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L'Affaire Salif B. Crédits : Malijo Illustration
Épisode 2 :

Peut-on se faire justice soi-même ?

28 min
À retrouver dans l'émission

Salif B., réfugié en Allemagne, donne sa version ce qui s’est passé entre lui et ses victimes présumées : il prétend n’avoir rien fait. Et s’il était coupable ? Ces femmes auraient-elles eu raison de se faire justice elles-mêmes ?

L'Affaire Salif B. 2/4
L'Affaire Salif B. 2/4 Crédits : Malijo Illustration

Au Pays Basque, un groupe de femmes a décidé de punir un violeur et de le bannir de la région. Salif B., c’est son nom, proclame qu’il est innocent, qu’il est un migrant victime de jalousie et de racisme. Que s’est il passé pour que les choses en arrivent là ? Ces femmes avaient elles raison d’agir ainsi ? Salif est-il coupable ? Adila Bennedjaï-Zou est prise en étau entre sexisme et racisme. À chaque étape de cette enquête, il y a un dilemme. Et, comme souvent, la réalité se montre plus complexe que ce qu’on imaginait.

Episode 2 : Peut-on se faire justice soi-même ?

Adila se rend à Francfort pour rencontrer Salif. Elle souhaite avoir sa version des faits. Chassé du lieu où il vivait à Bayonne, il a mis plus de vingt-quatre heures pour rejoindre l'Allemagne. Il a dû verser 300 euros à des passeurs, qui lui ont fait franchir la frontière en voiture.  Si Salif est coupable de viol, n'avait-il pas droit pour autant à un procès équitable ? Mais n'est-il pas légitime, que dans certains cas, une femme se fasse justice elle-même ? 

Pour mieux comprendre, Adila a interrogé Caroline. Cette jeune femme s'est elle-même vengée après qu'un homme lui a touché la poitrine en pleine rue. 

J'ai eu un geste réflexe, je l’ai attrapé par la main et je l’ai basculé sur mon épaule droite. Il a trébuché sur un petit trottoir de la rue Montorgueil et il est tombé. 

J'ai commence à lui dire : "qu’est ce que tu fais, tu crois que les femmes sont en libre-service ?" Il s’est mis en boule, en position de victime. Il inversait les rôles.

J'aurais pu appeler la police, mais il y avait la tentation de l'immédiateté et cette rage en moi. Alors je l'ai roué de coups avec mes pieds, pendant un bon moment. 

Il saignait. Quand j'ai arrêté, j'étais tiraillé entre un sentiment de fierté, de soulagement, et un sentiment de culpabilité. Je me suis dit : "Zut, si ça se trouve, il a un handicap mental."

Caroline pense avoir cédé à cette violence ce jour-là, aussi pour comme pour se venger de tous les hommes qui ont violé ou tenté de violer son consentement. 

J'ai repoussé mon petit ami ce soir-là, j'étais crevée, mais plus je reculais, plus il avançait. Il a fini par me monter dessus et me violer. Il ne comprenait pas ce qu'il faisait, il m'a dit : "D’habitude t’es plus active."

Plus tard, on a à nouveau couché ensemble...parce que je ne voulais pas y croire. Je voulais minimiser la situation et me dire que j'avais rêvé. Que c’était une erreur de jugement de sa part. 

Environ 10% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. En chassant Salif, ces femmes ont-elles décidé de remplacer un système judiciaire défaillant ? 

Lui estime qu'il n'y a jamais eu viol. D'après lui, ce sont les filles qui l'auraient sollicité. 

Lucie m'a proposé de me montrer son appartement et de regarder une série.  Je vois l’heure qui passe et je me dis : « Il faut que je rentre chez moi ». Elle m'a répondu dit: "Salif il faut dormir ici." 

On s'est couchés, j’ai posé mon bras et elle a mis sa tête dessus. On parlait comme de vrais amoureux ! Et ensuite on a commencé à s'embrasser et on a fait l'amour. 

Le lendemain, je suis allé à mon entrainement de foot,, puis elle m'a proposé de dîner chez elle. Et on a refait l'amour. 

Ensuite, elle ne m'a plus sollicité et j'ai entendu dire que j'avais violé une jeune fille....

Il raconte qu'il a aussi eu une aventure avec Cathie, qui l'aidait à faire son dossier. 

C'était au début, quand je suis arrivé à Bayonne. On était tout le temps ensemble, ça parlait beaucoup sur nous. 

Mais un jour Cathie m'a dit : "Salif, je suis désolée, je ne peux pas sortir avec toi, j'ai un copain à Paris".

J’ai pris ma décision. Je suis un nègre mais je me respecte et je respecte tout le monde. Je ne veux pas qu'on m'utilise. Je lui ai dit que c'était fini. 

Mais pour l'instant, seul Salif affirme qu'il a eu des aventures avec ces femmes. Adila décide donc de rencontrer ses coéquipiers du club de foot où il jouait à Bayonne...

  • Une enquête d'Adila Bennedjaï-Zou. 
  • Réalisation : Clémence Gross. 
  • Mixage : Bastien Varigault

Remerciements : Merci à Kambal, Salif, Evangéline et Ana

Merci à Gilles Lavanant pour la musique et Malijo pour l’illustration.

Et merci à Marie Constant, Karen Akoka, et Sandrine Chapron.

Chanson de fin : Cut Me de Moses Sumney - Album : grae - Label : Jagjaguwar. 

Lien vers le compte instagram de Malijo Illustration. 

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