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Elles ont une double vie : soignantes d'une part, travailleuses du sexe de l'autre. (Photo d'illustration).

La double vie de trois soignantes

28 min
À retrouver dans l'émission

L'une est infirmière en Ehpad et camgirl. Une deuxième est infirmière à l'hôpital et gogo-danseuse la nuit. Une troisième est une dentiste devenue dominatrice professionnelle après un burn-out. Leur job secret est, selon les situations, un complément de revenus ou un moyen de s'évader.

Elles ont une double vie : soignantes d'une part, travailleuses du sexe de l'autre. (Photo d'illustration).
Elles ont une double vie : soignantes d'une part, travailleuses du sexe de l'autre. (Photo d'illustration). Crédits : Alexandre Marchi - PHOTOPQR/L'EST RÉPUBLICAIN - Maxppp

Les histoires d'aujourd'hui sont celle de trois femmes qui ont un point commun : elles sont soignantes et elles ont une double vie cachée. Mia, Elie et Layna ont décidé, par choix ou par nécessité, de devenir respectivement camgirl, dominatrice et gogo-danseuse. 

Avertissement : des propos ou des situations peuvent choquer un public non averti (mineurs, etc., notamment). 

Mia a 25 ans, elle habite à Bordeaux. Après le bac, elle espérait s'orienter vers une filière artistique, mais elle se voit obligée de se réorienter après plusieurs tentatives d'inscription ratées. La jeune femme décide alors de devenir infirmière. Aujourd'hui, cela fait un an et demi qu'elle a intégré l'équipe d'une maison de retraite. En parallèle de son métier officiel, elle a une vie secrète sur internet : Mia est une camgirl

La webcam, pour moi c'est avant tout récréatif. Dès le début, ça a été le but de se faire plaisir, de changer le quotidien, de s'évader et le bonus financier n'est pas négligeable. 

Mia propose un panel de "shows" en ligne via une webcam. Ses clients se trouvent partout dans le monde. Avec le confinement quasi mondial qui a eu lieu au cours de l'année 2020, elle a vu le nombre de clients augmenter fortement, notamment en France. 

Rapidement, j'ai mis en valeur le fait j'étais infirmière. En tout cas, je ne l'ai pas caché. Je savais déjà, de base, que le métier d'infirmière alimentait des fantasmes. 

Parallèlement à cela, à l'Ehpad, l'infirmière est en première ligne durant la crise sanitaire. L'ambiance se détériore, certains de ses collègues tombent malades, les services sont saturés et le personnel est très sollicité : 

Quand on retrouve les résidents sur le sol, bleus, c'est choquant. Avec le manque de personnel, on ne pouvait pas être auprès d'eux autant qu'on aurait voulu, on ne pouvait pas s'occuper d'eux autant qu'on aurait voulu. 

Face à la flambée épidémique dans l'Ehpad où elle travaille, la jeune femme se concentre uniquement sur son activité d'infirmière et cesse son activité secrète pendant plusieurs mois. 

Le métier d'infirmière c'est un peu plus reconnu, acceptable socialement, c'est un métier où je me sens utile, où il y a le coté technique et diplômé. À côté, il y a la webcam où je peux m'amuser, me faire plaisir sur le plan sexuel, ce qui est agréable. C'est une bonne échappatoire. 

Une camgirl, c'est quelqu'un qui a une vie à côté, peut-être que vous en avez déjà croisé et que vous ne le savez même pas. 

Elie a 33 ans, elle est à la fois dentiste et dominatrice professionnelle. Après 7 ans passés à apprendre le métier de dentiste sur les bancs de la faculté, elle commence à exercer... Mais très vite, elle n'arrive pas à tenir le rythme. 

Je n'étais pas capable de tenir un temps de travail similaire à mes autres collègues. J'étais épuisée. Ça s'est traduit par des revenus vraiment très, très faibles. 

Elie fait un burn-out et se voit obligée de réduire son temps de travail. Ses revenus diminuent mais elle doit continuer de subvenir aux besoins de son enfant. C'est alors qu'elle apprend l'existence des dominatrices professionnelles. 

La domination professionnelle, c'est le champ du BDSM, c'est prendre la position dominante dans un jeu d'érotisation des sensations désagréables : l'érotisation de la douleur, de l'humiliation, de la soumission... Des choses que les gens n'apprécient pas habituellement. La dominatrice va mettre en place ces choses-là, dans le rôle du dominant. 

Lorsqu'elle fait face à de graves problèmes financiers, Elie se souvient de ce métier dont elle ne connaissait pas l'existence. Puis, elle se décide à tenter l'expérience. 

Mon travail va être d'asséner des coups, d'humilier la personne, de la mettre dans des situations inconfortables et de lui montrer que je m'en amuse. 

Elie jongle ainsi entre ses deux métiers, mais elle s'épuise en essayant d'avoir un rythme effréné. Après chaque séance, elle est vidée :

J'ai eu la "fabuleuse surprise" de me rendre compte que je pouvais autant faire un burn-out en tant que dentiste, qu'en tant que dominatrice. 

Alors qu'Elie se remet à peine de son second burn-out, le confinement arrive, stoppant à nouveau ses activités...

Layna a 30 ans. Elle est infirmière aussi, mais contrairement à Mia, elle évite d'utiliser ses blouses de travail pour faire fantasmer les clients lorsqu'elle pratique son métier caché : gogo-danseuse, strip-teaseuse et performeuse. 

J'ai commencé le gogo-dancing quand j'étais à la fac. C'est de l'animation durant une soirée, on nous place sur des podiums, des bars, sur la table du DJ et on nous demande de danser. Ca reste du sexy-glamour, mais on n'est pas à l'approche des clients. Cela m'a payé mes études d'infirmière, à l'époque. 

Lorsqu'elle est diplômée, elle choisit d'intégrer un service de soins palliatifs, c'est-à-dire l'accompagnement des patients en fin de vie. Layna souligne que si l'on pense que c'est un lieu de mort, c'est avant tout un lieu de vie. Les patients sont encore là, ils le seront pendant des mois, des années pour certains. Elle s'occupe d'eux, tente d'apaiser leurs douleurs, de les soigner, d'occuper leur temps libre avec des discussions et des jeux de société. 

La mort des patients est difficile à accepter pour la jeune femme, mais au fil du temps, elle parvient à s'y habituer. Cependant elle n'arrive pas à s'habituer au rythme qui devient de plus en plus effréné, aux équipes réduites face à des pathologies plus lourdes, aux burn-out de ses collègues...

Je côtoyais la vie, la joie et la bonne humeur la nuit. La journée, je côtoyais la souffrance, la maladie et la mort. 

Face aux conditions de travail dégradées, Layna décide de quitter son poste en CDI en soins palliatifs et part en Guadeloupe pour travailler dans un club, jusqu'à ce que la crise sanitaire change à nouveau la donne... 

  • Reportage : Pauline Verduzier
  • Réalisation : Clémence Gross

Merci à Mia, Layna et Elie.

Musique de fin : "Malamente", Rosalía. 

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