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Pyramide de femmes, 1937
Épisode 4 :

Femmes de pouvoir

29 min
À retrouver dans l'émission

Sans l'avoir voulu, une femme a ouvert le chemin à d'autres femmes dans l'institution policière. Sans l'avoir voulu, une autre femme s'est mise à défendre les droits des femmes dans des milieux d'hommes. Et une troisième, s'est retrouvée à défendre ceux qui n'ont pas un nom comme les autres.

Chantal Jouanno, Bariza Khiary et Martine Monteil : trois femmes de pouvoir.
Chantal Jouanno, Bariza Khiary et Martine Monteil : trois femmes de pouvoir. Crédits : Thomas SAMSON/AFP - Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP - Ilana Navaro/Radio France

Le féminisme, rappelons-le, est un ensemble de mouvements et d'idées qui ont un but commun : atteindre l'égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. 

En 2021, le sexisme est toujours bien présent dans les institutions. En février dernier,  la députée France Insoumise Mathilde Panot allait prendre la parole devant l'Assemblée nationale lorsqu'un autre député LREM l'insulte de "poissonnière". De nombreuses professions sont minées par le sexisme, particulièrement les positions de pouvoir. 

Martine Monteil a débuté sa carrière avec un stage à la préfecture de police de Paris. A l'époque, il y a des affiches placardées aux murs pour vanter les mérites de la police : des hommes photographiés sur le terrain avec un slogan "La police, un métier d'homme". 

Martine Monteil
Martine Monteil Crédits : Ilana Navaro - Radio France

A ce moment-là, une affaire glace le sang des parisiens : l'étrangleur des parkings du Xe arrondissement. Un homme sévissait dans les parkings la nuit, violant et étranglant des femmes.  Martine travaille sur l'affaire, les enquêteurs arrêtent un suspect et le placent en garde à vue. Ils l'interrogent de façon musclée, sans succès. Lorsqu'ils partent déjeuner, Martine et son collègue se retrouvent avec le suspect et décident de tenter une autre approche. 

J'essayais de trouver tous les biais possibles, les aveux étaient très importants, nous n'avions pas beaucoup de preuves. L'idée était d'arriver à le faire parler, et contre toute attente il s'est déclenché. Il m'a tout raconté dans le détail.  

Etrangement, une sorte d'intimité se développe entre Martine et le criminel. Il raconte ses crimes à la jeune femme dans le détail. Là où ses collègues enquêteurs avaient échoué, elle a réussi a obtenir des aveux, les premiers d'une longue carrière. 

J'ai vu ma photo en une de France Soir, à coté de l'étrangleur. 

J'ai été commissaire de police, j'ai évolué dans les différents grades pour terminer directeur régional de la police judiciaire au Quai des Orfèvres, puis enfin directeur central de la police judiciaire au niveau national. 

Chantal Jouanno occupe également un poste de pouvoir, elle est une haute fonctionnaire et femme politique. 

Je n'étais pas du tout féministe, pour moi c'était un sujet de femme hystérique. 

A l'époque, elle est ministre de l'écologie et pars en déplacement aux cotés du président. Rapidement, elle est suspectée d'entretenir une liaison avec Nicolas Sarkozy, la rumeur fait la une du Post au Royaume-Uni et les ragots prennent de l'ampleur sur les réseaux sociaux. 

J'ai voulu porter plainte pour diffamation mais on m'a dit que ce n'était pas possible car on ne s'expliquait pas que j'ai obtenu tel ou tel poste. On ne dit pas "diffamation" mais "atteinte à la vie privée", ce qui fait vivre la rumeur.  

Paris, France le 14 Mars, 2017 - Chantal Jouanno (Vice-presidente chargée de l Ecologie et du Développement durable)
Paris, France le 14 Mars, 2017 - Chantal Jouanno (Vice-presidente chargée de l Ecologie et du Développement durable) Crédits : Vincent Isore - Maxppp

Vengeance ou violence sexiste gratuite ? En tant que femme dans le monde de la politique, elle voit cette rumeur comme un exemple flagrant du sexisme structurel. 

Si nous sommes nous, femmes, ici en politique c'est forcément parce qu'on a couché avec quelqu'un. On considère qu'une femme n'a pas les compétences pour exercer les mêmes fonctions qu'un homme. Donc forcément, c'est que quelqu'un nous est redevable du service physique que nous lui avons rendu. 

Comme de nombreuses femmes, elle est tentée de rentrer dans le moule, de ne pas faire de vagues face au sexisme qu'elle subit. Cet évènement est loin d'être isolé. Comme d'autres femmes politiques elle se fait siffler à l'assemblée nationale lorsqu'elle est en jupe, on commente ses tenues plutôt ses propos. 

Quand on ne peut pas nous attaquer sur nos compétences, parce qu'on est experte sur nos dossiers, on nous traite d'hystériques. 

Bariza Khiary est aussi une femme politique française et rencontre des difficultés, y compris au sein de son propre parti. Elle a été sénatrice de Paris, juge à la cour de justice de la république, membre de la commission des affaires internationales de la défense et des forces armées. 

Dès qu'il a fallu mettre une femme issue de la diversité en avant, cela prenait des proportions incroyables. On m'a dit "avec un nom comme le tien, tu vas plomber la liste". 

Bariza Khiary
Bariza Khiary Crédits : Creative Commons

Insultée, elle ne trouve pas d'alliés dans son propre parti politique de gauche et se résigne à ne pas réagir, pas tout de suite en tout cas. Mais après réflexion, elle ne peut se résoudre à accepter cette injustice et elle décide de lutter corps et âme contre les discriminations. 

Naviguer dans un milieu hostile et réussir, c'est bien pour l'ego. 

  • Reportage : Ilana Navaro
  • Réalisation : Véronique Vila 

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