LE DIRECT
Trois erreurs, quiproquos, confusions.

Erreur sur la personne

29 min
À retrouver dans l'émission

Un jour, Bruno a reçu l’appel d’un inspecteur de la brigade criminelle : il est suspecté d’avoir commis un double meurtre. Croyant emménager dans un havre de paix, Anne et son mari déclenchent sans raison apparente l'ire de leur voisin. Quant à Emeline, elle est suspectée d’avoir maltraité son bébé.

Trois erreurs, quiproquos, confusions.
Trois erreurs, quiproquos, confusions. Crédits : anand purohit - Getty

En 1986, Bruno a 26 ans. Un matin d’hiver, alors qu’il doit partir en vacances au ski avec son frère, le téléphone sonne. Quelqu’un se fait passer pour un inspecteur de la brigade criminelle et lui demande de se rendre au 36 quai des Orfèvres à Paris. Si Bruno croit à d'abord à une blague, tout est bien véridique :

Je ne me rendais pas du tout compte de ce qui était en train de se passer. […] J’ai attaché ma moto dans la cour de la brigade criminelle, puis je suis monté dans son bureau, sous les combles, avec du mobilier verdâtre hors d'âge, une carte de Paris avec des punaises. Vraiment le cliché.

L’interrogatoire commence. Bruno apprend qu'il est convoqué pour un double meurtre dont il est le suspect :

Il commence à m'expliquer qu'il m'interroge dans le cadre d'un double meurtre d'une jeune fille au pair allemande qu'on a retrouvée morte et nue à côté de son patron, qui était lui aussi mort, et lui aussi nu dans son appartement à lui.

Bruno commence à prendre conscience de la gravité de la situation. Il fait attention à ses réponses et craint que certains éléments puissent se retourner contre lui... le principal étant une piscine.

Il savait qu'elle avait un ami qui s'appelait Bruno et qu'elle l'avait rencontré à la piscine. Comme il avait identifié la piscine en question, les enquêteurs y sont allés. Ils ont regardé le registre des abonnés. J'étais abonné à cette piscine et en plus j'étais le seul Bruno abonné.

Aux questions vagues se mêlent d’autres plus pointues. Bruno doit expliquer pourquoi il se rend à cette piscine et pas une autre. Par chance, il a un alibi le soir du double meurtre, et tout rentre dans l'ordre. Il est même escorté en moto par un policier pour aller prendre son train à la gare…

J'ai rejoint mon frère et j'étais quand même complètement éberlué. En fait, j'avais l'impression de vivre quelque chose d'extraordinaire, même si ce n'est pas si extraordinaire que ça. 

Toujours à Paris, Anne et son mari ont décidé de déménager pour quitter l’enfer d’un voisinage désagréable, fait d’odeurs de friteries et d'absence d’isolation. 

On est arrivé là, c'était le paradis, rue Denoyer. Il y avait la lune, il y avait des gens magnifiques, etc. Alors on s'est installés ici-bas dans la joie et le bonheur. Les petits oiseaux et les arbres, c'était exactement ce qu'on voulait. On ne pouvait pas rêver mieux.

Tout se passe pour le mieux dans ce havre de paix, jusqu’à un premier incident. Un voisin commence à nuire au couple :

Il a commencé à nous couper le gaz, c'est-à-dire qu’il fallait rouvrir le compteur, qui était sur le palier, parce que la chaudière s’arrêtait. Donc on remettait le gaz en route. Pas d'histoire. C’était pas un type normal, mais ce n'était pas un type embêtant.

Tout à coup, la violence monte d’un cran. Du jour au lendemain, le voisin, qui présente vraisemblablement des troubles psychiatriques, se déchaine :

C'est devenu très embêtant progressivement, et très offensif, très agressif, très sonore. « Espèce de salope, sale pute, sale race », tout le temps. « J’vais te couper la tête ». Et, finalement, il a eu une explosion de violence. Il a passé une bonne heure à taper dans la porte, il y a un an et demi ou deux. Des grands coups de pieds. On s'était interdit de sortir parce qu’il disait : « j’vais vous tuer, je vais te tuer, salope ! » 

Anne et son mari prennent peur, et décident d’appeler la police. Devant les agents, le voisin affirme qu’Anne est une espionne. Le lendemain, le couple porte plainte. Les menaces continuent, mais rien ne se passe, à tel point qu’Anne se résout à contacter les services psychiatriques. Elle achète même une bombe lacrymogène, craignant de se faire agresser sur son palier. Malheureusement, aucune solution n’a été trouvée :

C’est le « démerdez-vous » général, quoi.

Émeline a 27 ans. Elle et son mari ont été les victimes d’un fâcheux quiproquo. Un jour, la jeune mère de famille remarque que son nouveau-né, Owen, a la jambe gonflée. Elle panique :

Il ne pleurait pas, il était vraiment bien, il était apaisé. Donc on n'a pas pensé à une douleur ou autre. On a pensé à une piqûre d'insecte et c'est à l'hôpital, en faisant une échographie, qu’ils se sont rendus compte qu'il avait la jambe cassée. Après, ils l’ont confirmé par radio avant de nous transférer vers un autre hôpital pour la prise en charge. 

À l’hôpital, le couple affronte les regards méfiants et accablants des soignants. Les infirmières accusent le couple de maltraitance, même si les résultats infirment cette hypothèse. Après quelques jours d’hospitalisation, alors que le couple de parents sont dans le bureau de la cadre de santé, le mari d’Émeline reçoit un coup de téléphone :

Mon conjoint sort de la pièce et, au bout de cinq minutes, je ne le vois pas revenir alors je sors et il m'explique. Il me dit doucement, pendant qu'il était au téléphone, que l'aide sociale à l'enfance arrive, qu'ils viennent chercher Owen et qu'il est placé, pour sa protection.

Les parents n’en reviennent pas : les voilà accusés. « Une douleur », « une violence inouïe » confie Émeline. Le couple est placé sous surveillance alors qu’on leur enlève leur enfant.

Pour eux, on était dangereux. Pour moi c’était compliqué, car j’étais une jeune maman pas très sûre de moi. Je me suis beaucoup mise en retrait, ce qui m’a été reproché par la suite lors d’un entretien.

Au fil des jours, Owen peut voir ses parents plus fréquemment, même si ces derniers souffrent. Émeline perd près de vingt kilos et doit prendre des médicaments pour manger et dormir. 

La médecine, à la base, elle est là pour prendre soin des gens, pas pour les détruire...

Au bout de deux mois, les avis médicaux indiquent qu’Owen a une fragilité osseuse. Ils vont de Charybde en Scylla. Mais à l’hôpital Necker, un médecin écoute le couple et les rassure : il va trouver le problème. En fin de compte, il s’agit d’un accident de la vie quotidienne : une funeste méprise qui a gâché la vie de la famille pendant plusieurs semaines…

  • Reportage : Leila Djitli et Clawdia Prolongeau
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy et Yaël Mandelbaum

Merci à Bruno, Anne et Émeline.

Musique de fin : « Swing Life Away », Rise Against - Album : Siren Song of the Counter Culture, 2004 - Label : Geffen.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Production déléguée
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......