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Manifestation de facteurs, le 24 novembre 2009, à Paris.

Le facteur n'est pas passé

28 min
À retrouver dans l'émission

Aïda fait sa tournée à vélo. Bastien est arrivé à La Poste en même temps que le Covid. Ludivine est issue d'une famille de postiers. Martine et Alain seront bientôt à la retraite. Tous, ils ne parviennent plus à assurer la distribution du courrier. Ils sont en grève depuis le 18 octobre 2021.

Manifestation de facteurs, le 24 novembre 2009, à Paris.
Manifestation de facteurs, le 24 novembre 2009, à Paris. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Ils ont entre vingt-deux et soixante-et-un ans, et depuis la réorganisation de leur tournée, ils ne parviennent plus à assurer la distribution du courrier : les facteurs et factrices d'Albertville sont en grève depuis le 18 octobre 2021, rejoints par celles et ceux de Chambéry depuis le 3 décembre.

Tous, ils dénoncent le manque de personnel et les nouvelles cadences infernales qui les empêchent de faire leur tournée consciencieusement. Aïda, factrice depuis douze ans, raconte comment ses conditions de travail se sont lentement dégradées, le tout pour un salaire qui n'a pas beaucoup augmenté et qui plafonne actuellement à 1 330 euros. Aujourd'hui, elle dit ne plus réussir à finir sa tournée : "On n'y arrive pas, […] on n'a plus le temps."

Avec la nouvelle réorganisation, les facteurs ne peuvent plus, comme autrefois, assurer leur fonction de relais social : comme l'explique Ludivine, ils n'ont désormais plus le temps de s'arrêter pour discuter avec une personne isolée, rendre un service à une personne âgée, ou simplement donner un renseignement à un usager. En effet, pour distribuer un courrier recommandé, les facteurs et les factrices n'ont à présent qu'une minute et trente secondes…

"Tout est calculé par un ordinateur. […] C'est la fin de notre métier en fait !" Ludivine

Manifestation des facteurs à Albertville
Manifestation des facteurs à Albertville Crédits : Valérie Borst

Bastien, vingt-deux ans, est lui aussi dans la rue pour dénoncer un rythme qu'il a du mal à tenir.

"J'ai déjà pleuré à la fin d'une tournée ! […] Moi, j'ai beau aller super vite, être jeune et dynamique, quand on me met une tournée comme la semaine dernière avec cent kilomètres, on ne peut finir qu'aux larmes, à être crevé et ne plus pouvoir rien faire." Bastien

Proche de la retraite, Alain, lui, était facteur titulaire dans un petit village qu'il connaissait très bien, mais il a été récemment affecté à une tournée de ville. Comme Martine, cinquante-neuf ans, qui a été projetée dans une nouvelle ville et n'a jamais été formée pour cette prise de poste, Alain regrette de ne pas bien connaître les lieux, d'avoir perdu le lien de confiance qu'il consolidait depuis des années avec les habitants qu'il croisait lors de son ancienne tournée, et de ne pas avoir le temps de renouer un véritable contact avec les usagers.

"Aujourd'hui, on n'est plus des facteurs, on est des distributeurs." Martine

Plus que pour des meilleures conditions de travail, les facteurs et les factrices en grève disent lutter pour l'existence d'un service public de qualité. Selon les manifestants, les premières victimes de cette réorganisation, ce sont les usagers eux-mêmes.

"Un truc qui m'a choquée : je connaissais les numéros de rue où des gens habitent depuis vingt ans. Dans la nouvelle réorganisation, ils ont disparu. Ils n'apparaissent pas sur le casier ! Ça fait que ces gens-là, ils n'ont plus leur courrier correctement." Martine

Manifestation des facteurs à Albertville
Manifestation des facteurs à Albertville Crédits : Valérie Borst

Merci à François Marchive, Aïda, Ludivine, Martine, Alain et Bastien.

Reportage : Valérie Borst

Réalisation : Clémence Gross et Emmanuel Geoffroy

Mixage : Claire Levasseur

Musique de fin : "Life is dead" de Cannibale.

Pour aller plus loin :

Colline Mollard, "Les facteurs de Savoie entament une grève illimitée à l'approche de Noël", France Bleu Pays de Savoie, 3 décembre 2021.

Pierre Bafoil, "Cadences infernales et pressions : à la Poste, "on nous laisse crever"", Les Inrockuptibles, 23 juillet 2017.

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