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Scales of Justice - Frankfurt Version

J'ai mené ma propre enquête

28 min
À retrouver dans l'émission

Parce qu'ils ont estimé que la justice prenait trop de temps, n'allait pas dans la bonne direction, Frieda et Thierry ont épluché des dossiers, suivi des traces, trouvé des indices... Pour le fils de l'une et le père de l'autre, ils ont mené leur propre enquête.

Scales of Justice - Frankfurt Version
Scales of Justice - Frankfurt Version Crédits : Creative Commons - Michael Coghlan

A la recherche du meurtrier de mon fils

Le 14 juillet 1994, Alain, trente-quatre ans, est tué de trois balles dans le dos. Sa mère, Frieda, ne comprend pas. La police évoque alors un règlement de comptes. 

"Pour moi, un règlement de comptes, ça se passe entre bandits. Et mon fils n'était pas de ceux-là. L'homme qui a tué mon fils était à visage nu. Il y avait une dizaine d'hommes dans le bistro qui connaissait le meurtrier. Cette histoire n'est pas claire." Frieda

Alain était un fêtard. Il fréquentait beaucoup de monde. 

"Alors j'ai décidé d'enquêter. Certains m'ont parlé. Le patron du bistrot qui connaissait l'assassin m'a donné son nom et son adresse. C'était un dealer." Frieda

Le meurtrier, Carlos, se réfugie au Portugal. Frieda décide de partir le retrouver en voiture. Avant ce grand voyage, elle se rend à Nancy pour acheter des armes, de l'éther et des cordes.

"J'ai pris un hôtel. J'ai appelé un détective privé, je lui ai donné l'adresse de Carlos. Je lui ai expliqué que je voulais l'enlever pour le ramener en France. Le détective était d'accord." Frieda

"J'ai appelé le meurtrier pour lui demander pourquoi il avait tué mon fils. Il m'a dit : "Pour cette connerie, je ne peux plus rentrer en France." [...] Je lui ai dit : "Où que tu ailles, je serai toujours là derrière toi, mais je ne te tirerais jamais dans le dos." et il m'a répondu : "Vous me cassez les couilles." Frieda

Qui a tué mon père ? 

Thierry a quarante-huit ans. Il est le fils de l'un des cinq marins pêcheurs qui étaient à bord du Bugaled Breizh, le navire qui a subitement coulé le 15 janvier 2004 au large de la Grande-Bretagne. Thierry apprend la mort de son père dans le journal Ouest-France. En quelques secondes, le chalutier avait sombré, emportant avec lui les cinq marins qui étaient à son bord. Si rapidement que beaucoup pensent que c'est un sous-marin qui a coulé au fond de la Manche le bateau de pêche venu du Guilvinec, dans le Finistère. 

"On sentait qu'il y avait mensonge, beaucoup de détails techniques ne collaient pas." Thierry 

"Je disais à ma sœur : "Je te promets que tant que je serai vivant, cette affaire ne sera pas finie."" Thierry 

"J'apprends à connaître mon père à travers cette démarche, je rencontre beaucoup de gens qui l'ont côtoyé, et aujourd'hui, j'ai des regrets. Si je fais ça, c'est aussi pour me rattraper. Je sais ce que je lui dois." Thierry 

Rediffusion du 10 mars 2016.

Reportage : Emilie Chaudet

Réalisation : Marie Plaçais (et François Caunac)

Chanson de fin : Wish you were here par Lee Fields - Album : Faithful man.

Des nouvelles de Frieda et de Thierry :

  • Frieda Burlet a aujourd'hui quatre-vingt-quatre ans et vit toujours dans le sud de la France, à Vias, avec son fils handicapé. Elle est très en colère contre la justice française qui ne l'a pas aidée. Le meurtrier de son fils, Carlos Da Silva, a été condamné et incarcéré au Portugal. Il est sous le coup d'une interdiction de territoire français qu'il ne respecte pas, selon Frieda, depuis qu'il a purgé sa peine de prison. Il serait à Strasbourg, et surnommerait Frieda "l'increvable", selon des connaissances que Frieda et lui ont en commun. Frieda est aujourd'hui, selon ses propres mots, "devenue une vieille épave pleine de rancœur et de colère". Si elle n'avait pas un fils handicapé à charge, dit-elle, elle irait elle-même tuer Carlos Da Silva et quitterait la France. Mais aujourd'hui, elle a arrêté de se battre, car elle n'en a plus le courage. 
  • Thierry Lemétayer, fils d'un chalutier du Bugaled Breizh, va faire appel de la décision de la cour britannique. Il considère que le juge au Royaume-Uni n'a pas tenu compte des questions des familles, mais seulement d'un rapport rédigé deux ans après le naufrage par dix militaires. Pour en savoir plus : Laure Van Ruymbeke, ""Bugaled Breizh" : "Il y en a qui mentent, et on le sait, mais ils prêtent serment"", Le Point, 11 octobre 2021
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