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Des détenus ont brûlé le grillage pour pouvoir voir dehors

Détenus au temps du corona : on veut sortir

27 min
À retrouver dans l'émission

Au temps du coronavirus, plus de parloir, de promenade, de sport, ni de shit pour détendre les prisonniers. Et à plusieurs dans une cellule de 9 m2, les distances de sécurité sont inexistantes. Les demandes d'aménagement de peine ont du mal à se faire entendre, tandis que le climat est explosif.

Des détenus ont brûlé le grillage pour pouvoir voir dehors
Des détenus ont brûlé le grillage pour pouvoir voir dehors Crédits : JEAN-PHILIPPE KSIAZEK - AFP

Ce détenu est entré en prison, pour avoir participé à des braquages, lorsqu'il était encore mineur. Il a aujourd'hui vingt ans, et il lui reste trois ans ferme. Pour lui, les nouvelles conditions de détention liées au coronavirus sont dangereuses. 

Les surveillants nous ont prévenu. Si un d'entre eux est contaminé, ils arrêteront de venir. Et là, imaginez l'état de la prison...

Ils ont dit que le détenu mort à Fresnes du coronavirus n'avait croisé personne. Mais la vérité c'est que c'est impossible. 

Ils nous ont enlevé le parloir. Donc non seulement on voit plus nos familles mais en plus le shit passe plus. Donc là ça va pas tarder à péter. Sans shit, les prisonniers sont très tendus. 

Son codétenu, vingt-cinq ans, détaille leurs conditions de vie. 

Détenus au temps du corona
Détenus au temps du corona Crédits : Malijo Illustration

On a plus de cantine et ils nous laissent acheter le strict minimum : thon, huile, pâtes, lentilles et cigarettes. Ceux qui n'ont pas fait de stock n'ont plus grand chose à manger. Ils nous donnent un bidon de 120 ml par mois pour laver la cellule. On a quatre douches pour soixante-sept détenus.

Dehors, ils sont tellement débordés qu'on sait très bien qu'on sera les derniers à être soignés. On parle pas de libérer des pédophiles...mais beaucoup d'entre nous ont des peines aménageables. Y en a qui sont là pour un vol de canette ! 

Certains prisonniers espèrent une prise de conscience du gouvernement. La France est un état de droit. Mais ça se dégrade très rapidement. Les détenus deviennent fous et violents. Y en a qui ont pris vingt ans, qui n'ont rien à perdre. Qu'est-ce qu'ils attendent ? 

Ceux qui sont dehors disent qu'ils s'embrouillent au bout de dix jours avec leur conjoint, leurs voisins. Vous imaginez, nous, dans ces conditions ? 

Delphine Boesel est avocate au barreau de Paris et directrice de l’Observatoire International des Prisons, section France. Elle est sollicitée tous les jours, par téléphone, par mail par des détenus ou leurs proches pour  une remise en liberté immédiate.  Du jamais vu en vingt ans de carrière. 

Vingt mille personnes exécutent une peine de moins d'un an. Ces personnes devraient être libérées en cette situation de crise sanitaire. 

Cela devrait faire réfléchir le gouvernement sur la politique pénale très répressive qui est en vigueur depuis des années. 

Erratum : Au 1er janvier, la France comptait 70 651 détenus pour 61 080 places, et non 700 000 comme annoncé dans le chapô. 

Un grand merci à Mohamed, Dani, Tony, Yassine, Maître Delphine Boesel, Maître Séval, Maître Lassort, Maître Sécheresse, et à Vincent.

Reportage : Valérie Borst

Réalisation : Cécile Laffon / Mixage : Jean-Louis Deloncle

Musique de fin d'émission : Three Little Birds de Bon Marley & The Wailers.  Album : Exodus. Label : Tuff Gong

D'autres illustrations de Malijo sont exposées sur le site internet de l'artiste

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