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La France fait partie des cinq pays à ne pas avoir voté l’interdiction des violences éducatives ordinaires dans l’Union européenne.

Gifles, fessées et autres châtiments corporels : "Même pas mal !"

28 min
À retrouver dans l'émission

Une gifle, une baffe, une fessée, une tarte, une tape, … ça fait quoi quand on se la prend, quand on la donne, ou qu'on la regrette (ou pas) ?

La France fait partie des cinq pays à ne pas avoir voté l’interdiction des violences éducatives ordinaires dans l’Union européenne.
La France fait partie des cinq pays à ne pas avoir voté l’interdiction des violences éducatives ordinaires dans l’Union européenne. Crédits : SuperStock - Getty

La fessée a-t-elle un réel but éducatif ? En mars 2015, la France a été rappelée à l'ordre par le Conseil de l'Europe sur ce sujet. Le Conseil estime que le droit français ne prévoit pas l'interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels. De ce fait, la France viole l'article 17 de la Charte européenne des droits de droits sociaux, dont elle est signataire, qui précis que les états partis doivent protéger les enfants et les adolescent contre la négligence, la violence ou l'exploitation. 

Cette émission des Pieds sur terre vous conte l'histoire de ceux et celles qui ont reçu des gifles et des fessées, et qui apprennent à ne pas/plus en donner.

La première fessée

Sa première fessée, Amélie s'en souvient bien. La douleur était si intense, qu'elle ne pourra jamais l'oublier. En revanche, impossible pour elle de se remémorer ce qui a entraîné ce châtiment corporel humiliant :

J’avais dû refuser de faire quelque chose ou discuter. Ça monte, ça monte, ça monte. Ma mère me menace, premier avertissement : "tu vas prendre une fessée", deuxième avertissement, troisième avertissement. Là, je sens que ça va tomber, sachant qu’elle ne m’avait jamais mis de fessée avant. "Quand j'ai su que j'allais prendre ma fessée, je me suis coller les fesses contre le mur, tout en tournant dans tout l'appartement, parce que ma mère me courrait après. Ma mère me plaque contre le canapé, me maintient avec la main sur le dos, pour que je ne m'enfuis pas. Et là... PAF ! Première fessée qui tombe. Je me retourne vers elle, je la regarde, et je lui dis "même pas mal." Donc, elle m'a donné une deuxième fessée... PAF ! Je me suis retournée avec un peu moins d'aplomb, mais j'ai réussi, dans un sanglot, à lui dire "Même pas mal !". Et là elle s'est dit qu'il fallait qu'elle reste crédible, qu'elle me fasse mal, alors elle m'a donnée une troisième grosse claque, très forte et très douloureuse. Et moi, dans une dernière victoire, dans un sanglot, je lui dis "Même pas mal". Pour moi, ce n'était pas possible de céder".

Un soir d'été, Jeanne décide de sortir en boîte avec ses cousines. Elle sait pourtant que sa mère et ses tantes risque de les empêcher d'y aller. Les cousines trouvent alors la parade : se rendre dans un établissement de nuit qui organise des "thés dansants". Finalement, la boîte est bien loin de l'image vieillotte de bal. Les jeunes femmes dansent, s'amusent et profite de la musique jusqu'au bout de la nuit. Mais lorsqu'elles rentrent à la maison, c'est la douche froide : 

On a senti un grand froid dans le pièce, nos mères nous en demandé de venir. Elles étaient dans le salon, les unes à côtés des autres. Elles nous ont demandé de venir et de rester debout. Elles nous ont demandé d'expliquer ce que c'était que ce thé dansant. On était sur le point de leur expliquer, et ma mère s'est levée, elle s'est jetée sur moi et m'a mis une gifle J'ai senti que c'était tout son corps qui m'a donné cette gifle. C'était d'une telle violence, elle est devenue incontrôlable à ce moment-là. Mes tantes ont été obligées de la rattraper pour lui demander de se calmer. Tout le monde était choquée dans la pièce. Je n'entendais plus rien, je voyais trouble, j'étais sous le choc. Je n'avais jamais vu ma mère comme ça. Cette gifle était démesurée par rapport à notre bêtise. Ma mère s'est sentie mal après, et elle s'est rendue compte qu'elle y était allée un peu fort. Je sentais qu'elle était mal, parce que quand quelque te fait du mal et qu'il y a une injustice, tu cherches le regard de l'autre. Et ma mère a évité mon regard tout l'été. Elle ne s'est jamais excusée, mais moi j'en ai retenu quelque chose. Je me suis dit que, quand j'aurais un enfant, je ne le giflerai jamais. 

Pour cette Yasmina, c'est un film sulfureux qui est à l'origine de la gifle dont elle se souviendra toute sa vie. Un soir, sa sœur cinéphile lui conseille un film "sulfureux", adoubé par la critique. Les deux jeunes filles lancent la cassette, mais le film comportent plusieurs scènes de sexe. Leur père est là, mais leur fait remarquer que ce n'est pas un film pour les enfants. Puis, il leur coupe la magnétoscope. 

Mon père nous a expliqué que c'était un film obscène. Puis, je dis, dans ma barbe, "ça va, on a compris". Et là, mon père répond en hurlant : "Comment, qu'est ce que tu as dit ?!". Je répète alors, "ça va, on a compris". Il m'a tiré les cheveux et donné une gifle. De voir mon père se laisser totalement déborder, me frapper, j'étais vraiment en colère, parce que je ne pouvais pas répondre. C'était très frustrant, surtout quand on ne peut rien dire, alors que l'adulte est dans son tort. 

Reportage : Delphine Dhilly

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Chanson de fin : "Gogo Chaos" de Bonjah.

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