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Didier Piganeau ou Didier Ier roi de Basoche en habit d’apparat au sacre de Bokassa, en 1977.

Impostures

28 min
À retrouver dans l'émission

Didier Piganeau s'est inventé une autre identité pour se faire inviter à un grand événement, Philippe Dutilleul a imaginé à la télé la fin de l'état belge. Dans les deux cas, on les a crus sur parole et au-delà de leurs espérances. Ils racontent les conséquences inattendues de ces deux impostures.

Didier Piganeau ou Didier Ier roi de Basoche en habit d’apparat au sacre de Bokassa, en 1977.
Didier Piganeau ou Didier Ier roi de Basoche en habit d’apparat au sacre de Bokassa, en 1977. Crédits : Les Pieds sur Terre

Dans les années 70, Didier a environ 25 ans, il est étudiant en licence de droit et passe plus de temps au bistrot que sur les bancs de la faculté. Mais Didier fait surtout partie d’une association étudiante nommée « La Basoche », dont les membres – une petite quinzaine d’étudiants – se retrouvent au bar pour fomenter des gags et des canulars. Leur devise : « Boire, bite et bien ». En réalité, la Basoche est une tradition ancienne qui remonterait au 14e siècle, il semblerait même que les rois de ladite Basoche étaient invités aux réceptions de la cour. Six siècles plus tard, les étudiants en droit de Poitiers rêvent encore de s’inviter aux événements des têtes couronnées. C’est alors que Didier et ses amis entendent parler du couronnement de Bokassa 1er, empereur auto-proclamé de Centrafrique dont le sacre est prévu le 4 décembre 1977.  Didier Ier, le roi de Basoche depuis 1975, demande à participer à l’événement. Contre toute attente, il reçoit une réponse positive. Il se retrouve à l’aéroport avec Dominique, sa fiancée et embarque pour Bangui.

Vous avez devant vous sa majesté Didier Ier, roi de Basoche en personne, et si vous ne nous donnez pas, sur-le-champ, un billet d’avion, nous allons tout droit à l’incident diplomatique entre le royaume de Basoche et l’Empire Centrafricain !

À ce moment-là, je perds mon identité, je commence à me dire on ne va pas pouvoir faire demi-tour si facilement. Là on bascule dans l’irréel, on se dit que ce n’est pas possible. Tout à l’heure encore j’étais Didier Piganeau maintenant je me retrouve roi de Basoche invité chez un monsieur que je n’ai jamais vu et je suis invité à son sacre : qu’est-ce que je fous là ? 

On a été traités comme des rois. Il y avait 7000 invités, nous avions la voiture 89. Le lendemain, le sacre s'est déroulé dans un gymnase surchauffé, dans une pagaille indescriptible. Nous avons vu Bokassa de très près, ce personnage complètement mégalo avec sa couronne, un sceptre monstrueux à la main et une traîne de 14 mètres de long.  

Philippe Dutilleul, a longtemps travaillé pour l'émission documentaire belge Strip-tease et en 2006 il parvient à traiter un sujet qui lui tient à cœur : le long et dangereux démantèlement de l'état Belge. Mais il n'est pas question de présenter une émission comme les autres, avec toute une équipe ils imaginent une expérience audio-visuelle en direct. La fiction Bye Bye Belgium est diffusée le 13 décembre 2006, alors que les téléspectateurs s'attendent à regarder deux reportages aux titres polémiques et à connotations communautaires : Va-t-on supprimer les indemnités de chômage en Wallonie ? et Les Flamands sont-ils plus corrompus que les Wallons ? 

On a voulu mettre une bombinette dans l'opinion public francophone pour montrer à quel point ce délitement de l'état belge était dangereux. D'où l'idée de fabriquer un OVNI audio-visuel, une émission tout à fait originale, à l'époque de ce qu'on appelait les breaking-news où l'on interrompt un programme pour passer sur un événement d'actualité extrêmement brûlant. 

Nous avons voulu construire une histoire : l'exil volontaire du roi de l'époque, Albert II, qui quitte la Belgique faisant le constat qu'il n'est plus possible de gouverner ce pays. 

Après 32 minutes d'émission, l'administrateur général de la RTBF a décidé de mettre en-dessous le bandeau "ceci est une fiction" alors qu'au début de l'émission nous avions mit le bandeau "ceci est peut-être une fiction". Deux phrases d'ailleurs, qu'on a beaucoup réutilisées après l'émission. Malgré tout, beaucoup de gens ont cru que c'était la réalité. 

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