LE DIRECT
L'effondrement et moi
Épisode 1 :

Paris, 42°

28 min
À retrouver dans l'émission

Quand le thermomètre a atteint 42°C un été, Karine a commencé à paniquer. Dans ce premier épisode, elle va voir Anne et Florent, des amis installés en Bourgogne et beaucoup plus vertueux qu’elle. Ils éduquent leurs filles dans le strict respect de la planète.

L'effondrement et moi, une série de Karine Le Loët.
L'effondrement et moi, une série de Karine Le Loët. Crédits : Emilie Sarnel - Radio France

En juillet 2019, vers minuit, il fait 33 degrés dans l’appartement de Karine. Il fera 42 degrés le lendemain après-midi à Paris. Son fils de 4 ans est endormi. Elle se sent saisie d'une angoisse soudaine, une frousse qui grime dans son ventre, dont elle ne mesure pas la rationalité. A-t-elle raison d'avoir peur de la fin du monde? 

Il y a quelques années encore, Karine travaillait pour Terra eco, un magazine écolo interrompu en 2016, alors que les menaces climatiques semblaient encore "confortablement loin". La rédaction allait régulièrement aux conférences pour le climat et était sensibilisée, mais pas paniquée. A l'époque, même les délires climatosceptiques lui semblent plus ridicules que véritablement inquiétants. 

Tout d’un coup le réchauffement climatique était devant ma porte, j'avais des bouffées d’angoisse le soir, c'était vraiment paralysant. 

Elle est traversée par la peur de l'effondrement, cernée de discours universitaire sur la collapsologie, consciente des données irréfutables sur le péril écologique. Son compagnon et ses enfants semblent moins préoccupés qu'elle. 

Elle continue de trier ses déchets, a arrêté de manger de la viande et ne prend l’avion qu'en de très rares occasions. Ces petits gestes quotidiens, dont elle mesure le manque de portée, ne l'empêchent pas de passer son temps à culpabiliser tout en ayant peur de transmettre son angoisse à ses enfants. 

Karine part à la rencontre d'amis qu'elle dit "beaucoup plus vertueux", Anne et Florent, qui ont déménagé en Bourgogne avec leurs deux jeunes filles. Par un tas de travaux, d'aménagements, ils ne cessent de rendre leur maison plus écolos et leurs filles semblent être particulièrement sensibilisées aux enjeux écologique. 

Même si ils incarnent ce qui ressemble à la famille modèle, cela ne les empêche pas de ressentir aussi un sentiment de culpabilité et une grande angoisse, celle d’être les prisonniers d’un étau qui se resserre, de faire face à une situation inéluctable. 

Quand je me lève et que je vois le paysage je le trouve triste. Anne

J’essaie de réduire mon mode de vie dans tout ce qui est non-essentiel, mais je ne fais rien qui ait du poids. Anne

Si Florent est serein quant à la perspective de sa propre disparition, il est inquiet à l'idée de voir ses filles grandir dans un climat de guerres et de violences pour les ressources.

Comment mes filles vont vivre dans cette violence-là? Parfois, je les imagine retranchées comme dans une forme d’exil. Florent

J’ai toujours eu peur que mes filles puissent un jour se retourner vers moi en me disant « Mais qu’est ce que tu as fait pour empêcher ça? », d’autant que j’ai un peu eu cette réflexion vis-à-vis de mes parents. Et contrairement à mes parents, je ne pourrai pas dire que je ne savais pas. Anne

Mon objectif, avec mes filles, c’est d’en faire des guerrières hyper politisées. Anne

Reportage : Karine Le Loët 

Réalisation : Clémence Gross

Merci à Alex, Anne, Florent et leurs filles. Merci à  Emilie Sarnel pour l’illustration de la série et à Antoine Vuilloz pour la documentation musicale.

Chanson de fin : "The Fox (what does the fox say?)" de Ylvis.

L'équipe
Production
Production déléguée
Réalisation
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......