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Une femme flottant à la surface de l'eau.

Je n'ai pas appris

28 min
À retrouver dans l'émission

Jean René n’était jamais parvenu à lire, Véronique ne savait pas nager. Tous deux ont appris une fois devenus adultes et ont pu dépasser la peur et la honte qu’ils croyaient insurmontables.

Une femme flottant à la surface de l'eau.
Une femme flottant à la surface de l'eau. Crédits : Colin Anderson Productions pty ltd - Getty

Jean-René a été illettré jusqu'à ses quarante-et-un ans. Déjà enfant, il avait conscience de ses difficultés à lire et à se souvenir du processus d'écriture. La dictée reste un souvenir difficile, il écrivait les syllabes qu'il entendait, stressé il appuyait sur sa plume et l'encre coulait sur son cahier. L'école était pour lui une expérience douloureuse. Honteux de ne pas savoir faire, il a gardé le secret de son illettrisme très longtemps, le cachant à sa compagne et à ses enfants pendant des années. Le jour où il perd son emploi, il décide de tout leur dire.

Quand je me réveillais le matin, en ouvrant les yeux, la première chose qui faisait son apparition c'était mon illettrisme. Toujours. Je me demandais "Comment va être cette sale journée ? Comment ça va se passer ?

Il y avait cette gaufrette qui m'a fait tant souffrir, un petit gâteau gradué de comptines, quand on recevait des gens, on mettait une boite de gâteaux au milieu de la table. Il y avait des gaufrettes et des galettes de Pont-Aven. Evidemment, moi qui ne savait pas lire, je préférais la galette à la gaufrette. Ce n'était pas que je n'aimais pas la gaufrette, mais autour de la table, chacun aimait bien lire ce qui était noté sur cette fameuse gaufrette. Pour moi c'était une souffrance. 

Quand tu ne sais pas lire et écrire, tout te rappelles que tu ne sais pas : un panneau, un chèque, la carte d'un restaurant... Tout est source de blocage. 

Véronique a développé une peur de l'eau au cours de son enfance, elle ne savait pas nager, ni être à l'aise dans l'eau. Elle se souvient des cours de natation en primaire, de la peur panique de plonger dans le grand bain. La honte de ne pas savoir faire une chose simple l'a marquée, une chose que les autres font avec tant de facilités. Cette peur l'a suivie longtemps, jusqu'à ce qu'elle décide d'affronter ses angoisses et qu'elle apprenne à nager. 

J'ai passé mon temps à éviter d'aller à l'eau. Je n'allais pas avec les amis qui allaient se baigner à l'étang, je n'allais pas au bord de la mer, je n'ai pas passé les épreuves de natation quand j'étais au lycée. Des années d'évitement. 

J'ai lu un article un jour sur la peur dans l'eau. Ça m'avait paru incroyable parce qu'ils expliquaient qu'en un week-end, les gens qui avaient très peur de l'eau, pouvaient se sentir très à l'aise, s'allonger, chanter, prendre du plaisir dans l'eau. 

Petit à petit, je me suis détendue. Ce qui m'a vraiment marquée ce jour là, c'est d'être allongée dans l'eau. J'ai senti, dans mon corps, que l'eau me portait, que je flottais. Le déclic. Je me suis dit "enfin, ça y est, j'y suis". Rien n'est plus comme avant, rien n'est impossible, ça y est. 

  • Reportage : Elise Andrieu 
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy 

Chanson de fin : Fire-Scene de S. Carey 

Merci à Jean-René, Véronique, Association « Le pied dans l’eau » (pour ceux qui n’osent pas aller dans l’eau). 

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