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Un soldat bosniaque enlace sa petite amie, à Sarajevo, en novembre 1995.
Épisode 2 :

Histoires d'amour au Liban

28 min
À retrouver dans l'émission

Des premiers émois de Zouhair à Beyrouth au sacrifice de Pierre, le frère de Paulette, deux témoignages dans un pays en pleine guerre civile.

dans Beyrouth en avril 1984
dans Beyrouth en avril 1984 Crédits : Peter Charlesworth/LightRocket via Getty Images - Getty

La guerre peut-elle nourrir l'amour ? Lui était de Beyrouth, et elle d'un petit bourg de la côte nord, aujourd'hui, ils ont fait leur vie à Paris. Ils étaient enfants quand la guerre civile a éclaté en 1975, puis adolescents quand les combats israelo-palestiniens ont éclaté. 

Ils ont tous les deux beaucoup de souvenirs, parfois confus, mais aujourd'hui ils nous racontent deux histoires qui montrent que la vie est parfois plus forte que les bombes et les coups de feu. 

Zouhair se plonge dans ses souvenirs de jeune homme, alors que la sensualité masquait la guerre, que les rires des adolescents palliaient le bruit des bombes. 

Pendant la guerre, beaucoup de gens qui habitaient à Beyrouth se sont réfugiés dans les villages. Ça a redonné vie à la campagne, on allait cueillir des figues ensemble, on arrivait toujours à faire quelque chose d'agréable alors que tout le monde était terrorisé par la guerre. (Zouhair)

Le but, c'était de cueillir la fleur de la vie. Pour nous cette fleur c'était l'érotisme, la sensualité, un baiser par-ci, une caresse par-là. (Zouhair)

La sensualité était corsetée, mais omniprésente. Zouhair raconte que lui et ses amis trouvaient des moyens de contourner les interdits, de s'approcher les uns des autres sans "passer à l'acte". 

Au Liban, nos projets ne dépassaient jamais le week-end, quand je retrouvais Claire ou Agnès, notre seul souci était de profiter du moment présent. On baignait dans une culture de la mort, on savait que la guerre était omniprésente. Aujourd'hui, mon combat de tous les jours est un combat pour la vie. (Zouhair)

Paulette quitte le Liban en 1992, la guerre est pour elle un bouleversement. "Elle change les gestes, les personnes, tout est devenu grave, sérieux." Paulette raconte, la fuite depuis les villes côtières pour se réfugier dans les montagnes. Elle raconte la mort de son frère Pierre, professeur, qui a perdu sa vie en 1983, en essayant de sauver un tableau qu'il aimait. 

Sa mort n'a pas été inutile, c'est ça qui est beau. C'est peut-être ça qu'on apprend en temps de guerre, à trouver de la beauté quelque part. Mon frère avait quelque chose de pur, il ne voulait pas négocier avec la réalité de la guerre. (Paulette)

Peut-être que son destin était de sauver les autres. (Paulette)

Le temps passe, Paulette déménage en France, elle écrit un mémoire au CNAM, sur le jeu dans les écoles maternelles. Elle rencontre alors une enseignante qui lui explique que pour elle, le jeu est un moyen de protéger les enfants de la guerre. Elle lui raconte alors qu'enfant, en 1983 à Tripoli, son professeur de dessin l'avait sauvée de la mort. Un hasard qui l'aide à penser que la beauté existe aussi au milieu de l'infamie. 

Après tout ça, je me dis qu'il faut accepter que la beauté existe aussi dans l'horreur, qu'on peut récolter des beautés inattendues, comme les perce-neiges, il n'y en a qu'un seul dans l'hiver. (Paulette) 

  • Reportage : Elise Andrieu
  • Réalisation : Assia Khalid et Angélique Tibau

Merci à Zouhair et Paulette, ainsi qu’à l’association d’entraide franco-libanaise et l’ambassade du Liban à Paris.

Première diffusion : 15/04/2010.

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