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L'université Paris-Descartes

Le charnier de Descartes

28 min
À retrouver dans l'émission

Lorsque l’on donne son corps à la science, on imagine que le don servira à former une génération de médecins. Pas que son corps sera entassé dans une chambre froide vétuste, rongé et démembré… Retour sur les conditions indignes du centre de don des corps de Paris Descartes.

L'université Paris-Descartes
L'université Paris-Descartes Crédits : Arnaud Journois - Maxppp

Avertissement : des propos ou des situations peuvent choquer un public non averti (mineurs, etc... notamment).

Chaque année, en France, environ 2500 personnes font le choix de faire don de leur corps à la science. Un choix courageux et généreux, voué à permettre aux nouvelles générations qui forment le corps médical français de poursuivre et d'accompagner les progrès de la recherche scientifique. 

- Dominique a aujourd'hui 61 ans et réside dans l’Eure. En mars 2016, elle est recrutée comme secrétaire générale du Centre de Don des Corps de l'université Paris-Descartes, le plus grand des 28 centre français de ce genre, et le plus grand d’Europe. Ces espaces sont les lieux d'accueil des personnes souhaitant donner leur corps à la science. 

L'embauche de Dominique semble être motivée par une volonté de rénovation du Centre de Don des Corps. Pour elle, travailler dans une université à priori prestigieuse est une sorte de rêve devenu réalité mais qui, très vite, va tourner au cauchemar. Rapidement, les préparateurs en anatomie lui signalent des dégâts de sur les corps occasionnés par des souris. Petit à petit, horrifiée, elle découvre et tente de lutter contre l'ensemble des atrocités du "charnier" révélées par l'enquête du magazine L'Express. Comme exemple des situations ubuesques auxquelles elle fait face, ce jour où les chambres froides atteignent 17 degrés et où certains corps se retrouvent infestés de vers.

Je devais faire face à quelque chose qui me dépassait complètement, tout en gardant mon sang froid.

Je me suis aperçue que ce que je vivais était tellement inentendable que je ne pouvais pas raconter ce qui se passait, même à des proches.

J’avais le sentiment d’être le gestionnaire d’un charnier, j’avais honte.

Quotidiennement, elle doit faire face et se dépêtrer de sentiments de culpabilité et de sidération. Progressivement, elle se coupe de ses proches et va finir par s’effondrer.

Ayant été contrainte, sur avis médical, de quitter le Centre de Don des Corps, d'ailleurs fermé depuis fin 2019, elle espère et en fait appel aujourd'hui à une réforme totale de l’encadrement du don des corps à la science.

- Muriel est la fille de Claude, un retraité de 80 ans. Sa mère est décédée en 2006. Ses parents étaient tous deux très actifs dans le militantisme de gauche jusqu’à l'accomplissement de l’élection de Mitterrand et du programme commun en 1981. C’est dans ce contexte, en cohérence avec ce à quoi ils croyaient, qu'ils prennent la décision commune de donner leur corps à la science. A l’époque, la devise qui en appelait à ces dons était « La mort au service de la vie ». Cette idée leur parlait.

Là où le Centre de Don des Corps promet un suivi; celui de la crémation puis la dispersion des cendres aux proches, celui-ci n’a pas été assuré. Lorsque Muriel découvre l’enquête de L'Express, la douleur de la perte de sa mère refait surface. La tristesse et l’indignation se transforment colère en rage.

Son geste altruiste, humaniste et généreux a été bafoué, elle a été réduite à l’état d’objet. C’est une atteinte morale profonde.

Si il partage le combat et la colère de sa fille, Claude serait tout de même prêt à réitérer son souhait de don, à condition que les choses viennent à évoluer dans le domaine de l'encadrement du don des corps. Il reste fidèle à l'idée qui, avant de découvrir cette réalité terrible, lui avait plu.

Reportage : Clawdia Prolongeau  

Réalisation : Cécile Laffon

Merci à Muriel, Claude et Dominique. Merci aussi à Laurence Dezélée et à l'association Charnier Descartes Justice et Dignité pour les Donneurs.

Musique de fin : "Après la pluie" de René Aubry. 

En savoir plus : 

Le dernier centre de don du corps ouvert à Paris :
Ecole de Chirurgie de Paris de l’AP-HP
17, rue du Four à Moulin.
75005 Paris.
Tél. 01 46 69 15 20

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