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Des "gilets jaunes" devant la Maison du peuple à Saint-Nazaire, où s'est tenue la deuxième "Assemblée des assemblées".

L'assemblée des "gilets jaunes" : quelle suite pour le mouvement ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A Saint-Nazaire, le weekend dernier, trois cents délégations de "gilets jaunes" ont convergé de toute la France pour leur deuxième "Assemblée des assemblées". Après Commercy en janvier, nouvelle tentative pour structurer le mouvement et réfléchir à sa suite. Mot d'ordre : "fraternité exemplaire".

Des "gilets jaunes" devant la Maison du peuple à Saint-Nazaire, où s'est tenue la deuxième "Assemblée des assemblées".
Des "gilets jaunes" devant la Maison du peuple à Saint-Nazaire, où s'est tenue la deuxième "Assemblée des assemblées". Crédits : Loic Venance - AFP

Vendredi, samedi et dimanche 5, 6 et 7 avril, à Saint-Nazaire, ils étaient entre huit et sept cents venus de toute la France, ainsi qu'une centaine de bénévoles réunis dans les locaux d’un ancien bâtiment de Pôle emploi rebaptisé "Maison du peuple" et occupée depuis quelques mois par des "gilets jaunes".

C’est la deuxième fois depuis que le mouvement a débuté en novembre que ce genre d’assemblée a lieu, après celle de Commercy en janvier dernier. 

Cette fois, ce sont trois cents délégations contre soixante-quinze à Commercy qui sont arrivées en comptant chacune deux délégués et des observateurs, censés représenter plus de dix mille "gilets jaunes".

Pendant trois jours, des ateliers sont organisés sur plusieurs thématiques. La stratégie du mouvement occupe une partie des esprits, ainsi que les actions à mener, comment remobiliser, agir face à la répression mais aussi la transition écologiste, le municipalisme ou encore les institutions européennes. Pour tous les ateliers, des synthèses sont produites et restituées en AG plénière. Un texte final a été rédigé et largement diffusé.

Les journalistes présents ont été accrédités mais ne sont pas tous accueillis avec le même enthousiasme par les organisateurs. Ceux qui ont la chance d’avoir une pastille jaune sur leur badge de presse sont considérés comme amis, les autres, comme notre productrice Martine Abat, ne peuvent pas assister à tous les travaux. Cela ne l'a pas empêchée d’essayer de comprendre ce qui se jouait là et de rencontrer des participants dans la Maison du peuple et sur le parking à côté, où un chapiteau a été dressé et les AG retransmises. 

Bonjour Saint-Nazaire, bonjour la France, bonjour les "gilets jaunes" ! On a pété les murs pour vous accueillir dans notre maison du peuple. On ne sera pas d’accord sur tout, l’important c’est de voir les convergences et divergences. Un organisateur

Un représentant du rond-point de Villabé, mandaté par son groupe de "gilets jaunes", parle des mesures concrètes qui sont envisagées.

Une priorité, le pouvoir d’achat. Nous demandons la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, une refonte de la fiscalité, en particulier celle qui épargne les ultra-riches pour les obliger à contribuer à la hauteur de leurs revenus. Nous voulons un droit à la vie décente que l’Etat doit assurer à tous les citoyens. (...)

On utilise un bâton de parole. C’est la démocratie directe. Un représentant

Dans une ambiance festive et révoltée, des "gilets jaunes" racontent leur parcours et les raisons de leur lutte.

Sophie a quarante-trois ans. Elle a cinq enfants et travaille comme cariste dans la grande distribution par 2°C, de 23h à 6h20 du matin.

C’est un métier alimentaire, pratique, mais ce n’est pas un métier qui me fait du bien en tant qu’être humain. C’est un métier d’homme, ça me fait du mal physiquement. Avec les horaires de nuit, je tourne entre 1500 et 1600 € par mois. Sophie

Lorsque son mari se rend aux premières réunions des "gilets jaunes" sur le parking de Leclerc, Sophie est d’abord dubitative. Finalement, elle décide de s’engager dans la lutte.

Ce mouvement, c’est le combat de ma vie. Même si demain on doit perdre, j’aurais le sentiment d’avoir fait tout ce qui était en ma capacité pour défendre mon prochain. Sophie

Le problème, c’est plus que le prix de l’essence. Le problème, c’est que la lutte des classes doit s’arrêter. Si tu es riche, c’est très bien pour toi, mais ce n’est pas parce que tu es riche que tu dois accepter que des gens donnent leur vie et leur santé pour leur travail. On a besoin de beauté, de bonheur, d’amour, de relations sociales et quand vous êtes occupés vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des problèmes d’intendance et de finance, ça vous bouffe de l'intérieur, ça vous détruit. Sophie

Adel a trente-cinq ans. Il travaille depuis qu’il a seize ans. Après être passé par MacDonald’s et la RATP, il est aujourd’hui employé à la SNCF. Il est membre du collectif Rungis de "gilets jaunes" en région parisienne, où il a grandi. Il raconte les raisons de son engagement.

Ma mère travaille cinquante-deux heures par semaine et si je lui fais pas ses courses quinze jours avant la fin du mois, elle mange plus. Adel

Adel témoigne de son agacement face à ceux qui affirment que les habitants des banlieues ne sont pas mobilisés.

Il s’attendent à voir des mecs en jogging Lacoste et des Air Max, moi je n’ai ni jogging ni Air Max pourtant je suis un pur produit du 93. 95 % du collectif Rungis, c’est des gens issus des quartiers populaires. Adel

Thérèse, soixante-deux ans, a décidé de s’engager quand elle s’est retrouvée à la retraite, après avoir été cultivatrice de myrtilles. 

Je n’ai jamais manifesté. Les autres l’ont fait à ma place et aujourd’hui, c’est à moi d’agir pour les autres. Je vis dans un village de deux mille habitants. Dans le monde rural, tout le monde se connaît. Je pense qu’on est dans un temps de construction, ça va peut-être être beaucoup plus long que ce qu’on imaginait mais ça ne lâchera pas. Thérèse

  • Reportage : Martine Abat
  • Réalisation : Clémence Gross

Merci à Sophie, Pierre, Steven, Denis, Thérèse, Adel, Camille, Céline, Ludovic, Emmanuel Gras et Antarès Bassis.

Chanson de fin : "La Chaleur" par  Bertrand Belin - Album "Hypernuit" (2010) - Label : Deluxe Editions

Playlist à emporter

En cliquant sur "Ajouter à..." vous pourrez récupérer tout ou partie de la playlist de cette émission sur Spotify, Deezer ou Youtube. 

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