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À Montrouge, en banlieue parisienne, il a les pro-bancs et les anti-bancs. Débat sur l'architecture urbaine.

Le banc de la discorde

28 min
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À Montrouge, des habitants ont proposé d'installer des bancs publics. Depuis, plusieurs riverains dont les fenêtres donnent directement sur les bancs ne peuvent plus dormir tranquilles, alors que d’autres y voient la possibilité de créer un peu de convivialité et d'animation dans ce quartier désert.

À Montrouge, en banlieue parisienne, il a les pro-bancs et les anti-bancs. Débat sur l'architecture urbaine.
À Montrouge, en banlieue parisienne, il a les pro-bancs et les anti-bancs. Débat sur l'architecture urbaine. Crédits : Sophie Knapp - Radio France

Un jour comme un autre, dans un quartier de Montrouge en banlieue parisienne, des bancs ont jailli. Des bacs végétaux aussi. Un nouveau mobilier urbain, dans un quartier en perte de vitesse, qui a vite suscité des oppositions. Entre les pro et les anti, tout s’embrouille.

L'objet de la discorde.
L'objet de la discorde. Crédits : Sophie Knapp - Radio France

Marianne, 34 ans, est l’une de ceux qui n’apprécient pas ces nouveaux bancs. Elle connait bien la ville et son quartier, déjà marqué selon elle par des nuisances sonores entre l’épicerie, les établissements scolaires et les divers groupes de jeunes.

De temps en temps, il sont là, notamment du fait de l’ouverture de la supérette jusqu’à 23 heures parfois. L’été dernier, ça a vraiment été chaud : deux marginaux y buvaient de l’alcool. À part ça, ça allait.

En revenant de vacances en mars dernier, Marianne a eu la mauvaise surprise de voir de nouveaux bancs et des tables de pique-nique dans son quartier. Un changement aussi brusque qu’inattendu.

Je me suis dit que c’était complètement absurde. Je ne comprenais pas du tout l’intérêt. Surtout d’en avoir mis autant… Je me suis demandé si les habitants du quartier avaient été consultés.

Très vite, Marianne se met dans la tête de vouloir retirer ce mobilier indésirable. La jeune mère de famille redoute une augmentation des nuisances sonores et du tapage diurne ou nocturne. Elle a lancé une pétition, qui a déjà recueilli une soixantaine de signatures. En attendant que la mairie enlève ces bancs qui portent selon elle atteinte au bien-vivre des riverains, elle prend de l’avant.

Avec mon mari, à chaque fois qu’on constate une incivilité sur ces bancs, on écrit à la mairie. Ce qui est assez drôle, c’est qu’en interrogeant certaines personnes du quartier, on s’est rendu compte que, dans la mandature antérieure, ils avaient déjà supprimé des bancs.

Cyril, lui, habite la résidence Buffalo depuis quelques temps. Le tapage nocturne et la dégradation des espaces publics de son quartier, il les connaît. Il dénonce la malhonnêteté du projet et des arguments présentés par ses défenseurs :

C’est une vaste plaisanterie. [On dit que c’est pour nos aînés], mais j’ai jamais vu quelqu’un de plus de 40 ans s’asseoir sur ces bancs. Aucun. Personne.

Quand le projet a commencé à se développer, Cyril a voulu mettre en garde la mairie. Les bancs sont proches de l’épicerie du quartier qui vend, dit-il, de l’alcool aux jeunes le soir. 

On était en train de créer une terrasse qui ne portait pas son nom.

Les habitants qui s’opposent à ces bancs ne sont pas gênés par les bacs végétaux, souligne Cyril. Tout au plus déplorent-ils le fait qu’ils soient à l’ombre et très peu exposés au soleil. Mais, malgré ses différents appels, Cyril a fini par voir les bancs surgir, à son grand dam. Depuis, il attend la décision des pouvoirs publics et espère que la mairie daignera entendre les riverains.

Ça va à rebours de tout ce qui est fait en matière de tranquillité publique… On n’installe pas des bancs et des tables juste devant un commerce qui vend de l’alcool jusqu’à 21 heures. En parallèle, on évite de créer des points de fixation, on enlève le mobilier urbain partout où c’est possible, mais ici on nous met des bancs.

Contre les riverains hostiles aux bancs, il y a ceux qui les défendent — ou les tolèrent. Ayoub, l’épicier du quartier, est l’un d’entre eux. Depuis qu’il est au courant de ce projet, il en est l’un de ses avocats.

On s’est dit que c’était vachement bien pour les jeunes, parce qu’au début ils restaient par terre. 

Le mot d’ordre, c’est de discuter avec les gens. Après, ça règle tous les problèmes. Il faut juste discuter.

Danielle, de son côté, habite la ville depuis 52 ans. Si elle se fiche des bacs à fleurs, elle s'estime au calme, point dérangée par la présence des bancs ou les nuisances sonores. Elle n'entend pas grand chose, si ce n’est les bruits des adolescentes à la sortie des cours. Selon elle, ce ne sont pas les bancs qui amènent le bruit...

Par contre, les arbres, je suis contente de les avoir. C’est ma forêt de Fontainebleau !

Mais qui donc a proposé l’installation de ces bancs ? C’est Mehdi, un homme de 42 ans. Son projet, il l’a soumis dans le but de dynamiser le quartier et ses commerces, et d’y ramener plus de vie.

On avait une vraie envie de cultiver des petits comestibles pour transmettre cela à nos enfants. 

Les bancs ont été installés au printemps 2021. Mehdi est d'ailleurs présent pour l’inauguration. Toutefois, deux jours après, la pharmacienne du quartier commence à émettre des réserves, avant que la « cabale » ne s’organise contre son projet.

À mon sens, le fait d’aménager un lieu et de le rendre agréable, ça attire une population différente de celle qui peut occuper les lieux. Je pensais qu’on allait avoir un mélange générationnel, du partage, et ce dans des conditions normales. On allait pas faire la bringue tous les soirs sur ce lieu…

Qu’adviendra-t-il des bancs de Montrouge ?

Reportage : Sophie Knapp

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Merci à Marianne, Ayoub, Danielle, Cyril, Mehdi ainsi qu'aux habitants de Montrouge.

Musique de fin : "Run Down The Lane", Rafle Band - Album : Swords, 2005 - Label : Talitres Records.

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