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Photographie d'époque, 1935.

Le consentement médical

28 min
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« Je vous ai enlevé l'utérus mais c'est pas grave ! » : Cécile n’avait pas donné son consentement pour un tel acte. Au cours d’un stage, Baptiste s’est vu demander de faire un toucher vaginal sans le consentement d’une patiente. Quatre histoires de non-consentement dans le monde médical.

Photographie d'époque, 1935.
Photographie d'époque, 1935. Crédits : Vintage Images - Getty

Les patients ont-ils leur mot à dire face aux médecins ? Leurs volontés sont-elles respectées ?

À 30 ans, une jeune femme joue au badminton, quand soudain, au cours d'un match, elle entend comme un bruit de fusil. Son tendon d'Achille se rompt. On lui explique qu'elle doit être opérée, et elle négocie une anesthésie locale par peur des anesthésies générales. Mais l'opération change de chirurgien en l'espace d'une journée. Il faut alors renégocier...

Alors que je suis encore en train de parler, on me met un masque, on me demande de respirer et je m'endors. Je me rappelle parfois de cet épisode hospitalier avec stupeur, j'ai eu l'impression d'être traité comme de la matière, de la pure matière, sans capacité de jugement.

Cécile, elle aussi, a connu une mésaventure médicale. Un jour, elle décide de consulter un médecin après avoir remarqué une grosseur sur son ventre. Le médecin recommande une cœlioscopie, mais tient aussi à prévenir Cécile :

Il m'avait dit très précisément : « si votre vie est en danger, si vous avez un cancer de l’ovaire, à ce moment là, je peux être amené vous enlever l’ovaire ». Bon, je lui avais répondu : « Écoutez, si vraiment ma vie est en danger, je vous autorise à enlever un ovaire ». Je me rappelle lui avoir dit : « C'est la dernière extrémité, c'est vraiment en cas de danger de mort ». Il m'avait dit « d’accord ».

Cécile voit un autre médecin en charge de l’anesthésier. Comme elle est sensible aux produits anesthésiants, elle demande s’il est possible qu’on lui fasse une péridurale. Le médecin lui répond :

Écoutez, non, je ne vous laisse pas le choix. La seule chose que vous avez à faire, c'est arrêter de fumer immédiatement parce que ça ne va pas avec le produit anesthésiant. Si vous n'êtes pas contente, allez vous faire opérer ailleurs.

En colère, Cécile se résout malgré tout et fait confiance au chirurgien. Quand elle se réveille, toutefois, elle ressent des douleurs et constate que sa mère est à ses côtés. Sans être totalement consciente, elle comprend que quelque chose est arrivé durant l’opération. Quand, soudain, le chirurgien entre dans sa chambre avec une infirmière pour lui annoncer :

Voilà, je vous ai enlevé l’utérus.

Cécile n’en croit pas ses yeux : elle qui s’attendait, dans le pire des cas, à une ablation des ovaires, pense à une mauvaise plaisanterie...

Je lui fais répéter une troisième fois, et lui dis : « Mais ce n'est pas possible, vous n'avez pas pu faire une chose pareille ». Et là, il me répond ceci : « Je vous ai enlevé l'utérus, mais ce n'est pas grave. »

Révoltée, Cécile lui rétorque qu’elle va « lui couper la bite ». La conversation devient houleuse, et Cécile fond en larmes quand l’infirmière, qui a elle-même subi une hystérectomie, vient lui assurer qu’il n’y a rien de grave et qu’elle va s’en remettre. Alors qu’elle ignore toujours la cause de cette ablation non-consentie, le médecin revient la voir pour s’excuser et lui expliquer qu'il lui a enlevé l’utérus à cause d’un fibrome.

Des années après, Cécile a toujours du mal à digérer cette hystérectomie sans consentement. Si elle a pensé à entamer une procédure judiciaire contre le médecin, elle s’est cependant ravisée :

Ce n'est pas un procès qui va me rendre mon utérus. Ce n'est pas un procès qui va faire que je serai mère un jour. Moi, ce que je voulais, c'est qu'il arrête tout simplement de pratiquer. Mais la justice ne peut pas empêcher vraiment un médecin de pratiquer. C'est le conseil de l'Ordre des médecins qui peut faire ça. [...] Je pense qu'au fond, moi, j'aurais aimé simplement qu'il s’excuse.

Baptiste, lui, a 29 ans. Il est aujourd’hui médecin généraliste. Durant un de ses stages d’études, son chef lui demande, ainsi qu’à d’autres internes, de faire la tournée de chambres pour des touchers vaginaux.

On s'est retrouvé huit internes à pousser la porte les uns derrière les autres, sans même connaître le cadre des patients, ni savoir, bien évidemment, si ça justifiait un toucher vaginal.

Baptiste s’exécute, mais se rend compte que la patiente en question est atteinte de démence :

Elle était sanglée, c’est-à-dire qu’elle avait des attaches au niveau des poignets et des pieds parce qu’elle souffrait d’Alzheimer, de Parkinson et qu’elle faisait des fugues. En deux secondes, je comprends qu’elle souffre de démence sénile.

Je vous avoue que j'ai fermé la porte. Je me suis assis à côté de la patiente. J'ai tapoté sa main pendant cinq minutes, et puis je suis ressorti en disant au chef : « Voilà, c'est fait. » Il m’a tapoté l'épaule comme si je venais d'accomplir un rite de passage extrêmement important.

Gabrielle, elle, est infirmière en Ehpad. Pendant ses études, elle s’est retrouvée à s’occuper d’un vieux monsieur de 97 ans transféré à l’hôpital sur avis médical. Chargée de soins quotidiens comme la toilette ou l’hydratation, elle remarque rapidement que l’état du patient se dégrade, si bien que l’équipe médicale doit pratiquer des intubations :

C'était vécu comme un geste extrêmement invasif. C'est vrai que ça l’est, puisque c'est une sonde qu'on met dans la bouche, et on aspire doucement le mucus et les surplus qui n'arrivent plus à sortir d’eux-mêmes.

Malheureusement, le patient meurt rapidement. En y réfléchissant, Gabrielle en vient à cette remarque : 

À aucun moment, on a eu le consentement de soin de sa part.

Enfin, Martine, elle, a accepté le non-consentement d’une jeune patiente. Gynécologue obstétricienne, elle a croisé le chemin de beaucoup de « situations parfois déconcertantes » durant sa carrière. Un jour, elle prend en charge une patiente dont le bébé a une malformation cardiaque très grave, réduisant son espérance de vie à seulement quelques heures. Malgré tout, la jeune mère de famille désire aller au bout de sa grossesse, même si la médecine d’alors rechigne à laisser ce type de grossesse se poursuivre...

Cette maman, elle a suivi son instinct, son projet et les choses se sont passées comme elle voulait que cela se passe. [...] Et elle m'a marqué par sa sérénité, sa détermination, elle savait ce qu'elle voulait pour elle et pour son bébé.

Reportage : Inès Léraud

Réalisation : Annabelle Brouard, Émily Vallat

Merci à toutes les personnes, patients et soignants, qui nous ont aidé à préparer cette émission, à Cécile, Baptiste, Gabrielle et Martine.

Musique de fin : "Look At Them", Jeanne Added - Album : Be Sensational, 2015 - Label : naïve.

Premières diffusions : 10-11/06/2015.

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