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Hackers : les blancs

Profession hacker

28 min
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Brice est un hacker éthique : avec un ami, il a trouvé une faille majeure dans le système “cloud provider” de Microsoft. Clément, lui, a hacké sa banque et la plateforme sur laquelle il a acheté un cadeau de Noël à sa mère, pour 0,2% du prix légal.

Hackers : les blancs
Hackers : les blancs Crédits : Matic Grmek - Getty

Au royaume du hacking, la frontière entre criminalité et moralité est bien maigre, parfois invisible. C’est ce que raconte Clément, qui travaille dans la cybersécurité. Contrairement à bien des passionnés, il prend conscience des bienfaits du hacking pendant ses études supérieures, il y a huit ans. Il s’agissait alors de trafiquer des jeux vidéos, pour jouer moins et aller plus vite.

En 2016, en faisant ses achats de Noël, Clément remarque une montre pour sa mère. Un peu chère. Au lieu de payer 500 euros, il teste son système pour trafiquer le prix. Histoire de plaisanter, il essaie de payer un euro. Les doutes qu’il a disparaissent rapidement :

Là, je commence à avoir le smile. J’entre le code à 4 chiffres reçu sur mon téléphone et, à ma grande surprise, je suis redirigé vers le site marchand. Et je vois que ma commande a été validée. Je me dis qu’il y aura une vérifications mais, six jours après, à ma très grande surprise, je reçois la montre de ma maman.

Clément a donc acheté une montre pour 0,2% de son prix. Puisque la machination marche, le jeune homme pense qu’il peut continuer à dépenser un kopeck pour régler des achats aux sommes importantes. Il préfère plutôt contacter les principaux concernés pour leur signaler la « faille ».

Lorsqu’on alerte, il ne faut jamais donner d’informations, de peur qu’une autre personne l’utilise à mauvais escient.

À la méfiance des banquiers succède la panique à bord :

Ils sont un peu sidérés, ébahis. […] Ça a été corrigé, et je ne m’attendais pas à recevoir une récompense, un reward. Une récompense à 5 chiffres. Le premier, c’est un 7. 

Clément gagne alors beaucoup d’argent. Il signale les autres failles qu’il remarque et touche des récompenses. Il s’agit bien d’un travail rémunéré, même si les sommes pourraient être bien supérieures, avec un peu de chantage ou d’exigence. Clément le sait.

Il y a un sentiment très particulier quand on fait du hacking. C’est être « Dieu à la place de Dieu » sur la machine, se sentir tout puissant, faire tout ce qu’on veut.

Le pouvoir démiurgique donne de l’adrénaline. Clément sait qu’il jouit d’un certain contrôle sur la vie :

En ciblant un ou deux hôpitaux, je pense que je pourrais arrêter un système assez critique. Ça peut être le pacemaker d’un patient, un respirateur artificiel, tous les équipements qui permettent de maintenir en vie un patient.

À peine trentenaire, Brice est chercheur en hacking : il est payé pour pirater. C’est comme si on payait des cambrioleurs pour vérifier la sécurité d’une maison. Contrairement à Clément, la passion de l’informatique a commencé dans sa jeunesse : quand il était adolescent, il détournait le système de contrôle parental ou piratait des Wi-fi.

Brice finit par emprunter les sentiers du numérique. Il est embauché pour vérifier les systèmes des entreprises, et pas des moindres : il est recruté par Microsoft. Cette expérience est un marathon du hacking.

On savait qu’il y avait une récompense financière énorme. C’était angoissant.

Brice et ses collègues envoient des rapports assez sérieux. S’il savent qu’il « se fait avoir » au niveau financier — puisqu’il est facile d’exiger de grandes sommes sous peine de diffuser tout illégalement — le groupe de Brice continue d’agir. Les 80000 dollars offerts par Microsoft sont suffisants. 

Le saint Graal du hacker, pour l’ego et le kiff, c’est se dire qu’on a hacké tant de fois telle entreprise, qu’on a réussi tant de fois chez un tel, etc.

Au delà des données, le hack est aussi une affaire de partage. Le défi, pour les entreprises d’aujourd’hui et les hackers de demain, c’est de trouver du travail pour ne pas tomber dans les griffes de la criminalité…

La tentation est quotidienne. Aujourd’hui, ma plus grande satisfaction est de me dire que j’y suis arrivé, et dans un contexte légal.

Reportage : Fabienne Laumonier 

Réalisation : Emily Vallat (et Clémence Gross)

Merci à Brice Augras et Clément Domingo, à Fanny, à Véronique Loquet du podcast "No Log" ainsi qu'à Victor.

Musique de fin : "Hackers", Metrik - Album : Ex Machina, 2020.

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