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“Les coulisses de l’aéronautique, c’est pas magnifique”

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A Albert, 9900 habitants dans les Hauts de France, 800 salariés de sous-traitants d’Airbus sont en train de perdre leur travail. Mais au fait, qui est responsable de cette crise ? Le Covid, seulement ? Enquête.

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Image illustrative Crédits : Walter Geiersperger - Getty

Ici, tout le monde connait quelqu’un qui travaille dans l’aéronautique. Ce secteur est, avec le tourisme, l'un des deux piliers de l'économie et de l'emploi de la ville. Or, depuis le début de la crise du covid, ces deux secteurs sont particulièrement touchés. Malgré une aide de l'Etat à la filière aéronautique à hauteur de 15 milliards d'euros pour l'aider à se relever, les plans de licenciement se généralisent dans toute la France.

Sans le travail, on n’a pas grand-chose à faire à part les courses.

Ici personne ne travaille chez Airbus. Tous sont employés par la filiale Stelia Aerospace, un sous-traitant du géant de l'aéronautique. Cette logique de sous-traitance favorise un système en cascade d’une quarantaine d’entreprises qui licencient massivement dans dans une forme d’indifférence générale. 

Laetitia, ouvrière au service contrôle qualité, fait partie des 139 salariés sur 152 à attendre une lettre de licenciement. Elle a manifesté et occupé l’usine avec ses collègues pendant près 3 semaines. 

Avec 8 ans d’ancienneté on part avec seulement 4000 balles d'indemnités, ce n’est pas normal. 

Rémi, lui, est chef d’équipe et déplore l’absence de prime de départ et les indemnités plus que minimales. 

Depuis le début de la crise sanitaire, notre niveau de vie a chuté de deux étages. On est obligés de subir.

Les salariés pointent l'indécence de ces licenciements en les mettant en perspective avec les revenus des membres de la direction et des actionnaires d’une entreprise qui, si elle traverse en effet une crise importante avec le coronavirus, semble pouvoir compter sur des ressources économiques suffisante pour assurer des revenus plus que confortables au haut de sa hiérarchie. 

Ces procédures de licenciements sont un désastre économique et social pour la petite ville d'Albert, près d'Amiens, qui constitue depuis maintenant un siècle, un pôle majeur de l’aéronautique sur le plan national.

C’est très injuste au vu du carnet de commande qui est confortable. Il y a, depuis 2009, des logiques de délocalisation qui vont tuer les sous-traitants.

Ces filiales ont été crées pour ne pas entacher l’image d’Airbus.

Cédric Gautier, directeur de Stelia Aerospace, préfère pour sa part parler de "colocalisation" plutôt que de "délocalisation". Il explique envoyer les activités "bas de gamme" dans les pays qu'il qualifie de "low cost » et maintenir les activités de haute qualification en France. 

Un avion c’est beau mais, dans les coulisses, ce n’est pas magnifique.

Reportage : Anaëlle Verzaux 

Réalisation : Cécile Laffon

Merci à Julien, Benoit, Michael, Laetitia, Malika, Christophe, Rémi, et à tous les salariés de l’aéronautique rencontrés à Albert. Merci aussi à Cédric Gautier, le PDG de Stelia Aerospace.

Chanson de fin : "Quiet" de This will destroy you, Album : Young Mountain (2006) Label : Dark Opervative

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