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Une personne consommant de la drogue à l'aide d'une pipe en verre.

Le crack

28 min
À retrouver dans l'émission

Mehdi, dealer de crack repenti, et Youssef, ancien toxicomane, racontent leurs histoires.

Une personne consommant de la drogue à l'aide d'une pipe en verre.
Une personne consommant de la drogue à l'aide d'une pipe en verre. Crédits : Patrick Durand / Sygma - Getty

Attention : l'usage de drogues est dangereux, entraîne une addiction, peut avoir des effets néfastes sur votre santé psychique et physique et peut nuire à votre entourage. L'usage illicite de l'une des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende » (Article L.3421-1 du Code de la santé publique). Cette interdiction concerne aussi bien l'usage public que l'usage privé et elle ne fait aucune différence entre les drogues.

Mehdi est issu d'un quartier populaire, il a été à l'école et a travaillé en alternance pendant un temps. Ensuite, il a eu énormément de mal à trouver du travail et à subvenir à ses besoins. En regardant autour de lui, il s'est rendu compte que ceux qui réussissaient vendaient des poisons. Il s'est lancé dans le trafic d'héroïne, de cocaïne puis de crack.  

J'ai commencé à vendre de la drogue super tard, à dix-neuf ans. Avant, j'étais à l'école, en alternance et après je cherchais une formation de mécanicien et je n'ai pas trouvé de patron. J'ai fait tout le tour de mon secteur, rien. 

C'est pareil pour tout le monde : le manque d'argent, la cité, tu regardes les gens, tu vois que d'autres gagnent. Le piège c'est l'argent facile. 

J'ai essayé de m'en sortir dans la société, mais elle ne m'a pas tendu la main.

Pendant ces deux années, l'argent venait sans efforts et il le dépensait tout aussi facilement. Témoin de l'addiction que provoque le crack, il est lui-même choqué par les dégâts que la drogue a sur les consommateurs, parfois de jeunes adolescents ou des parents. Ses clients toxicomanes sont prêts à tout pour avoir leur dose, ils n'ont plus d'estime de soi, plus de respect pour autrui.  

Dans ma tête, je me disais "C'est quand que ça s'arrête ?". Je voulais que ça s'arrête, j'en avais marre. T'es jamais tranquille, tu te lèves, tu charbonnes, tu sues, des fois tu ne dors pas, des fois t'as même pas le temps de manger, tu cours à droite à gauche, tu dors pas chez toi. T'es parano, t'as peur.  

Tous les jours tu peux finir en prison. Soit tu finis en prison, soit tu meurs. J'ai déjà vu des mecs se faire égorger pour une dose. 

Il se fait arrêter avec de la marchandise et après 96 heures en garde à vue, il finit en prison. Une fois avoir purgé sa peine, Mehdi retourne chez lui, un peu perdu. Selon les codes de la cité, il a passé le test, il est allé en prison et en est ressorti sans avoir balancé. Il tente de trouver du travail, hélas, sans succès et retombe dans le trafic.  

J'ai fait presque sept ans de prison. J'ai perdu presque sept ans de ma vie. 

J'essaye d'avancer mais j'ai peur de retomber. Quand tu vois que tu fais mille euros par jour et que quand tu vas au travail tu fais mille euros par mois, le choix est vite fait. Il ne faut pas craquer, il faut avoir le mental. 

Youssef a quarante-sept ans, a grandi en banlieue parisienne et a été un consommateur de drogues dur. A dix-huit ans, il a un accident de scooter très grave, il est traité à la morphine jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Son traitement s'arrête et rapidement, il se retrouve en état de manque. 

Deux ou trois jours après, je tremblais dans mon lit, j'appelais ma mère, mon père. J'ai eu des crises, je croyais que mon corps allait exploser. C'étaient des crises de manque. J'étais en manque. On ne te fais pas de cure de désintoxication à l'hôpital. Donc je me suis sevré tout seul, au quartier, dans mon lit. 

Youssef parvient à dépasser la phase de manque, se met à travailler en intérim mais il garde des séquelles de son accident, de fortes douleurs qui s'accentuent avec l'âge. La trentaine passée, il commence à prendre des drogues dures pour anesthésier son corps, pour aller au travail, pour pouvoir faire des activités. 

La cocaïne m'aidait à être positif, je n'avais plus mal partout, j'avais oublié mes douleurs. Je suis tombé dans une facilité, la consommation augmente, petit à petit et on ne le voit pas, en vérité. 

Malheureusement, c'est quelque chose que tu peux cacher longtemps parce que les gens ne le remarquent pas, ils te voient aller travailler, tu ne maigris pas, tu es en forme. Le paradoxe c'est que tu es en train de descendre et de creuser un trou. 

Pas à pas, sa consommation de cocaïne augmente et cela ne lui suffit plus, il tombe dans le crack. Il se renferme sur lui-même, cache son addiction et se détruit. Il s'éloigne des personnes qui veulent l'aider et ment à son entourage. 

Quand tu es un toxicomane, tu es un menteur. A un moment donné, les êtres humains n'acceptent plus les mensonges. Tu fais semblant d'entendre, tu dis "oui, ne vous inquiétez pas, je vais faire les choses" et derrière, tu fais tout le contraire de ce que tu as promis. 

La meilleure manière de remercier les gens qui t'ont aidé, c'est de faire des efforts pour s'en sortir. 

Youssef garde des séquelles de sa consommation de drogues, physiques et psychologiques mais il est parvenu à se sortir de la spirale infernale des drogues dures. Grâce à sa famille et à ses proches, il a réussi à reconstruire sa vie. 

  • Reportage : Aladine Zaïane
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Chanson de fin : Way Down in the Hole de The Blind Boys of Alabama. 

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