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L'Affaire Salif B. Crédits : Malijo Illustration
Épisode 1 :

La parole d'une femme violée : le poison du doute

28 min
À retrouver dans l'émission

Salif B., un migrant sénégalais qui vit au Pays Basque, est accusé de viol et chassé de la région. Il affirme qu’il est innocent.

L'Affaire Salif B. 1/4
L'Affaire Salif B. 1/4 Crédits : Malijo Illustration

Au Pays basque, un groupe de femmes a décidé de punir un violeur et de le bannir de la région. Salif B., c’est son nom, proclame qu’il est innocent, qu’il est un migrant victime de jalousie et de racisme. Que s’est il passé pour que les choses en arrivent là ? Ces femmes avaient elles raison d’agir ainsi ? Salif est-il coupable ? Adila Bennedjaï-Zou est prise en étau entre sexisme et racisme. À chaque étape de cette enquête, il y a un dilemme. Et, comme souvent, la réalité se montre plus complexe que ce qu’on imaginait.

Episode 1 : La parole d'une femme violée : le poison du doute

Le Pays basque est réputé pour être une terre d'accueil. À l'été 2018, Bayonne s'est mis à accueillir des centaines de migrants et à multiplier les actes de solidarité. Pourtant dans le quartier qu’on appelle le Petit Bayonne, Salif, un Sénégalais, a été accusé de viol et puni collectivement par un groupe de femmes. Cinq femmes l’ont convoqué devant un bar, l'ont jugé sommairement et lui ont ordonné de quitter la région. 

Adila a donné des surnoms à ces femmes ;  Coralie, la coléreuse, qui parle pour le groupe, Noémie, l’intraitable, est celle qui a amené Salif devant le bar, Cathie, la mystérieuse, qui l’aidait pour son dossier de demande d’asile, Marianne, la douce, a hébergé Salif plusieurs fois et enfin Lucie, la discrète, une amie de Coralie.

Aucune de ces cinq femmes ne se déclare victime. Elles disent parler au nom des véritables victimes. 

Adila rencontre le meilleur ami de Salif, un Soudanais, arrivé en 2016 en France, pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. 

Salif aurait violé quatre filles, deux mineures et deux adultes. Mais quand ? D'un coup ? quatre ?!  C'est louche, à Bayonne on était tranquilles là bas. Mais un viol c'est grave et je ne peux pas juger de sa culpabilité. 

Les femmes m'ont demandé de bloquer Salif sur les réseaux. Elles m'envoient des messages pour me menacer. 

Elles pensent que je ne peux pas vivre sans elles, mais je ne suis pas arrivé en avion ;  j’ai traversé la Méditerranée pour venir. 

Par téléphone, Salif raconte comment les femmes l'ont chassé de la région, un soir en lui donnant rendez-vous devant un bar. 

Des garçons sont venus m'attraper, me taper. Ils m'ont fait tomber pendant qu'elles me tabassaient, me crachaient dessus, m'insultaient de violeur. 

Des gens se sont mis à regarder la scène et à commenter comme à un match de foot. Des personnes disaient que les africains sont des violeurs. D’autres qui leur demandaient pourquoi ils n'appelaient pas la police si c'était vrai ? 

La police est venue et ils ont refusé de parler. La police leur dit de partir, ils ont refusé de partir ! C’est moi qui suis parti. Un Négro qui part. Seul. 

Adila interroge Evangéline Masson-Diez, qui travaille sur les questions d'hébergement solidaires. 

Officiellement je n’ai jamais eu vent d’accusation de viol ou d’exploitation sexuelle. Officieusement il y a deux ou trois histoires qui circulent, des bruits de couloir. Dans les deux sens. Autant du point de vue des aidants que des exilés. 

Ça saute aux yeux qu’on est majoritairement face d’un côté à des femmes blanches de vingt-cinq à quarante ans et de l’autre côté à des jeunes hommes noirs entre dix-sept et trente ans. 

On est aussi dans des rapports de pouvoir. Entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, celui qui a de l’argent et celui qui n’en a pas, entre celui qui a des papiers et celui qui n’en n’a pas...

Aider, peut faire naître des sentiments contradictoires et violents. Cette vérité, Adila, l'avait déjà éprouvée dix-neuf ans auparavant, lorsqu'elle avait hébergé un père et sa fille, Anna, sans-papiers. 

Toutefois, qu'est-ce qui peut amener des femmes militantes de la cause des migrants, à passer de la compassion à la fureur, si ce n'est un viol ? Peu de personnes à Bayonne osent remettre en question la parole de ces femmes, qui disent parler au nom des véritables victimes. 

J’ai décidé de prêter crédit aux jeunes femmes qui portent ce genre d’accusation, surtout quand elles sont plusieurs. 

Pour en avoir le cœur net, Adila décide d'aller en Allemagne rencontrer Salif...

  • Une enquête d'Adila Bennedjaï-Zou
  • Réalisation : Clémence Gross
  • Mixage : Bastien Varigault

Remerciements : Merci à Kambal, Salif, Evangéline et Ana

Merci à Gilles Lavanant pour la musique et Malijo pour l’illustration.

Et merci à Marie Constant, Karen Akoka, et Sandrine Chapron.

Chanson de fin : "Retour de bâton" de Sexy Sushi. [Herr Silver Version] — Album : Vous N'allez Pas Repartir Les Mains Vides ?

Lien vers le compte instagram de Malijo Illustration. 

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