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La guerre et après...

28 min
À retrouver dans l'émission

Ils sont partis combattre en Afghanistan et en Centrafrique dans le cadre des "opérations extérieures". Ils racontent ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont fait, et dans quel état ils en sont revenus.

Crédits : LaPresse - Maxppp

En 2015, 12% des militaires de l'opération Sangaris en République centrafricaine présentaient des déséquilibres psychologiques, se traduisant par un contact altéré avec la réalité. La problématique des blessures invisibles en opération est mal silencieux qui ronge les hommes partis au combat. Les troubles liés au stress post-traumatique sont désormais reconnus comme tels, même s'ils restent parfois tabous au sein de l'armée. Deux militaires racontent le combat et leur retour à la vie, comment ils ont réussi à faire face grâce à différentes thérapies, parfois surprenantes.

Le premier militaire a été caporal chef dans les troupes de montagne, en Afghanistan, en 2004 et 2007. Il est d'abord en charge de missions de sécurisation de l'aéroport de Kaboul, avant d'être propulsé sur le front pour des missions de reconnaissance et de combats. Un jour, il se retrouve face aux tirs des talibans. Il tente d'y échapper mais son sac de 50 kg le fait chuter dans une rivière. Il se retrouve alors sous les rafales des ennemis, les pieds pris dans la boue :

Je me suis dit : "Tu vas crever". Ce jour-là, j'ai eu un déclic. Je me suis dit que la vie ne tenait qu'à un fil. J'ai failli mourir et j'ai pris conscience qu'il fallait profiter de la vie tant qu'elle était là. 

À son retour en France, il se demande comment occuper ses journée. Il se rend alors dans des clubs libertins pour se changer les idées et rencontrer des gens en dehors du cadre militaire : 

C'est l'inverse du monde militaire. On rencontre des gens débridés, on peut sortir du cadre. On peut s'ouvrir l'esprit et parler d'autres choses que le boulot.

Parfois, c'est un avantage d'être militaire. Le fait de porter l'uniforme, il y a des femmes qui aiment ça. Il y a des couples qui m'ont demandé de revenir en treillis, je pense que ça les excite.

Quand on rentre d'une mission, je trouve qu'on est pas bien pris en charge. Pour les gens qui ne sont pas très fort psychologiquement, c'est très difficile. Il ne faut pas les laisser pour compte.

J'ai trouvé une reconnaissance dans les clubs libertins, que je n'avais pas dans l'armée. Je me suis bien éclaté, ça a fait du bien au moral, et je n'ai pas ressenti le besoin d'aller parler à un psychologue. J'ai fait ma thérapie en parlant avec mes partenaires sexuels. Si je n'ai jamais pété un câble, c'est grâce à ce milieu.

Le caporal Hosni a 30 ans. Il a fait partie de l'opération Sangaris en Centrafrique pendant 5 mois. Arrivé sur place, il sent que les relations sont tendues entre les civils et les militaires français. Le caporal tente alors d’apaiser la situation en allant parler aux civils, qui lui expliquent que la situation ne cesse de se détériorer depuis l'arrivée de l'armée française dans le pays. 

J'en ai parlé à mes supérieurs, mais il n'ont pas trop apprécié. Mon chef de groupe m'a dit : "Tu n'es que caporal, tu fermes ta gueule et tu obéis aux ordres". J'ai entendu cette phrase, plusieurs fois pendant des jours...

J'ai fait des patrouilles où je ne mettais jamais ma sécurité sur mon arme, pour pouvoir agir plus vite contre la population s'il se passait quelque chose.

Le sergent appelait les petits africains les "petits macaques". Et une fois il m'a appelé comme ça. Je lui ai dit "Sergent, on va se mettre d'accord, vous ne m'appelez pas comme ça". Il y a un truc à savoir : il y a beaucoup de racisme dans l'armée, même s'ils ne veulent pas l'admettre. 

Une fois, j'ai fait plusieurs jours de travaux d'intérêts généraux de suite, alors que normalement on fait un roulement entre nous. Alors je m'en suis plains au sergent. Il me dit "Eh, tu ne sais pas que les Noirs à la compagnie sont tous des esclaves ? Vous êtes là pour brosser les chiottes avec des brosses à dents. 

Il n'a alors qu'une idée en tête : revenir en France. Mais le retour à la vie ordinaire ne va pas se passer comme prévu. 

J'ai tenu grâce à ma fille, je l'appelais et je pouvais parler avec elle. Quand je suis rentré, je ne voulais voir personne. Je ne buvais que de la bière et du whisky, et j'ai fumé beaucoup de shit. En un mois, j'ai dépensé 400 euros en drogues. Je parlais mal à mon fils, je le tapais. 

1ère diffusion le 22/04/2015

Chanson de fin : "Hope" par Uppermost - Album : "Hope - single" - Label : Uppwind records.

  • Reportage : Pauline Maucort
  • Réalisation : Delphine Lemer (et Vincent Abouchar)
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