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La haine en ligne

La haine en ligne

28 min
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Un jour, Marion poste une vidéo sur internet pour dénoncer le harcèlement de rue. Julie, elle, écrit un article sur les gérants d'un bar à cocktail vantant l’esprit colonial. Ni l’une ni l'autre ne se doutent qu’elles vont devenir les victimes d’un véritable déferlement de haine en ligne.

La haine en ligne
La haine en ligne Crédits : Justin Paget - Getty

Les histoires sont nombreuses. Elles commencent par la mise en ligne d'une chanson que certains n'ont pas trouvé réussie, un sketch qui n’a pas rencontré le goût de tous ou une analyse qui a créé polémique. En somme, pas grand-chose. Oui mais voilà, ce fait qui aurait pu - ou dû - rester anecdotique prend de l’ampleur et, alors, la réception peut devenir d’une violence impitoyable. 

Aujourd’hui, deux histoires où la haine en ligne provoque la souffrance dans la vraie vie. Marion et Julie, toutes-deux victimes de cyberharcèlement, témoignent. Leur faute : pour l'une, avoir publié une vidéo dénonçant le harcèlement de rue et, pour l'autre, avoir écrit un article de presse révélant l'apologie du colonialisme dont se rendait coupable un bar à cocktails lyonnais. 

- Marion a 30 ans. Elle est une comédienne, scénariste et vidéaste de renom. En mai 2016, elle publie une vidéo sur le harcèlement de rue et, dès juin, elle devient l'objet d'une haine collective et presque exclusivement masculine, de menaces de morts, d'agressions systématiques.

Mon cyberharcèlement a commencé au moment des jeux olympiques, je pensais donc que les gens auraient autre chose à faire. Eh bien non, me harceler était le sport le plus intéressant.

Pendant les deux ans où je me suis fait harceler, il n'y a du y avoir que 4 femmes sur 40 000 menaces de morts et insultes.

Dès lors, des "raids organisés" s'attèlent à l'attaquer sur chacune de ses productions, qu'elles soient politiques ou non, faisant de sa vie quotidienne un calvaire.

J'en venais à avoir peur de l'espace public. C'est très étrange de se sentir haïe, de savoir qu'il y a des gens sur cette terre qui veulent qu'on meure.

Il s'est reproduit le schéma que je dénonçais dans ma vidéo. On m'a dit que c'était à moi, c'est à dire la victime, de changer de comportement.

Insultée par des pseudonymes et ne disposant que de peu d'outils juridiques, se défendre devenait une tâche impossible. Beaucoup de marques, de collègues et de diffuseurs ont cessé de collaborer avec elle, tant chacune de ses apparitions était sujette à d'incessantes cabales haineuses. Souvent accablée, Marion ne s'est pas contentée de subir et, face à ce phénomène démesuré, a estimé qu'il était d'autant plus nécessaire de poursuivre son combat avec une implication redoublée. 

- Julie est une journaliste lyonnaise de 37 ans. Il y a 3 ans, on lui commande un article sur un bar dans un journal local. Elle s'y rend, commande un cocktail et des tapas, et interviewe les tenanciers. Ceux-ci commencent à lui parler de l'époque coloniale comme "accueillante". Quand elle les questionne sur l'esclavage, ils lui est indiqué qu'ils ont placé des photos à ce sujet dans les toilettes.

Avec l'appui de son rédacteur en chef, elle décide de publier un article pour dénoncer cette expérience. Les réseaux sociaux s'emballent immédiatement. Beaucoup partagent son indignation, quelques-uns trollent et, surtout, elle découvre, par le biais d'un profil anonyme, une publication particulièrement haineuse à son encontre. Cette publication regroupe menaces de morts et de viols, appels au meurtre et au harcèlement, racisme, fascisme dans le cadre d'un sexisme et d'un néonazisme assumé. 

S'en suivent deux autres articles du même acabit où son adresse est divulguée, provoquant un flot de haine, des gens l'attendant devant chez elle, ou sonnent à sa porte à trois heures du matin...

Quand j'ai averti la police, on m'a répondu que tant qu'il ne m'était physiquement rien arrivé, ils ne pouvaient rien faire. 

Le cyberharcèlement est compliqué à faire comprendre, car il est impalpable. Ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas, ça se loge dans tous les pores de la peau.

Ce traumatisme a toujours de graves répercussions sur sa santé physique et psychologique et l'a menée à abandonner l'enseignement qu'elle donnait à l'université. Julie a déposé cinq plaintes contre ses agresseurs dont l'un a pris l'avocat d'Alain Soral et Dieudonné dans le cadre d'une audience qu'elle qualifie de "pleine de haine".

Contre toute attente, Julie a perdu son procès en appel:

Son harceleur a été relaxé pour vice de procédure.

Reportage : Noémie Landreau 

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Merci à  Julie Hainaut, Marion Séclin et Simon Piel.

Chanson de fin: "Long live the (D)evil" de Moriarty, Album : Epitaph, Label: Air Rytmo, 2015

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