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En 2008; Khadija et Mariame ont lancé le blog "Hijab & the City", média féministe et inclusif prêt à donner la parole aux femmes musulmanes. (Photo illustrative).

Hijab & the City

28 min
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Mariame et Khadija ont porté le voile à l'adolescence. En 2008, elles décident de créer leur propre entreprise pour contourner les discriminations. Ce sera "Hijab & The city", un media féministe et sans tabou. Le succès est au rendez-vous, jusqu'au jour où toutes deux remettent en question le voile.

En 2008; Khadija et Mariame ont lancé le blog "Hijab & the City", média féministe et inclusif prêt à donner la parole aux femmes musulmanes. (Photo illustrative).
En 2008; Khadija et Mariame ont lancé le blog "Hijab & the City", média féministe et inclusif prêt à donner la parole aux femmes musulmanes. (Photo illustrative). Crédits : Johner Images - Getty

Khadija et Mariame sont sœurs. Elles ont porté le hijab dans leur adolescence. En 2008, il y a maintenant treize ans, elles ont fondé le premier webzine féminin participatif qui donne la parole aux femmes musulmanes, Hijab & the City, par référence à la série américaine Sex & the City

Les deux soeurs ont grandi dans une HLM de Mantes-la-Jolie. Leur père a toujours considéré l’école comme un « sanctuaire » fondamental pour leur éducation. Enfants, elles vont aussi bien à l’école arabe qu’à l’école républicaine. À leur adolescence, elles commencent à porter le hijab, sans aucune volonté militante :

C’était un accessoire parmi d’autres. Il y avait une vocation à afficher une certaine appartenance, effectivement, mais moi je ne le voyais pas comme ça.

Khadija fait des études d’urbanisme et obtient un DESS. Au fil de son parcours universitaire et professionnel, elle prend conscience que le hijab peut l’handicaper socialement : elle connaît l'islamophobie, les regards péremptoires et les jugements.

Un jour, on m’a demandé de le retirer complètement pour intégrer une boîte. Et j’ai dit non. Je n’ai pas voulu parce que je me suis dit que j’avais fait mes preuves, travaillé durement, eu les bons diplômes. C’était dommage de s’arrêter à une apparence. J’étais fatiguée de faire des efforts, […] lasse de devoir encore me justifier.

Lors de la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises, entrée en vigueur à la rentrée 2004-2005, Mariame est en terminale. Sa scolarité est très affectée par ce qu’on appelle alors la « loi anti-voile ». Elle raconte qu’elle est souvent exclue de cours, et que le but était de la faire craquer. Elle parvient toutefois à passer les concours de SciencesPo :

Quand j’ai passé l’oral à SciencesPo, on m’a fait comprendre que mon foulard était problématique. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Finalement, j’ai intégré SciencesPo, et je suis devenue enseignante. Et j’ai eu des étudiantes qui portaient le hijab et qui venaient de la convention ZEP.

Les deux sœurs, qui ont sept ans de différence, décident de se lancer dans une aventure en 2008 : elles veulent fédérer, rencontrer les gens, faire parler les femmes de tous les horizons. Ce sera Hijab & the City, média féministe et fédérateur, qui donne la parole aux femmes musulmanes.

C’était une belle aventure ! On s’est retrouvé à travailler avec des médias mainstream, traditionnels, très parisiens. Ce qui a fait notre valeur ajoutée, c’est notre personnalité.

Leur volonté : lutter contre les stéréotypes et les discours fréquents, voire grossiers qui sont communs dans le traitement médiatique du voile.

On avait des choses à dire, qui peuvent concerner plein d’autres femmes, et on avait aussi des spécificités culturelles. […] On recevait chaque semaine une centaine de lettres de lectrices !

L’aventure dure 3 ans et dépasse leurs attentes : le blog attire 300 000 personnes par mois. Toutefois, Mariame explique qu’elle évolue et finit par questionner son rapport au hijab. Elle prend ses distances avec la religion, prend conscience que c’est « très désenchantant de ne plus croire », et ne souhaite plus porter le hijab. L’enlever représente ainsi le point terminal d’un processus de réflexion à propos de sa religion. 

J’ai jamais été très spirituelle, très croyante. Même si je faisais tout le temps bien mes prières. Je faisais même des concours de récitation du Coran. Mais ce qui m’intéressait, c’était l’aspect musical ! 

À cet égard, Mariame parle de son « dévoilement » comme une libération. Elle s’est sentie libérée des regards.

Quand je me suis dévoilée, j’ai fini par poster une photo de moi sans hijab sur les réseaux sociaux. Je m’attendais à des réactions hyper agressives ou autres. Il y en a eu quelques unes, mais la plupart des gens me disaient : « t’es jolie », etc.

Miriame Tighanimine.
Miriame Tighanimine. Crédits : Pierre-Anthony Allard / éditions Le Passeur.

Toutefois, certaines personnes de son entourage, proches ou ami(e)s, lui font part de leurs désaccords. Une ancienne amie, musulmane comme elle, mais non voilée, lui a fait comprendre qu'elle ne pouvait cesser de porter le hijab, car ce dernier constituait un « élément de sa personnalité ». 

Je lui ai dit : « Écoute, si le hijab c'est si génial, pourquoi tu ne le portes pas toi ? Porte le hijab, si c'est bien ! ». On ne se rend pas compte, en fait, de ce que ça coûte de porter le voile : ça coûte psychologiquement, économiquement, socialement. En fait, on paye encore le coût du hijab, même quand on l'a enlevé. Car tous les choix scolaires ou professionnels, on les a faits en fonction de cela.

Tout comme sa sœur, Khadija finit par enlever le hijab, mais de manière plus graduelle et progressive. Elle explique ce processus par les diverses rencontres qu’elle a faites, l’ouverture sur le monde ou les lectures. 

Au bout d’un moment, ça devenait quelque chose que je portais, mais qui pour moi n’avait plus aucun sens. Quelque chose que je portais par habitude, qui n'avaient plus de valeur religieuse.

  • Reportage : Aladine Zaïane
  • Réalisation : Yaël Mandelbaum
  • Mixage : Dhofar Guérid

Merci à Khadija et Mariame Tighanimine.

Musique de fin : "Kadidja", Ballaké Sissoko feat. Piers Faccini - Album : Djourou, 2021.

Aujourd'hui, Mariame est doctorante au CNRS et enseigne à SciencesPo. Elle a notamment écrit un livre, Différente comme tout le monde, publié aux éditions Le Passeur.

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