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L'Affaire Salif B. Crédits : Malijo Illustration
Épisode 3 :

Faut-il respecter la loi du silence ?

28 min
À retrouver dans l'émission

À Bayonne, où Adila cherche des témoins de l’affaire, les portes et les bouches se ferment. Dans ce pays où on accueille les exilés à bras ouverts, il ne fait pas bon être une journaliste de Paris.

L'Affaire Salif B 3/4
L'Affaire Salif B 3/4 Crédits : Malijo Illustration

Au Pays basque, un groupe de femmes a décidé de punir un violeur et de le bannir de la région. Salif B., c’est son nom, proclame qu’il est innocent, qu’il est un migrant victime de jalousie et de racisme. Que s’est il passé pour que les choses en arrivent là ? Ces femmes avaient elles raison d’agir ainsi ? Salif est-il coupable ? Adila Bennedjaï-Zou est prise en étau entre sexisme et racisme. À chaque étape de cette enquête, il y a un dilemme. Et, comme souvent, la réalité se montre plus complexe que ce qu’on imaginait.

Episode 3 : Faut-il respecter la loi du silence ?

À Bayonne, Hamid aurait été le premier à accueillir les migrants qui transitent par le pays basque. 

Un jour, je trouve un jeune, en pleine crise de larmes, au téléphone, dans la rue. Il avait ses parents au bout du fil. Ils m'ont dit que leur fils leur disait  « adieu » il voulait se suicider, il n'en pouvait plus. 

Sur leur chemin, les migrants ne rencontrent que des profiteurs. 

À Bayonne, Adila souhaite rencontrer les protagonistes du drame. Parmi les cinq femmes qui accusent Salif, Cathie la mystérieuse et Coralie, la coléreuse, travaillent à Pausa. Un centre d’accueil où les migrants peuvent se reposer, avant de reprendre leur périple.

Sur place, elle fait la connaissance d'Aurélien, qui a tenté de passer la frontière entre le Maroc et l'Algérie, quarante fois. Il raconte une de ces tentatives, où il était resté trois jours sans manger ni boire. 

À la frontière entre l’Algérie et le Maroc, il y a des tranchées de sept mètres de profondeur et de largeur, surveillée par des gardes. On a réussi à s'introduire à l’aide d’une corde. 

C’était la première fois pour mes camarades. Ils ne savaient pas comment marcher dans la tranchée discrètement ; ils se sont fait repérer.

J’étais seul et mes vivres étaient finis, le froid voulait ma mort dans ce trou. Je n'avais aucun moyen de remonter.

Adila, souhaite mener une enquête de voisinage. Mais la loi du silence semble régner. Personne ne peut lui dire ce qui s'est passé exactement le soir où Salif a été jugé hâtivement devant un bar. 

Je ne me rappelle pas des détails mais il y avait beaucoup de femmes autour de lui. L'attroupement avait attiré l'attention de la police. 

Elle rencontre en revanche Panxika, qui lui raconte une autre histoire liée à la solidarité. Panxika a décidé d'adopter Moriba, un jeune migrant de 17 ans. Son statut de mineur n'ayant pas été reconnu en France, il était menacé d'expulsion.  

Pour les fils de mon mari, c'était du délire. Pour nous c'était tout naturel. Et c'est quasiment égoïste, j'en retire beaucoup de ce geste, car je me sens meilleure. 

Selon une hébergeuse solidaire qu'Adila a rencontré, la première émotion qu'on ressent lorsqu'on aide un exilé, c'est un "sentiment de toute puissance". "On se substitue à l'Etat qui a failli à sa mission, et ça marche", poursuit-elle. 

Marie Cosnay vit à Bayonne et a beaucoup écrit sur ce sentiment de toute puissance. 

Au départ, c'est très modeste et très puissant : prouver que, contrairement aux récits dominants, entendu dans les médias, ou autour de nous, les gens sont prêts à accueillir. 

Mais ce n'est pas simplement accueillir. Il y a l'excitation de l'accueil, un romantisme, qui peut produire l'envers même de ce qu'on souhaitait produire. 

Et alors que l'enquête piétine, Adila apprend une nouvelle intéressante sur Cathie.

  • Une enquête d'Adila Bennedjaï-Zou. 
  • Réalisation : Clémence Gross. 
  • Mixage : Bastien Varigault

Remerciements : Merci à Kambal, Salif, Evangéline et AnaMerci à Gilles Lavanant pour la musique et Malijo pour l’illustration.Et merci à Marie Constant, Karen Akoka, et Sandrine Chapron.

Chanson de fin : Cut Me de Moses Sumney - Album : grae - Label : Jagjaguwar. 

"Ce que l'exil fait à l'enfance", une tribune de Marie Cosnay, dans Libération. 

Lien vers le compte instagram de Malijo Illustration. 

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