre « avec les autres », puis il appelle les renforts. Des policiers sont arrivés. Personne ne m’a posé de questions pour savoir ce qu’il se passait. On a voulu m’étrangler, et j’ai évité. 

Menotté, Pierre-Henri est conduit à la police. On lui dit qu’il a battu un policier. Il proteste, mais finit tout de même écroué à une prison située à un kilomètre de l’aéroport d’Athènes.

On s’est retrouvé dans une prison de 9m², et nous étions 15 sur des matelas même le sol, sans couverture, sans rien. Des toilettes dégueulasses. Certains vomissaient, il y avait des selles partout.

L’injustice s’acharne : on lui refuse un avocat, on l’appelle « Africa » ou « Cameroun », on bâcle son simulacre de procès.

Ils m’ont condamné, je devais faire huit mois de prison, et je devais payer une amende de 7500 euros.

L’ambassade belge ne comprend pas trop et ne l’aide pas. Dès lors, la sensation d’être un « Belge de seconde catégorie » l’envahit. En remuant ciel et terre, Pierre-Henri finit néanmoins par trouver une solution pour sortir de l’enfer…

Reportage : Stéphanie Thomas

Réalisation : Cécile Laffon

Merci à Elizabeth Drévillon, Paul-Henri et Joël.

Musique de fin :

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